29.04.2008

Petit manuel des vacances chic à la mode de Bretagne ... ou d'ailleurs.

1520309694.jpgIl y a ... années, Françoise Jeanne Raymonde Dequerlac épousa Bernard Georges René Colin. Ils auraient naturellement dû faire faire des cartes de visite au nom de Françoise et Bernard Colin, mais Madame préféra faire imprimer : Jeanne-Françoise et Georges Colin de Querlac, un tantinet plus chic. Avec un nom pareil, Madame décréta qu'il était temps d'acheter une maison de vacances sur la côte.

Elle aurait bien jeté son dévolu sur la tellement chic Ile de Ré, mais la flambée des prix de l'immobilier tua dans l'oeuf ses velléités immobilières sur Ré la blanche. Il fallut se résoudre à investir dans une bicoque du Finistère. Son choix s'arréta sur le petit port de Plougannec, le portefeuille de Monsieur n'étant hélas pas encore suffisamment garni pour s'offrir un pied-à-terre à Bénodet.

 

Ne resta plus à Madame qu'à transformer le petit penty* en maison de famille. Ce qui fait encore rire les Plouganniens de souche !

Car, ceux que Madame considère comme des ploucs, savent parfaitement que les Colin de Querlac n'ont absolument aucun quartier de noblesse et que le penty n'a jamais appartenu à cette famille depuis des générations. Et, tous les efforts qu'ils feront pour s'intégrer et faire avaler aux locaux qu'ils sont d'ici, resteront vains : ils seront toujours des étrangers !  C'est la dure loi qui règne ici : si vous n'êtes pas du coin, vous aurez beau vous y installer définitivement, vous resterez toujours un "intru". Au contraire, un descendant de Plougannien qui ne vient qu'une fois tous les dix ans restera toujours un "gars" ou une "fille" du pays ; à son passage, les gens diront : "Mais si, c'est le fils d'Yves, le neveu d'Yvonne et le cousin de Gwendal." On lui tâtera la joue : "Comme tu as grandi, Mignon* ! Et tes enfants, ils sont mout* !"

Personne en ville ne tripote la joue de Jeanne-Françoise Colin de Querlac.

Madame est très occupée à transformer son penty en demeure bourgeoise accueillant des générations de Colin de Querlac pour les vacances. Elle meuble sa résidence secondaire : elle achète de rutilantes reproductions de billots et de présentoirs à pain chez Comptoir de Famille, remporte aux enchères un ou deux meubles bretons et chine de vieux bols ébréchés qu'elle certifie avoir appartenu à l'arrière-arrière-Bon-Papa Colin de Querlac, fondateur de la dynatie, et qui donnent un air si authentique. Elle va même jusqu'à dénicher en brocante d'anciennes photos de bourgeois bretons qui formeront une galerie d'ancêtres dans la minuscule entrée du penty. Quelques rideaux en toile de Jouy, des abats-jour en coton écossais et le tour est joué. Ainsi nait une maison de famille plus vraie que nature, propre comme un sou neuf, reproduction parfaite de celles aperçues dans les pages de "Maison de Campagne" ou "Côté Ouest".

 

La maison ainsi parée est prête à accueillir famille et amis. Enfants et petits-enfants débarquent pour les grandes vacances.

On prend le temps. Le temps de faire les courses tout d'abord. Le marché hebdomadaire, c'est LA sortie de la semaine, l'endroit ou l'on se montre, l'endroit ou il faut être vu, l'endroit ou il faut être reconnu. On se rend toujours chez les mêmes fournisseurs, le fin du fin étant que le commerçant vous appelle par votre nom et vous fasse passer devant tout le monde. Madame se damnerait pour qu'on la serve ainsi, mais pour l'heure, elle doit céder la place à la femme du médecin qui la double sans même un regard. Un jour, Madame tenta bien de ne pas se faire doubler de la sorte, mais la femme du toubib lui asséna "vous n'êtes pas d'ici vous, ça se voit", tout en la toisant avec mépris. Les Messieurs se gardent bien d'intervenir en pareil cas.

Les courses une fois faites, on se retrouve à la terrasse de chez Bournard, le Sénéquier local, et pas ailleurs, pour un apéritif entre amis. Toute la famille est vêtue comme si elle allait participer à la Solitaire du Figaro, mais les Dockside flambant neuves ne quitteront jamais le quai.

Puis, sur le coup de treize heures, on rentre au penty préparer le déjeuner. Langoustines, huitres, araignées (bar de ligne et homard quand Monsieur a gagné en bourse), pain noir et beurre salé à l'extrait de fleur de sel de Guérande. Madame ne jure que par lui. Ne vous méprenez pas, ce n'est pas un concentré de parfum comme l'extrait de parfum Chanel N°5, c'est juste une façon de vous vendre, au prix de l'or, du vulgaire gros sel. On déjeune à l'ombre d'une tonnelle tout en buvant du cidre bio bien frais.

On bouquine et l'on brode au point de croix tandis que les plus petits font la sieste. Et, sur le coup de seize heures trente, on se rend tous ensemble à la plage ou l'on retrouve quelques connaissances. Les enfants ont parfois une leçon d'optimiste au club nautique ou bien apprennent à nager avec Bon-Papa. Les mères se plaisent à imaginer leurs enfants Anne-Charlotte et Maxence unis par les liens du mariage une fois adultes, les pères se portent volontaires pour construire un château de sable à quelques mètres de deux naïades aux seins nus. On profite jusqu'à vingt heures des rayons du soleil ... et de la vue plongeante pour ces Messieurs. Puis, tout le monde rentre à la maison.

Les plus jeunes sont douchés en premier et mis en pyjama par les hommes alors que les femmes préparent le dîner. Pendant que les enfants soupent, les adultes prennent un pot. On organise le programme du lendemain ou l'on fait le bilan de l'année passée ou bien encore, on évoque l'année à venir.

Au loin, on entend la musique d'un Fest Noz*, mais la famille Colin de Querlac ne participe jamais à ces animations pour touristes et militants gauchistes du FLB*. Madame n'a aucune envie de s'assoir sur des bancs crasseux pour manger avec les doigts des sardines grillées, à une grande table jonchée des restes des moules marinières, langoustines, frites et lard grillé des occupants précédents. Pour acheter une crêpe aux enfants, il faut faire une demi-heure de queue et, quand vient son tour, la crêpière explique que, pour avoir une crêpe, il faut un jeton. Bien évidemment, on n'a pas de jeton, bien évidemment il faut aller faire la queue pour abtenir ce foutu jeton et, bien évidemment, il faut refaire la queue trente minute durant pour obtenir enfin une malheureuse crêpe ... sans sucre - pour le sucre, il faut un autre jeton ! Pas envie d'aller à la buvette qui sert de repère aux soulards du coin. Pas plus envie de supporter des musiques et chansons pseudo-bretonnes entonnées par des chevelus tout droit sortis d'une école Diwan*. A force de multiplier ces Fest Noz, la qualité se perd et l'ennui guette : "Trop de Fest Noz tue le Fest Noz !"

Alors NON, les Fest Noz ne sont plus pour la famille Colin. On ne peut guère les en blamer !

 

La soirée s'achève paisiblement dans le penty. Jeanne-Françoise Colin de Querlac s'assure que toute sa petite famille est confortablement installée puis va lire quelques pages d'un magasine de point de croix dans sa chambre avant d'éteindre la lumière. Juste avant de s'endormir, elle prévoit de se rendre  demain matin au marché de Bénodet : il faut absolument qu'elle achète un très chic sac en toile de Jouy rouge sur le stand "Papa pique et Maman coud" ; le journal "Maison de Campagne" en a tellement parlé, il faut obligatoirement qu'elle en ait un à suspendre à la patère de l'entrée, juste en dessous du portrait de Mamie Soizic Colin, ancienne Penn Sardin* dans les conserveries de Douarnenez. Oups, pardon ! Je reprends : juste en dessous du portrait de Bonne-Maman Soizic Colin de Querlac, héritière d'une des familles les plus influentes de Douarnenez. Ouf, c'est mieux comme ça !

 

Penty : petite maison bretonne en pierre.

Mignon : signifie "mon garçon" / "ma fille" se dit Mignonne.

Mout : signifie mignon. On entend parfois aussi : "mout mout" qui veut dire très mignon. "C'ui ci est mout mout !"

Fest Noz : fête bretonne ayant lieu la nuit, par opposition à Fest Deiz.

FLB : Front de Libération de la Bretagne, mouvement indépendantiste breton.

Ecole Diwan : école privée qui prodigue un enseignement tout en breton.

Penn Sardin : ouvrière dans les conserveries de sardines de Douarnenez. On les reconnaissait à leur petit coiffe blanche toute simple.

18.04.2008

Je vous quitte !

... quelques jours : je pars en vacances.

 A bientôt.

11.03.2008

SNCF, c'est possible.

Lorsque nous partons en vacances en Bretagne, nous aimons prendre le train. Ainsi, nous évitons les bouchons depuis la porte d'Italie jusqu'au péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines, nous sommes confortablement assis dans le TGV pendant quatre heures trente au lieu de rouler sept heures durant, nous nous épargnons les arrêts en catastrophe aux aires d'autoroute bondées : "Papa, j'ai envie de faire pipi !", les enfants à gérer depuis le siège avant : " Arrétez de vous chamailler les garçons !" " Louise, fais quelque chose voyons. Je conduis, je ne peux pas tout régler une fois de plus." Non, non, non, tout cela n'est pas pour moi. Hélas, nous ne sommes que des humains et, par conséquent, ceci n'est finalement que la vie rêvée des hommes. La réalité est généralement beaucoup plus cruelle.

 

Premier samedi des vacances. Gare Montparnasse. 7h45.

Enfants, bagages et poussette sont en tas, juste en dessous du panneau "Trains au départ". Nous attendons l'affichage du numéro du quai pour le TGV Paris-Quimper via Rennes. Les garçons, pas encore tout à fait réveillés, bousculés par les voyageurs pressés et craignant d'être happés par la foule, ne s'aventurent guère au-delà du rempart formé par nos valises. 

Finalement, le panneau indique "Quai n°5" pour notre train. La foule se rue vers les composteurs mais les usagers sont rapidement bloqués par ceux qui ne trouvent pas leur billet et restent plantés l'air paniqué, cherchant, parfois en vain, le fameux sésame dans leur sac bourré à craquer, ceux qui ne mettent pas le ticket dans le bon sens et ne lisent pas les instructions " tournez votre ticket", ceux qui ne comprennent pas que la machine est hors d'usage. Rusés, nous avions composté nos billets auparavant. 

Nous nous dirigeons donc vers notre wagon, le n°16. Nous remontons tout le quai mais aucune voiture ne porte de numéro supérieur à 9. Tous les voyageurs arpentent le quai sans réussir à trouver leur wagon. L'heure du départ approchant, les regards sont de plus en plus inquiets. Certains sont au bord de la crise de nerfs. Aucun contrôleur n'est présent pour nous dire de quoi il retourne. Finalement, au bout d'un quart d'heure de pagaille générale, une voix au micro annonce une erreur d'affichage : ils ont omis de noter les dizaines. C'est balot ! Nous ne monterons donc pas en voiture 16 mais 6. Comme souvent dans ces cas là, les gens entendent mais n'écoutent pas. Dans les wagons, des passagers s'installent aux mauvaises places : "c'est ma place." "Nan, c'est la mienne." "Mais puisque je vous dis que vous vous êtes trompé." "Mais non, vous c'est la voiture quinze." " oui, mais la voiture quinze, c'est la cinq, donc c'est MA place." "Mais moi, j'étais dès le départ en voiture 5, donc c'est MA place à moi." Certains sont sur le point d'en venir aux mains ; il est préférable, si l'on tient un tant soit peu à la vie, de ne pas intervenir. Laissons-les s'entretuer, ça fera du monde en moins dans le compartiment ! Afin d'installer tous les voyageurs, la SNCF retarde le départ de vingt minutes : en 20 minutes, on peut estimer qu'il y aura 8% de pertes parmi les passagers, soit 2,5 sièges qui vont se libérer dans chaque wagon ; juste ce qu'il faut pour déposer tous les sacs de ma petite famille. Enfin une bonne nouvelle !

Vingt minutes plus tard, tous les passagers sont fin prêts à partir (bien évidemment, je ne compte plus ici les morts, ces derniers ayant été évacués afin de ne pas indisposer ceux qui restent), sauf que le train, lui, ne l'est plus.  "Mesdames, Messieurs, en raison d'un problème technique sur les voies, le TGV va être dévié sur des voies normales. Prévoyez une heure vingt minutes de retard .... minimum !!! " Bref calcul : 4h50 + 1h20 = 6h10.

Trente minutes plus tard, le TGV n'a pas bougé. Alex et moi occupons les enfants. Bien qu'ils soient très sages, une jeune raveuse d'une vingtaine d'années, se lève et nous demande, suffisamment fort pour que tout le wagon se retourne vers nous : "Jusqu'ou allez-vous avec vos enfants ?"  Qu'est-ce-que cela aurait été si ils avaient été affreux ? Avec mon plus beau sourire, je réponds à cette coquette sale qui n'a visiblement aucune idée de ce qu'on peut faire avec un savon : "Jusqu'au terminus !"

A 9h, au lieu de 8h05, le train se met enfin en marche. On entend un léger soupir de soulagement dans le wagon.

9h30 : "Mesdames, Messieurs, nous sommes arrêtés en pleine voie, nous vous prions, pour votre sécurité, de ne pas tenter d'ouvrir les portes. " La SNCF craint un suicide collectif ! Et après les pertes évoquées précédemment, ça ferait beaucoup pour un simple voyage Paris-Quimper.

9h45 : le train est toujours bloqué. "Mesdames, Messieurs, suite à des chutes de branches sur les voies, notre train est bloqué pour une durée indéterminée. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour le retard engendré. Prévoyez quand même un retards de 2h50 à Rennes.

C'est ça le charme des vacances : on n'est jamais pressés par le temps. La SNCF l'a bien compris et de ce côté là elle fait vraiment du zèle.

Mais ce pourrait être pire. On aurait pu rester bloqués six heures dans un train corail bondé, sans chauffage, sans lumière, sans eau, voire même sans toilettes. Les voyageurs pourraient tomber comme des mouches pour cause de faim, de soif ou de phobies diverses et variées.

Or, dans notre cas, nous n'avons que deux petites heures cinquante de retard. Les toilettes ne sont pas encore bouchées. Certes, il faut faire la queue une heure au bar mais on réussit quand même à acheter, au prix de l'or, les deux dernières tranches de cake qu'on mangera à quatre . Et puis surtout, coup de chance, les enfants, bien que trouvant le trajet long et pénible, sont particulièrement sages (sans doute les effets secondaires de la faim qui les tenaille). Cette fois-ci, nous ne sommes même pas priés de descendre à Auray et de finir notre voyage en bus. Ca s'améliore !

A 16h20, nous arrivons en gare de Quimper, épuisés. Des formulaires de remboursements sont distribués aux utilisateurs mécontents des retards répétés. N'en déplaise à Monsieur Lipietz, depuis qu'elle n'est plus sous administration allemande, la SNCF a beaucoup perdu en régularité !  

13.02.2008

Désolée.

Je suis navrée que vous ne puissiez rien lire sur mon blog ces jours-ci (il vous reste quand même mes 138 premières notes à lire, ça risque de vous prendre un certain temps !) mais je suis en quelque sorte en vacances : j'ai envoyé Alex chez sa mère avec le petit dernier et moi je suis restée à Paris avec le grand qui va à l'école. Résultat : je me la coule douce et je me repose , et je profite de ce temps de printemps. Vous comprenez donc aisément pourquoi je n'ai que si peu de temps à vous consacrer. Et avec ce beau soleil, mon esprit bat la campagne : impossible de me consacrer à l'écriture de quelque note.

Attendez qu'il fasse à nouveau un temps pourri ...