02.04.2008
Cluedo VI.
Sixième partie : Tout ça pour ça.
Le Commandant Lefront, que cette histoire de meurtre commençait à agacer compte tenu du nombre important de suspects, gara la vieille Clio au blanc douteux sur le parking de l'Institut Médico Légal, au 2 quai de la Rapée. Il était venu tant de fois ici tout au long de sa carrière qu'il ne prêtait même plus attention aux familles éplorées attendant le corps autopsié d'un proche. Il contourna la voiture et avança de quelques pas le long de la Seine : à chaque fois qu'il contemplait le fleuve depuis l'IML, il pensait aux nombres de corps que la Seine rejetait et qui finissaient irrémédiablement sur les tables d'autopsie juste derrière lui, derrière ce mur de briques rouges qu'il longea avant de pousser une lourde porte grise, le Lieutenant Stan sur ses talons.
L'intérieur de l'Institut était vieillot, rien à voir avec les laboratoires ultra sophistiqués des séries télévisées américaines. Les couloirs ressemblaient davantage à ceux aux peintures décrépies et jaunies du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Point d'ordinateur ultra puissant, ni d'espace ouvert accueillant des hordes de chercheurs et professeurs tous plus sexys les uns que les autres. Seulement de minuscules bureaux individuels et des salles d'autopsie aseptisées dans lesquels travaillaient, dans un silence religieux, des médecins qu'on souhaiterait ne jamais rencontrer.
Les deux flics frappèrent à la porte du toubib. Une voix enjouée les pria d'entrer. Le médecin était d'humeur joyeuse ce matin. Sans doute les deux autopsies qu'elle avaient déjà pratiquées ce matin (un dealer tué à l'arme blanche et un alcoolique ayant fait un malaise sur la voie publique) l'avaient mise en joie ; elle préférait toujours autopsier des hommes même fauchés dans la force de l'âge plutôt que des enfants morts des suites des coups assénés par leurs parents.
- Messieurs, bonjour. Asseyez-vous, je vous en prie. Nous allons faire vite, j'ai beaucoup de travail qui m'attend. Si je vous ai fait venir, c'est pour vous faire part de mes dernières découvertes quant à l'autopsie de la victime. Je vous rappelle que la victime semblait avoir été étouffée, mais sans souffrir et je n'avais trouvé aucune trace d'un quelconque morceau de tissus ou d'une lutte avec un éventuel agresseur. Ces constatations m'ont beaucoup troublée alors j'ai décidé de procéder à un deuxième examen de la trachée de la victime, tandis que, dans le même temps, le laboratoire étudiait le contenu de son estomac. Ce n'est qu'au bout de la quatrième inspection de la trachée de cette femme que j'ai découvert, caché dans un recoin, une jambe de N. J'ai poursuivi mes recherches et ai découvert un A. J'ai retiré les deux lettres délicatement avec une pince à épiler et les ai observées au microscope : elles étaient recouvertes de substances gastriques. Une idée m'est alors venue à l'esprit mais j'ai dû rongé mon frein en attendant les résultats concernant l'estomac de cette Louise. Vous savez comme nos labos sont débordés. Finalement, mon collègue m'a apporté ses conclusions que nous avons recoupées avec les miennes et nous sommes tombés d'accord. Voici ce qu'il en est exactement :
La victime a subi, par le biais de chercheurs en psychologie aux méthodes plus que douteuses, des pertes irrémédiables : ils ont pénétré dans le cerveau de la malheureuse afin de lui piquer ses idées, ce qui explique l'état de friche dans lequel était l'intérieur de son crâne. Suite à ces ponctions répétées, cette jeune femme a perdu doucement son inspiration. Elle a alors été confrontée à l'angoisse de la page blanche. Elle avait beau se mettre plusieurs heures devant son ordinateur, tout espoir de pondre une note digne de ce nom pour son blog s'était envolé. Chaque jour elle peinait et ce dur labeur commença même à avoir des répercussions sur sa santé mentale. Elle prit des médicaments afin de stimuler son imagination mais sans succès. Elle décida alors de cracher des mots, mais seules quelques lettres franchirent sa bouche. Elle choisit donc de vomir du texte mais c'est hélas cela qui causa sa perte : les mots ne réussirent guère à aller jusqu'à sa bouche. Seules quelques lettres (les jambes du N et le A) remontèrent dans sa gorge, les autres lettres restant bloquées dans son estomac (c'est ce que les laborantins ont retrouvé en étudiant le contenu de l'estomac : il était plein de lettres). Les lettres qui ont réussi à remonter ont finalement étouffé Louise S.
Messieurs, votre cliente est décédée suite à un manque total d'inspiration. Même si les psy sont responsables de la pénurie d'idée de la victime, vous ne pourrez jamais le prouver. On peut donc dire que c'est son blog qui l'a tuée. Louise l'avait très bien compris qui avait écrit sur l'écran de son ordinateur : "Tu m'as tuée." Je crois que vous pouvez clore l'affaire.
Les deux flics saluèrent le médecin légiste et quittèrent l'IML en silence. Il ne leur restait plus qu'à exposer aux proches de la victimes les causes exactes de la mort et à relâcher les suspects. Dans quelques jours, ils assisteraient à la messe donnée pour Louise en l'Eglise Saint-Médard, celle ou elle aimait tant aller faire un tour avec ses deux enfants pour y déposer un cierge. Sans doute que ses fils diraient : "Dis Papa, on allume une bougie pour Maman ?"
PS : Si l'envie vous prenez de venir à mon enterrement, mettez des cierges pour moi : il va m'en falloir plus d'un si je veux aller au Paradis ; pour l'instant, ce n'est pas gagné ! Et amenez des pivoines, c'est la saison en ce moment. Et avec un peu de chance, si le cercueil n'est pas encore fermé, vous verrez peut-être ma tête. Il se pourrait que je vous fasse un clin d'oeil ...
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30.03.2008
Cluedo V.
Cinquième partie : Petit meurtre entre amis.
Le Commandant Lefront fit entrer les suspects dans son bureau, situé au quatrième étage du 36, quai des Orfèvres. La plupart d'entre eux fut surpris de découvrir des bureaux minuscules aux murs gris et aux fenêtres grillagées donnant sur une cour servant de parking aux véhicules banalisés. Ils pensaient sans doute qu'ils allaient être reçus dans une vaste bibliothèque en bois d'acajou, être assis dans de confortables sofas recouverts de tissus Laura Ashley, tout en sirotant un Glenmorangie vingt ans d'âge ou un thé Darjeeling accompagnés de scones sortant tout droit des fours de chez Fortnum and Mason. Mais le Commandant Lefront clarifia immédiatement les choses : "Vous n'êtes pas les personnages d'un roman d'Agatha Christie ! Vous êtes ici parce que vous êtes tous, je dis bien tous, suspectés d'avoir assassiné, de sang froid, Louise S., une mère de famille. Vous aviez tous une bonne raison de la tuer. "
- Commençons par vous, Barbie !
Barbie, vêtue d'un nouveau manteau, se tortilla sur son siège. Elle portait autour du cou un boa de plumes roses qu'elle tripota nerveusement.
- Vous avez déclaré, sur votre blog, qu'on vous avait volé votre manteau alors que vous étiez passablement émêchée dans un bar louche du centre de Rouen. Vous en vouliez à la terre entière d'être ainsi dépossédée d'un bien qui vous était cher. Vous avez pensé que cette Louise avait le même. Alors, vous avez demandé à votre voisin Thibault, militaire, de tuer cette femme et de vous ramener son manteau. Thibault a accepté pour vos beaux yeux !
Barbie se leva d'un bond pour arracher les yeux au Commandant, mais le lieutenant Stan para à toute tentative de Barbie, qui, une fois dans les bras du charmant flic se calma aussitôt et s'empressa de lui faire les yeux doux.
Le Commandant Le Front passa au suspect suivant.
- A vous Jeanne, la Madame SPA de la Mayenne. Vous n'avez pas digéré le fait que Louise ait voulu faire un civet de votre lapin géant puis récupère la peau de la pauvre bête pour s'en faire une étole. Alors que votre mari vous croyait tranquillement occupée à créer des bijoux dans votre véranda, vous aviez largement le temps de vous rendre à Paris en TGV afin d'assassiner Louise.
Jeanne respira profondément. Cependant, elle ne put s'empêcher de pleurer en pensant à la pauvre bête qui avait fini en cocotte.
Alors que Gwen se demandait comment elle ferait dorénavant pour transporter ses crottins de Chavignol à la fête paroissiale de Chevaize une fois la vente de son 4X4 conclue, le Commandant Lefront se tourna vers elle, ce qui eut le don de l'agacer. Elle repoussa nerveusement l'une de ses mêches rousses et fixa ce flic qui commençait à lui donner des boutons.
- Gwen ! Je sais que vous n'avez pas bougé de chez vous au moment de la mort de Louise, mais vous auriez très bien pu demander à la Birette, de le faire pour vous. je précise, pour les autres suspects, que la Birette est une sorcière démoniaque qui sévit dans le Berry.
- Et pour quelle raison aurais-je eu envie de tuer Louise, Commandant Lefront ?
- Il se murmure que votre fille Lilith aurait entretenu une liaison avec son fils Henri. Est-ce-que je me trompe ? Et puis, vous avouerez qu'appeler sa fille Lilith quand on vit au pays de la Birette, c'est suspect.
Gwen marmonna.
Mlféeclochette, que cette histoire de sorcellerie intéressait au plus haut point, sembla se refermer comme une huitre bretonne quand le Commandant Lefront parla de son cas.
- Mlféeclochette, en perquisitionnant à votre domicile, nous avons retrouvé une petite poupée en lin brodée au point de croix, portant le nom de Louise et piquée d'une multitude d'aiguilles. Le lieutenant Stan a enquêté et, avec l'aide du rebouteux de Plouginec dans les Monts d'Arrée, a découvert que vous vous adonnez à un rite vaudou implanté en Pays Bigouden par les premiers druides. Vous avez piqué cette poupée à l'effigie de la victime car vous n'avez pas supporté qu'elle préfère vivre à Paris plutôt qu'en terre celte. Et ne me dites pas que vous n'aviez pas le temps de l'assassiner puisque vous êtes passée à Paris lors d'un déplacement vers l'est de la France.
- Vous aussi Cécile, vous étiez à Paris au moment du meurtre : vous étiez chez votre belle-mère. On a ainsi appris que vous aviez rencontré la victime le jour de sa mort afin de fomenter une rébellion contre vos belles-mères respectives. Que s'est-il passé pour que votre complicité vole en éclat ? Un différent quant à la manière d'assassiner vos belles-mères ? Louise voulait faire souffrir la sienne atrocement et vous la tuer rapidement et proprement ?
- Je vous en prie Commandant, s'écria Cécile, n'en parlez, ni à mon mari, ni à ma belle-mère !
- Madame, je vous laisse le plaisir d'annoncer à Belle-maman, lors du prochain repas de famille, que vous voulez lui faire la peau ... Entre le fromage et le dessert, je suis sûre qu'elle appréciera.
Tandis que les conseils avisés du Commandant Lefront à Cécile amusaient encore Le Chat, le vieux flic attaqua.
- Le Chat, qui êtes-vous ? Avec vous, nous sommes un peu perdus et, j'avoue, vous nous avez donné du fil à retordre. Vous habitez dans le Vème arrondissement, comme la victime ; vous avez le même âge que la victime ; vous tenez un blog, comme la victime. Pourquoi, quand on a tant de points communs, en vouloir à Louise ? Nous avons une ébauche de réponse : parce que Louise aime bien faire la cuisine. Or, vous, la cuisine, ça vous met dans tous vos états. N'avez-vous pas dernièrement assassiné un homme à coups de rouleaux à pâtisserie juste parce qu'il vous avait demandé de vous mettre au fourneau ? Votre casier judiciaire ne vous rend pas service et vous met parmi les suspects les plus probables. Quand vous purgerez votre peine pour le crime au rouleau à pâtisserie, demandez à suivre une psychothérapie afin de réussir à déterminer votre appartenance sexuelle : ça m'a l'air un peu compliqué de ce côté-là.
- Oh, MissBrownie, ne vous réjouissez pas trop vite ! Vous n'êtes pas totalement innocente, même si vous, au contraire, adorez cuisiner. Ce n'est pas parce qu'on sait faire des petits gâteaux au chocolat qu'on est incapable de tuer. Au contraire ! Parfois, il est utile de savoir manier le couteau de cuisine quand on veut tuer quelqu'un puis le désosser, ne trouvez-vous pas ? Et le gaz, MissBrownie ? Que pensez-vous du gaz ? Vous vous entraînez à assassiner au gaz en ce moment, n'est-ce-pas ? Et Louise aurait été parfaite comme cobaye ! Avouez que vous y avez pensé.
Alors que Missbrownie baissait les yeux, penaude. Le Commandant Lefront prit Cigale à partie.
- Et vous Cigale ? Rien à vous reprocher ? Pas même une petite envie de tuer Louise qui vous démangeait ces temps-ci ? Juste une petite, le jour ou elle a commenté une photo sur votre blog. Vous vous souvenez de cette photo de vos amis écossais en kilt. Reconnaissant les fesses d'un des hommes photographiés - n'avait-elle pas écrit " Mais je les connais ces fesses-là, moi !" ? Cette déclaration de Louise vous a mise hors de vous. Car cet homme, qui avait été votre amant, avait donc couché auparavant avec la victime. La jalousie fait alors faire bien des choses répréhensibles, comme tuer sa rivale par exemple ...
L'indignation se lut sur le visage de Cigale mais laissa de marbre le Commandant Lefront ; il en avait vu d'autres.
- El Ultimo, vous êtes bien silencieux ! On a découvert que la victime et vous aviez organisé un petit trafic fort lucratif de poudre blanche et de feuilles d'érable entre le Canada et la France.
El Ultimo, abattu, baissa la tête, exhibant à la vue de tous son crâne luisant. Le Commandant Lefront, compatissant, se dit qu'il fallait être un peu fou pour choisir de vivre au Canada quand on n'a pas un cheveux sur le cailloux. Le policier, par réflexe, se caressa la tête en frissonnant.
- D'autre part, vous avez évoqué sur votre blog des recherches effectuées par des psychologues afin d'étudier la partie du cerveau appelée amygdale. Après vérifications, ce sont bien ces recherches qui ont laissés des traces dans le cerveau de la victime. C'est vous qui avez mis Louise en relation avec ces chercheurs. Entre nous, elle ne devait vraiment pas être finaude cette Louise pour gober ces conneries de chercheurs. Tout le monde sait que les amygdales sont au fond de la gorge ! Mais, pourquoi la tuer, au risque de cesser votre trafic peu recommandable ? Parce qu'elle en savait plus qu'elle n'aurait du ? (elle avait démasqué les véritables intentions des chercheurs : lui piquer ses idées en piochant directement dans son cerveau.) Parce qu'elle faisait plus de bénéfices que vous avec la vente des feuilles d'érable ? Faites gaffe, mon vieux, vous êtes dans le collimateur des Stup's !
Il y avait un silence de mort dans le bureau surchauffé du commandant Lefront. Celui-ci essuya son front à l'aide d'un mouchoir écossais puis se tourna vers Ju' qui agitait devant son visage une feuille en papier afin de se rafraîchir.
- Mademoiselle Ju', à votre tour de passer à la casserole, si vous me permettez cette petite familiarité ! Vous aviez rendez-vous avec la victime, mais vous avez déclaré : "j'ai eu un empêchement de dernière minute. Notre rendez-vous a été annulé." En êtes-vous bien sûre ?
Ju' jeta un regard noir au policier, mais ne répondit pas. Celui-ci continua son monologue.
- En fait, vous vous êtes débrouillée pour connaître son adresse via son mail. Vous vouliez savoir à quoi elle ressemblait. N'aviez-vous pas insisté pour qu'elle montre son visage sur son blog, à l'époque ou elle s'était fait faire une frange ? Mais, lorsque vous l'avez vue, en vrai, vous n'avez pas supporté cette femme à l'air pas toujours très sympathique. Franchement, elle avait une sale gueule ! Ne serait-ce pas vous l'assassin Mademoiselle ?
Les autres suspects s'arrêtèrent de respirer. La tension était palpable. Le Commandant Lefront, maitrisant parfaitement l'exercice, laissa quelques instants avant de s'attaquer au suspect suivant. Il se délectait toujours de ce genre de situation, se plaisant à étudier les réactions des uns et des autres. Imperturbable, il se concentra alors sur Fanette.
Fanette faisait partie du clan des parisiennes. Pas les vraies, nées à Paris, mais les provinciales devenues parisiennes, comme la victime. On sentait qu'avec le temps elle avait pris de l'assurance, jusqu'à maitriser parfaitement les codes et usages de sa ville d'adoption : démarche nerveuse adaptée aux entrailles du métro parisien et garde-robe de la parfaite citadine. De l'eau était passée sous le Pont-Neuf depuis que Fanette avait débarqué à la fac ; elle en avait fait du chemin depuis qu'elle avait troqué ses mocassins bleu marine contre des bottes à la dernière mode.
- Mademoiselle Fanette, lors de l'une de vos promenades nocturnes dans Paris, n'auriez-vous pas rencontré Louise ? Oh, vous ne saviez pas que c'était elle, elle ne vous a pas dit son prénom. Mais vous vous êtes parlé une nuit que vous rentriez chez vous après avoir passé une agréable soirée dans un café avec votre bande d'amis. Elle vous a entretenu d'un évènement auquel elle avait été témoin. Souvenez-vous du jour ou vous avez voulu acheter des chaussures avec votre petit ami. L'échange verbal qui avait eu lieu entre la vendeuse, la patronne, votre ami et vous, avait été suivi par Louise. Cette dernière, vous reconnaissant dans le métro, vous a alors abordée puis a voulu vous faire chanter. Comment se débarasse-t-on d'un maitre chanteur Mademoiselle Fanette ?
Fanette leva les yeux au ciel d'un air blasé.
La voisine de Fanette, Milla, que ses Dim'Up semblaient gêner - une fois de plus elle avait oublié qu'il ne faut jamais mettre de crême hydratante sur ses jambes avant d'enfiler des bas - se redressa brusquement. Elle fronça les sourcils : ce n'était pas cet arrogant Commnandant Lefront qui allait l'enquiquiner. Elle aurait bien appâter le Lieutenant Stan, mais celui-ci semblait toujours aussi captivé par Barbie. Qu'importe, elle avait ce qu'il faut à la maison.
- Milla, vous aussi avez rencontré Louise dans le métro. C'était un matin, alors que vous vous rendiez au bureau. La rame était bondée et un enfant hurlait. Vous lui avez donné un chewing-gum à la menthe. Mais le gôut du bonbon était si fort que le petit graçon a pleuré, vous attirant ainsi les reproches de sa mère. Cette mère, c'était Louise. Vous avez alors voulu arracher les yeux à cette femme qui vous rendait responsable de la crise de larmes de son rejeton. A quel point est-ce agaçant un gamin qui braille dans le métro, Milla ? Au point de tuer sa mère ?
Milla remonta son Dim'Up, parti en accordéon sur sa cheville gauche suite à l'attaque du Commandant Lefront. Le flic, après avoir apprécié en connaisseur le galbe du mollet de la jeune femme, reporta son attention sur la non moins jolie Oopsgal.
Oopsgal, toujours tirée à quatre épingle, était accrochée à l'anse de son sac Gérard Darel, cadeau de Noël de son ami. L'inquiétude semblait ne pas avoir prise sur elle ; sans doute se considérait-elle à l'abri des représailles de la Police française du fait de sa liaison avec un jeune avocat plein d'avenir.
- Oopsgal, quelle a été votre réaction quand votre ami a appris l'existence de votre blog suite à un message de Louise ? Votre ami n'a-t-il pas hurlé à la duperie ?
Oopsgal chercha une aide du regard, mais elle était bien seule à cet instant. Pas même un pompier pour voler à son secours.
- N'est-il pas vrai que vous avez songé à vous débarrasser de Louise puisqu'elle était le seul témoin gênant dans cette affaire ?
Oopsgal ne répondit pas, préférant se concentrer sur sa liste de courses : c'était le jour de sa visite hebdomadaire au Monoprix du Boulevard Saint-Michel.
Sarmentanne sut que c'était son tour de subir les foudres du policier de la Crim'.
- Sarmentanne, chacun sait ici que vous détestez les magasins de bricolage. C'est pourtant dans l'un d'eux que vous avez rencontré Louise un dimanche matin. Vous faisiez la queue juste derrière la victime afin d'acheter un nouveau marteau. En réclamant un échange, elle vous a obligée à rester quinze minutes de plus que prévu. Vous n'avez pas supporté et avez pensé à tuer cette cliente pénible en utilisant votre marteau flambant neuf. Est-ce exact Sarmentanne ?
- Ce qui est exact Commandant, c'est que si je tenais ce marteau en main, je vous en assénerais volontiers un coup sur la tête.
Le Commandant, que ce genre de menace ne semblait absolument pas impressionner, se contenta d'esquisser un sourire et de s'adresser au dernier suspect, Jean-Pierre.
- Jean-Pierre, il ne reste plus que vous. On sait que vous vous êtes rendu au Havre, ville de naissance de la victime. Vous êtes allé visiter le musée André Malraux afin, non pas d'y admirer quelques toiles des plus fameux peintres cauchois, mais pour essayer de faire connaissances avec quelques célibataires du coin. Cependant, vous semblez avoir été déçu : il n'y avait que des boudins. Vous ne saviez donc pas que le musée détenait l'un des plus importants fonds de toiles d'Eugène Boudin ? Lorsque vous avez dit à Louise que sa ville natale était le pays des boudins, cette dernière, complètement inculte, l'a pris pour elle et s'est promis de se venger. Crayant son courroux, vous auriez pu préférer attaquer en premier. L'idée vous a d'ailleurs traversé l'esprit.
Jean-Pierre ne put s'empêcher de faire un petit jeu de mots : "cette histoire est vraiment en train de virer en eau de boudin !" qui eut le mérite de détendre l'atmosphère.
Soudain, le téléphone retentit dans le bureau du Commandant Lefront. Le Lieutenant Stan répondit : "Brigade Criminelle de Paris, bureau du Commandant Lefront !"
"Bonjour Lieutenant, c'est le médecin légiste. Je vous appelle pour vous donner les résultats définitifs de l'autopsie de Louise S.".
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26.03.2008
Cluedo IV.
Quatrième partie : pas nette cette Louise.
Le groupe de recherche de la Crim' s'est intéressé à la vie de cette femme, "bien sous tout rapport". Ils ont étudié son emploi du temps, son environnement, ont interrogé ses voisins. Bref, toutes choses susceptibles d'en apprendre un peu plus sur la défunte. Il s'est avéré que cette Louise S. connaissait énormément de monde dans son quartier. Questionner tous les voisins, amis, relations et connaissances de la victime a pris un temps fou aux hommes du Commandant Lefront. Il leur a fallu recueillir les témoignages de TOUS les commerçants de la rue Mouffetard, les parents de l'école ou étaient scolarisés le fils aîné de la victime, le personnel de la halte garderie ou se rendait le fils cadet, les voisins
Si les voisins ont été pour la plupart choqués d'apprendre la mort de cette mère de famille, le lieutenant Stan a tout de même noté une haine profonde du couple de chiliens du premier étage de l'immeuble ou résidait Louise : une altercation concernant l'ouverture des fenêtres de la cage d'escalier serait à l'origine de la brouille. D'autre part, les locataires du troisième étage n'ont même pas pris la peine de cacher leur joie à l'annonce de la nouvelle : " Ah, la bonne femme du 4 qui râle quand on joue de la batterie à trois heures du matin ? Génial ! " se sont-ils écriés. Heureusement, les flics ont quand même appris que la jeune femme adorait recevoir de ses voisins du cinquième, du saucisson quand ceux-ci revenaient de leur maison de vacances en Ardèche. On ne ramène pas du saucisson à sa voisine si on ne l'estime pas un tant soit peu.
Le Lieutenant Stan a également interrogé les habitants de l'immeuble d'en face. Un couple de retraités n'a rien remarqué d'anormal : "on la voyait jouer avec ses deux enfants ; cela nous rappelait nos petits-enfants qui vivent en province ". Un jeune couple a révélé que la victime les avait à plusieurs reprises surpris nus derrière leur fenêtre et qu'à chaque fois elle avait beaucoup ri. Stan se demande si il n'y aurait pas là motif à tuer ? Enfin, la gardienne de l'immeuble a affirmé que la victime avait, il y a quelques années de cela, empêché la locataire du sixième de sauter dans le vide. La jeune femme voulait en finir avec la vie suite à une énième querelle avec son fiancé, un type pas très intéressant d'après la concierge. Cet homme pourrait-il avoir voulu se venger de cette Louise qui s'était mêlée de ses affaires ?
En interrogeant les amis de la victime, tous profondément émus, les policiers ont découvert que ceux-ci n'avaient absolument aucune idée de la double vie "bloguesque " que menait Louise S. Ils ont tous été surpris d'apprendre que la défunte écrivait un blog depuis maintenant plus de six mois. " Et moi qui lui aurais donné le Bon Dieu sans confession !" a-t-on pu entendre. "Elle cachait bien son jeu Louise !" "Cela fait des mois et des mois qu'elle nous ment."
A la sortie de l'école, les commentaires vont bon train : "Du jour ou elle a coupé sa frange , elle n'était plus la même." "Qui faut-il croire ? La blogeuse ou la mère de famille ?" Même la directrice de l'école y est allée de son petit laïus : "une femme qui n'arrive pas à l'heure à une réunion parents-instituteurs a des choses à cacher !" "Il paraîtrait même qu'elle tiendrait un blog ..." "Et puis, ses chaussures à talon : m'étonnerait pas qu'elle fasse le tapin ! Peut-être même qu'elle utilisait son blog pour offrir ses services ? Allez savoir avec ce genre de femme ..."
Après avoir vérifié toutes ces déclarations, les hommes de la Crim' ont dû se résoudre à fermer ces portes. Une nouvelle fois, la piste du blog semble la plus sérieuse.
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