23.01.2008

Butin de guerre.

Ainsi que je le mentionnais l'autre jour dans ma note sur le livre "Une semaine de décembre à Audierne", chaque famille de mon coin de Bretagne peut vous conter une anecdote sur la seconde guerre mondiale. Ma famille ne fait pas exception à la règle.

Mon gand-oncle Yves, garde champêtre à Chateaulin, une petite ville à mi-chemin entre Quimper et Brest, avait en charge la surveillance des soldats allemands arrétés en juin 44. L'un de ces soldats n'était pas mauvais peintre (il n'était pas bon non plus !). En échange d'un peu de tabac américain, le soldat peignait pour mon grand-oncle. Les toiles faisant défaut, l'homme utilisait de simples plaques de bois. C'est ainsi qu'Alex et moi avons découvert un jour, alors que nous fouinions dans le grenier de la demeure familiale, tout un tas de planches peintes de paysages et de personnages.

L'allemand était un piètre artiste et ses peintures ne cassent pas trois pattes à un canard, surtout celles représentant des bretons et bretonnes : les proportions ne sont absolument pas respectées et les couleurs jurent. Cependant, l'une des peintures attira notre attention : elle représente la maison de ma grand-mère, dont mon père a hérité. Le prisonnier allemand ne pouvant bien évidemment pas quitter Chateaulin, mon grand-oncle Yves lui avait apporté une photo de la maison afin qu'il la peigne. On y aperçoit même mon arrière-grand-mère, en coiffe, accoudée au muret de pierres qui cerne le jardin.

Alex et moi avons rapporté à Paris la planche, gondolée à cause de l'amplitude thermique qui règne au grenier. Nous avons mis la planche sous une pile d'encyclopédies dans un endroit humide afin qu'elle retrouve sa forme plate, en vain. L'encadreur a pesté lorsqu'il a fallu ajuster un cadre autour de ce qu'il appela une croûte.

Certes, c'est une croûte. Le peintre n'avait visiblement pas le compas dans l'oeil et les couleurs déjà peu judicieusement choisies sont en plus passées depuis le temps. Mais c'est sans aucun doute notre croûte préférée. Elle trône d'ailleurs au dessus d'une commode dont j'ai hérité de mon parrain d'Esquibien. Faites-moi penser à me renseigner à propos de la provenance de cette commode. Peut-être a-t-elle une histoire elle aussi ? Sculptée par les allemands dans les casemates de Locquéran ?