18.01.2008

Désolée, ma voisine n'est pas morte.

A l'époque, Alex et moi habitions au cinquième étage d'un immeuble des Gobelins. Au quatrième vivait une grand-mère qui ne sortait jamais de chez elle et n'ouvrait jamais à personne, si ce n'est notre voisin commun du sixième étage qui lui apportait ses courses et son courrier quotidiennement à la même heure. J'avais bien essayé une fois d'aller lui parler mais elle n'avait pas répondu à mes coups de sonnette répétés. Chaque soir vers seize heures elle recevait un appel téléphonique : sans doute sa fille ou sa nièce qui vérifiait que la vieille dame allait bien.

Un soir, j'entendis le téléphone sonner comme d'habitude, mais la vieille dame ne répondit pas. La sonnerie tinta à nouveau, sans plus de succès. Le téléphone sonna plusieurs fois, en vain. Le petit manège dura une heure.

Craignant que la vieille dame ait fait un malaise, je descendis chez elle, sonnai et appelai.  Je collai mon oreille à la porte tentant d'entendre un bruit ou un cri, toujours rien, sauf le téléphone qui continuait inlassablement à sonner. Inquiète, je me décidai à appeler son voisin et ami du sixième. Après avoir sonné une dizaine de fois à la porte du vieux monsieur, celui daigna entrebailler sa porte. Je lui expliquai la situation mais cela ne l'inquiéta pas plus que ça (c'est bien d'avoir des amis sur lesquels on peut compter !). Finalement, je retournai à la maison et me décidai à appeler les pompiers.

Cinq minutes plus tard, deux jeunes pompiers firent leur entrée dans la maison, suivis D'Alex qui se demandait bien ce que ces charmants pompiers en train de s'harnacher comme s'ils allaient escalader le Mont-Blanc faisaient dans sa cuisine un mercredi soir en compagnie de sa femme. Je lui expliquai la situation tout en admirant les fesses sanglées d'un des pompiers tandis qu'il se jetait dans le vide. Le jeune homme cassa un carreaux et s'introduisit dans l'appartement ou il n'y avait absolument aucune trace d'une vieille dame morte ou agonisant dans d'horribles souffrances après avoir été sauvagement torturée par un serial killer.

Alors que les pompiers repartaient, je leur fis toutes mes excuses : "Je suis désolée de vous avoir fait venir pour rien, ma voisine n'est pas morte !"

Le pompier, amusé, me répondit : "C'est peut-être mieux que cette dame soit encore vivante, vous ne pensez pas ?"

Alex leva les yeux au ciel.

 

Une semaine plus tard, ma voisine sonna à la porte. Je crus d'abord qu'elle venait me réclamer la réparation de sa fenêtre. Mais non. Elle m'offrit une bouteille de muscadet tellement ma démarche lui avait fait plaisir et m'apprit qu'elle était juste partie une semaine en vacances chez sa nièce.