28.02.2008

Le cheveux.

Un matin, alors que je me coiffais devant le miroir de la salle de bain, mon regard fut attiré par un cheveux d'une couleur particulière. Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive : de temps à autre, je trouve un beau cheveux blond ou bien un cheveux à moitié noir car pris dans mes cils au moment ou j'appliquais mon mascara, parfois même un cheveux coloré par une petite boule de pâte à modeler venue se ficher alors que je jouais avec mes enfants. Rien d'anormal à tout cela. Hors, ce matin là, ce cheveux n'avait absolument rien à faire dans ma tignasse.Tout d'abord, j'ai pensé à une erreur : il ne m'appartenait pas, Alex l'avait reçu d'une autre femme puis me l'avait malencontreusement transmis. Mais à bien y réléchir, cette solution me chagrinait un tantinet et j'ai préféré écarter cette possibilité d'un geste rageur. Je me décide finalement à prendre le cheveux entre mes doigts, mais il ne vient pas, il reste bien accroché, preuve qu'il fait partie de moi et qu'il n'appartient donc à personne d'autre. Cela a au moins l'avantage de balayer les soupçons d'adultère qui pesaient sur Alex. Un souci de régler.

Je tire un peu plus fort et le cheveux se détache. Je l'observe, perplexe. Ce cheveux est blanc. Mais blanc, comme neige ! Blanc comme les cheveux de mon arrière-grand-mère quand celle ci avait quatre vingt six ans. Comment se fait-il qu'il soit là ? Je n'ai que trente cinq ans et pas plus tard que la veille je paradais auprès d'Alex parce qu'on m'avait dit Mademoiselle toute la journée. Je continue à le regarder ce qui ne semble pas le gêner le moins du monde. Je devrais constater un semblant de confusion, il pourrait avoir la décence de rougir un tout petit peu, s'excuser, me dire qu'il s'est trompé de crâne ... Mais, non, il me nargue et semble me dire : "Et oui, ma fille, tu vieillis, comme les copines !" Comme son attitude désinvolte m'insupporte, je l'abandonne seul dans une coupelle. Puis, je me rapproche du miroir et entreprends de découvrir d'autres petits malins qui auraient décidé eux aussi de prendre racine dans mon cuir chevelu. J'ai beau chercher et chercher encore, mes recherches sont vaines. Ouf, je suis soulagée. Je me tourne alors vers l'exemplaire unique, le reprends en main et vérifie pour la centième fois sa couleur : hélas, il est toujours aussi blanc. Je décide de le conserver jusqu'au soir afin de montrer à Alex le responsable du délit. Puis, je retourne vaquer à mes occupations.

Cependant, mon esprit n'est point tranquille. Ce cheveux me hante. Sournoisement, surgissent en moi des souvenirs de petites choses auxquelles je n'avais jusqu'alors pas prêté la moindre attention. Ces petites choses qui au fil des ans s'immiscent dans votre vie insidieusement. Il y a d'abord ces petits mals de crâne languissants à chaque fois qu'on regarde la télévision,  ces lettres qui se chevauchent quand on lit un livre, ces rides qu'on découvre un jour en regardant des photos qu'on vient juste de faire développer. "Oh, j'avais l'air un peu fatiguée ce jour là", se dit-on simplement. Notre mémoire n'est pas aussi bonne qu'avant mais on n'en a cure : "c'est seulement parce que je ne la travaille pas."

Alors, tout doucement, sans même s'en rendre compte, on prend rendez-vous chez l'ophtalmo qui vous prescrit une paire de lunettes pour lire et regarder la télévision. Au début, on oublie régulièrement de s'en servir, puis un jour, on les sait indsipensables si on veut pouvoir voir le film en entier sans que les yeux nous brûlent. On achète une crême très grasse pour le visage alors que quelques semaines auparavant on essayait désespérément d'assécher sa peau à coup de soins pour adolescents boutonneux.Finalement, on n'arrive plus à se voiler la face, le constat est implaccable : on vieillit !

Certaines rêvent alors d'une voire plusieurs opérations de chirurgie esthétique afin de remonter les poches sous les yeux, redessiner le contour des lèvres ou réhausser ces seins avachis par les années ou le soleil ou plus souvent les deux. D'autres se ruinent en crêmes anti-rides miraculeuses. La dépression nerveuse s'abat sur les plus fragiles d'entre nous. D'autres encore piquent les vêtements de leurs filles, se décolorent ou se teignent les cheveux, se contraignent à des régimes barbares afin de continuer à entrer dans un jean taille 34. Si ces femmes se sentent bien dans leur peau après, pourquoi pas ?

Mais, je n'aimerais pas être ainsi. J'ai même très peur de finir comme ça : paniquée à la vue d'un cheveux blanc ou d'une ride, déprimée par un kilo en trop, se dandinant dans des vêtements pour adolescentes prépubères, les seins tendus remontant jusqu'à un cou frippé par les années, parlant de leurs succès passés, jalousant leur fille plus jeune et plus fraîche. Vous me direz : "c'est facile pour toi qui n'a que trente cinq ans. Mais attends d'en avoir 45, puis 50, puis 60 !" Certes, vieillir n'est agréable pour personne, mais vieillir est quand même mieux que mourrir ! Alors autant vieillir bien. Et pour moi, vieillir bien, ce n'est pas essayer de ressembler à une minette  de 20 ans, mais c'est accepter son âge. C'est accepter ses rides, ses cheveux blancs, c'est porter des tenus élégantes, c'est soigner son corps sans le martyriser. C'est se dire,  "je ne suis plus jeune, et alors ? C'est bien aussi d'avoir 35, 45, 55, 65 .... ans. "