11.03.2008

SNCF, c'est possible.

Lorsque nous partons en vacances en Bretagne, nous aimons prendre le train. Ainsi, nous évitons les bouchons depuis la porte d'Italie jusqu'au péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines, nous sommes confortablement assis dans le TGV pendant quatre heures trente au lieu de rouler sept heures durant, nous nous épargnons les arrêts en catastrophe aux aires d'autoroute bondées : "Papa, j'ai envie de faire pipi !", les enfants à gérer depuis le siège avant : " Arrétez de vous chamailler les garçons !" " Louise, fais quelque chose voyons. Je conduis, je ne peux pas tout régler une fois de plus." Non, non, non, tout cela n'est pas pour moi. Hélas, nous ne sommes que des humains et, par conséquent, ceci n'est finalement que la vie rêvée des hommes. La réalité est généralement beaucoup plus cruelle.

 

Premier samedi des vacances. Gare Montparnasse. 7h45.

Enfants, bagages et poussette sont en tas, juste en dessous du panneau "Trains au départ". Nous attendons l'affichage du numéro du quai pour le TGV Paris-Quimper via Rennes. Les garçons, pas encore tout à fait réveillés, bousculés par les voyageurs pressés et craignant d'être happés par la foule, ne s'aventurent guère au-delà du rempart formé par nos valises. 

Finalement, le panneau indique "Quai n°5" pour notre train. La foule se rue vers les composteurs mais les usagers sont rapidement bloqués par ceux qui ne trouvent pas leur billet et restent plantés l'air paniqué, cherchant, parfois en vain, le fameux sésame dans leur sac bourré à craquer, ceux qui ne mettent pas le ticket dans le bon sens et ne lisent pas les instructions " tournez votre ticket", ceux qui ne comprennent pas que la machine est hors d'usage. Rusés, nous avions composté nos billets auparavant. 

Nous nous dirigeons donc vers notre wagon, le n°16. Nous remontons tout le quai mais aucune voiture ne porte de numéro supérieur à 9. Tous les voyageurs arpentent le quai sans réussir à trouver leur wagon. L'heure du départ approchant, les regards sont de plus en plus inquiets. Certains sont au bord de la crise de nerfs. Aucun contrôleur n'est présent pour nous dire de quoi il retourne. Finalement, au bout d'un quart d'heure de pagaille générale, une voix au micro annonce une erreur d'affichage : ils ont omis de noter les dizaines. C'est balot ! Nous ne monterons donc pas en voiture 16 mais 6. Comme souvent dans ces cas là, les gens entendent mais n'écoutent pas. Dans les wagons, des passagers s'installent aux mauvaises places : "c'est ma place." "Nan, c'est la mienne." "Mais puisque je vous dis que vous vous êtes trompé." "Mais non, vous c'est la voiture quinze." " oui, mais la voiture quinze, c'est la cinq, donc c'est MA place." "Mais moi, j'étais dès le départ en voiture 5, donc c'est MA place à moi." Certains sont sur le point d'en venir aux mains ; il est préférable, si l'on tient un tant soit peu à la vie, de ne pas intervenir. Laissons-les s'entretuer, ça fera du monde en moins dans le compartiment ! Afin d'installer tous les voyageurs, la SNCF retarde le départ de vingt minutes : en 20 minutes, on peut estimer qu'il y aura 8% de pertes parmi les passagers, soit 2,5 sièges qui vont se libérer dans chaque wagon ; juste ce qu'il faut pour déposer tous les sacs de ma petite famille. Enfin une bonne nouvelle !

Vingt minutes plus tard, tous les passagers sont fin prêts à partir (bien évidemment, je ne compte plus ici les morts, ces derniers ayant été évacués afin de ne pas indisposer ceux qui restent), sauf que le train, lui, ne l'est plus.  "Mesdames, Messieurs, en raison d'un problème technique sur les voies, le TGV va être dévié sur des voies normales. Prévoyez une heure vingt minutes de retard .... minimum !!! " Bref calcul : 4h50 + 1h20 = 6h10.

Trente minutes plus tard, le TGV n'a pas bougé. Alex et moi occupons les enfants. Bien qu'ils soient très sages, une jeune raveuse d'une vingtaine d'années, se lève et nous demande, suffisamment fort pour que tout le wagon se retourne vers nous : "Jusqu'ou allez-vous avec vos enfants ?"  Qu'est-ce-que cela aurait été si ils avaient été affreux ? Avec mon plus beau sourire, je réponds à cette coquette sale qui n'a visiblement aucune idée de ce qu'on peut faire avec un savon : "Jusqu'au terminus !"

A 9h, au lieu de 8h05, le train se met enfin en marche. On entend un léger soupir de soulagement dans le wagon.

9h30 : "Mesdames, Messieurs, nous sommes arrêtés en pleine voie, nous vous prions, pour votre sécurité, de ne pas tenter d'ouvrir les portes. " La SNCF craint un suicide collectif ! Et après les pertes évoquées précédemment, ça ferait beaucoup pour un simple voyage Paris-Quimper.

9h45 : le train est toujours bloqué. "Mesdames, Messieurs, suite à des chutes de branches sur les voies, notre train est bloqué pour une durée indéterminée. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour le retard engendré. Prévoyez quand même un retards de 2h50 à Rennes.

C'est ça le charme des vacances : on n'est jamais pressés par le temps. La SNCF l'a bien compris et de ce côté là elle fait vraiment du zèle.

Mais ce pourrait être pire. On aurait pu rester bloqués six heures dans un train corail bondé, sans chauffage, sans lumière, sans eau, voire même sans toilettes. Les voyageurs pourraient tomber comme des mouches pour cause de faim, de soif ou de phobies diverses et variées.

Or, dans notre cas, nous n'avons que deux petites heures cinquante de retard. Les toilettes ne sont pas encore bouchées. Certes, il faut faire la queue une heure au bar mais on réussit quand même à acheter, au prix de l'or, les deux dernières tranches de cake qu'on mangera à quatre . Et puis surtout, coup de chance, les enfants, bien que trouvant le trajet long et pénible, sont particulièrement sages (sans doute les effets secondaires de la faim qui les tenaille). Cette fois-ci, nous ne sommes même pas priés de descendre à Auray et de finir notre voyage en bus. Ca s'améliore !

A 16h20, nous arrivons en gare de Quimper, épuisés. Des formulaires de remboursements sont distribués aux utilisateurs mécontents des retards répétés. N'en déplaise à Monsieur Lipietz, depuis qu'elle n'est plus sous administration allemande, la SNCF a beaucoup perdu en régularité !