04.03.2008

Appelez-moi Louise Wintour.

Avant-propos.

Vous l'avez sans doute remarqué, je suis beaucoup moins assidue sur la blogosphère ces derniers jours : commentaires sans réponse, lectures des blogs amis en suspend, etc. Deux raisons à cela : la première est que je suis en vacances en Bretagne depuis samedi et pour une semaine. La seconde est que je vous ai en quelque sorte fait une petite infidélité car j'ai écrit "chez quelqu'un d'autre". En effet, la semaine dernière, j'ai été contactée par le magazine Ladies Room. Ils m'ont demandé de "couvrir" le défilé de la créatrice japonaise Junko Shimada pendant la semaine de la mode à Paris. Vous pensez bien qu'une occasion pareille ne se refuse pas. J'ai fait des bonds dans toute la maison tellement j'étais contente qu'on ait pensé à moi pour ce genre de "boulot" pas désagréable du tout, je dois le reconnaître. Anne H, la sympathique rédactrice en chef, ayant permis la diffusion de l'article sur mon blog, vous pouvez le lire maintenant :

 

 

Appelez-moi Louise Wintour.

 

Parfois, il arrive que, même pour des personnes comme moi, Louise Wintour, la journée ne se passe pas tout à fait comme on l'avait prévue. Et pourtant, tout aurait dû être pour le mieux dans le meilleur des mondes, mon emploi du temps ayant été soigneusement minuté. Mais c'était sans compter quelques petits imprévus de dernière minute.

Tout a commencé par une erreur du coursier. Celui-ci, chargé par les maisons Dior, Chanel, Valentino et Armani, de livrer les tenues que j'avais choisies de porter pour assister aux défilés de mode de la journée, s'est tout simplement trompé d'adresse. J'ai donc dû envoyer mon assistante personnelle m'acheter quelques vêtements dans la boutique la plus proche de l'hôtel, me condamnant ainsi à porter un total look griffé Monoprix, 100% pur polyester.

Mais mon humiliation ne s'est pas arrêtée là puisque mon assistante a eu l'idée lumineuse de se faire renverser par un bus alors qu'elle revenait à l'hôtel avec mes paquets. Malgré ses trois petites fractures ouvertes de rien du tout, j'estimai qu'elle était tout à fait apte à remplir sa tâche, mais les pompiers en décidèrent autrement. Au moins, mon assistante eut-elle la présence d'esprit de ne pas saigner sur les sacs de vêtements.

A cela, il faut encore ajouter la panne survenue à la limousine qui m'avait été allouée par Ladies Room afin de faciliter mes déplacements dans la capitale. Le chauffeur m'appela sur mon portable pour m'avertir de ce regrettable incident et m'annoncer qu'aucune autre berline de luxe n'était encore disponible en cette période de Fashion Week. Il fallut donc que, moi, Louise Wintour, je descende dans la rue héler un taxi. De plus, aucun taxi n'ayant daigné s'arrêter, je dûs me résoudre à prendre le métro. Pour assister aux shows de mode, j'ai été obligée de plonger, seule, sans assistante et vêtue de Miss Helen, dans les entrailles sales et puantes de Paris. Quelle déchéance pour moi qui porte le nom de Wintour ! Tous ces êtres vils, laids et vêtus de guenilles, qui empruntent chaque jour le métro, je les ai enfin (pour ne pas dire hélas) croisés. Quelle différence avec mes relations habituelles si raffinées du Ritz ou du Plazza Athénée ! Mon Dieu, j'en ai encore des frissons à leur simple évocation.

Finalement, j'ai réussi, non sans mal, à arriver devant l'entrée de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, sur les quais de Seine, ou avait lieu le défilé Automne - Hiver 2008 - 2009 de Junko Shimada. Je me suis présentée au physio mais il ne m'a pas reconnue. Vous rendez-vous compte de l'affront ? Certes les vêtements que je portais étaient sans commune mesure avec ceux que je revêts habituellement, mais il aurait dû reconnaître mon charisme, ma classe, ma prestance, mon aura. Je n'ai cependant pas voulu faire d'esclandre et ai préféré garder mon venin pour plus tard : je serai sans pitié quant à la collection.

Une fois entrée dans la salle, j'ai bien sûr refusé de m'assoir près des rédactrices des Vogue, Vanity Fair et autre Harper's Bazar. Louise Wintour de Ladies Room, c'est quand même autre chose ! Je ne me mélange pas à ces gens là. J'ai préféré rester debout. J'ai ma fierté moi, Madame ! Par chance, j'ai réussi à ma glisser juste à côté des photographes, à l'endroit ou les mannequins posent, face à une sorte d'immense boite en papier craft qui semble renfermer des tas de mouches et moustiques à en croire la bande son : des milliers d'insectes bourdonnaient à mes oreilles.

Les mannequins déchirent plusieurs feuilles de papier craft pour se libérer de cette boite, tels des chrysalides se métamorphosant en papillons. Le coiffeur s'est visiblement inspiré de la coiffure d'Amy Whinehouse pour reproduire sur la tête des jeunes filles des cocons. L'extrême maigreur des mannequins, associée à de somptueux pulls boule noirs en mousseline et mohair accentue l'aspect insecte, qui inspire largement les créateurs japonais puisque la grande Anaé Mori avait déjà fait du papillon son symbole, mais il est vrai que la culture japonaise fait la part grande aux petites bêtes.  Les mannequins défilent vite. Ca et là, des imprimés psychédéliques rose pâle et vert menthe à l'eau, des jupes crayon en mousseline noire laissant deviner des portes-jaretelles à noeuds roses, des cols semblant venir tout droit du dressing de la belle-mère de Blanche-Neige, des tailleurs aux basques aussi acérées que les mandibules d'une mygale, un petit haut brillamment travaillé rose shocking.

Une mode colorée et sexy pour une femme qui se revendique fatale, une femme prête à dévorer les hommes, telles la mante religieuse. Imaginez les pattes du mâle qui se cassent quand la femelle le dévore. Vous ressentirez la même impression que le public lorsque l'un des très jeunes mannequins, transformé le temps du défilé en coléoptère ou autre diptère et juché sur des escarpins vertigineux, est tombé : la vision de ses chevilles et de ses jambes, fines comme des pattes de mouches, se tordant et semblant se briser comme du verre, a arraché des cris de douleur à la foule. La femme de Junko Shimada s'est bel et bien muée en insecte sous nos yeux ébahis : la fiction a rejoint la réalité. On n'en demandait pas tant !

Ce show fût une parenthèse enchantée. Hélas, les tracas recommencèrent sitôt le défilé terminé. Alors que je me précipitais pour passer backstage et embrasser Junko (les créateurs se sentent toujours extrèmement flattés d'être salués par la grande Louise Wintour), je n'ai guère réussi qu'à trouver, non pas l'entrée des coulisses, mais la porte des toilettes. Cette fois, j'étais vraiment au fond du trou !

 

C'était Louise Wintour, en direct de la fashion Week, pour Ladies Room International Corporated United from Paris.  

09.01.2008

Soldes by Paris.

Avant que vous ne commenciez à lire cette note, je tiens à préciser que le titre n'est pas de moi. Rendons à Gwen ce qui appartient à Gwen ! Car il faut vous dire que Gwen a passé une commande : "au fait Louise, si t'as un moment, tu pourrais pas écrire une petite note pour le jour des soldes ?"  Bah voyons, je n'ai que ça à faire ! Exceptionnellement, je m'exécute ! Mais attention, je ne ferais pas ça pour tout le monde. Faudrait voir à ne pas abuser quand même !!!                .... Sauf si bien sûr vous me faites parvenir un chèque en même temps que votre commande !

Dis donc Gwen, la Birette ne fait jamais les soldes à Chevaize ?

 

Soldes by Paris. I am a warrior !

Mercredi 9 janvier 2008 : Soldes d'hiver.

Et voilà, c'est encore parti pour quelques jours de folie. Des milliers de jours de RTT ont été posés en France aujourd'hui.Toutes les fashionistas ont remisé pour l'occasion leur tenue habituelle au dressing et ont adopté leur tenue de combat : chaussures plates pour foncer dans la foule et enchaîner toute la journée les boutiques les unes après les autres, sac en bandouillère pour avoir les mains libres, jupe pour pouvoir essayer les vêtements sans passer par la cabine d'essayage et petit en-cas afin de prendre des forces en cas d'hypoglycémie. A vos marques, prêts, partez !!!

Des dingues font le pied de grue pendant des heures devant les grilles des supermarchés afin d'être les premiers à sauter à pieds joints sur telle télévision écran plat ou tel lave-linge, sous réserve bien sûr de ne pas mourir piétiné par la foule en délire au moment de l'ouverture des portes du supermarché par des vigiles qui sont parfois amenés à séparer deux clients qui en viennent aux mains après avoir mis chacun leur pied sur l'objet convoité.

Je n'aime pas le premier jour des sodes : trop de monde, trop d'agressivité, trop de bousculade.

Et pourtant, je suis comme tout le monde, je participe à l'hystérie collective afin d'acheter LE vêtement dont je rêve depuis deux mois mais qui est au dessus de mes moyens en temps normal. Alors moi aussi je chausse mes mocassins, m'arme de ma carte bleue et fonce juqu'au métro le plus proche afin de me rendre à LA boutique élue par mes soins pour être sûre de trouver la pièce vestimentaire dont ma vie dépend : sans elle, la vie m'est devenue insupportable !!! Neuf heures moins dix, je tape du pied sur le trottoir en attendant que la vendeuse ouvre les portes de sa boutique.

9 heures : Attention, attention, vous venez d'entrer en territoire ennemi ! Vous ne pouvez compter que sur vous même, tout individu autre que vous est un danger potentiel - L'Afghanistan, à côté, c'est Disney Land - car l'ennemi veut la même chose que vous et est prêt à tout pour l'avoir, même à vous tuer !!! Ses armes sont redoutables : griffes acérées sous leur aspect manucuré, sac destructeur - un coup de sac dans la figure peut anéantir tout bon soldat entraîné - bas étrangleur, portable pouvant exploser à tout moment, rouge à lèvres laser ... Danger, danger, danger ! Les guerres napoléoniennes sont bel et bien terminées : finies les batailles en rang serré, les guerres "à la loyale". En temps de soldes au XXI ème siècle, tous les coups sont permis, même les plus vils : l'ennemi est sans foi ni loi, la perfidie est reine sur les champs de bataille : croche-pied pour empêcher l'ennemi d'atteindre son objectif, crêpage de chignon, objet convoité caché par l'ennemi dans les recoins sombre du magasin, duel verbal : "cette jupe est à moi !" "Ah non, à moi d'abord !" "Pétasse !" "Pétasse toi-même !" Le vocabulaire en temps de soldes peut être considéré comme une arme à part entière. En effet, ne sousestimez jamais votre adversaire : s'il vous dit "cette robe ne vous va pas très bien" c'est juste qu'il tente ainsi de vous déposséder de votre prise de guerre ; quand je vous dis que la perfidie de l'ennemi n'a pas de limite !

Finalement, vous avez atteint votre cible et avez réussi à l'arracher aux mains de l'ennemi après une lutte acharnée dont vous sortez exsangue. Soit vous rentrez chez vous dans l'attente d'une seconde offensive lors de la deuxième démarque, soit vous étes un marines et vous attaquez à nouveau. " Le marines improvise , le marines s'adapte, le marines domine." "Wouaaaahhhhh !!!"

 

P.S. : les mamans pourraient-elles me donner leur truc pour acheter des vêtements que leurs enfants mettront l'année suivante ? Je ne sais pas comment je me débrouille mais mon fils se retrouve avec une doudoune qu'il ne pourra porter qu'au mois d'aout ou bien un short qui sera pile à sa taille mais au mois de février ! Soit mes enfants grandissent trop vite, soit ils ne grandissent pas assez vite, soit je n'ai pas le compas dans l'oeil.

06.12.2007

Classique un brin déjantée.

Classique un brin déjantée, peut-être est-ce la définition qui me correspond le mieux en fin de compte.

Classique dans ma façon d'écrire. Classique dans la forme, puisque j'essaie d'organiser mes textes ainsi qu'on me l'a appris : une introduction qui pose la problématique, un développement structuré et une conclusion qui, dans la mesure du possible, ouvre de nouvelles perspectives. On n'a rien inventé depuis. Mais légèrement déjantée dans le choix de mes sujets, n'hésitant pas à me mettre à la place d'un banc ou d'un enfant en bas âge.

Le choix de mes tenues reflète cette ambivalence. Depuis mes quinze ans, je porte à peu de choses près les mêmes vêtements : manteau droit s'arrêtant au dessus du genou, pantalon cigarette en hiver, large et fluide comme volant au vent en été, pull près du corps col roulé en hiver, encolure bateau en été, escarpins à talons en toute saison, bottes cavalières en hiver, sandales à talons ou mocassins style Tod's en été. Je sais que cela correspond parfaitement à ma silhouette (l'avantage de vieillir est qu'on sait ce qui nous convient, ce doit être cela la maturité), pourquoi changer ? Au niveau des couleurs, le même classicisme est de rigueur : j'aime le noir, le bleu marine, les beiges, les gris, les marron, le blanc cassé en hiver, le blanc pur en été. De temps à autre une tâche de rouge par le biais de chaussures ou d'un sac. Pas d'imprimé ni d'écossais. Les seuls motifs que je tolère sont les rayures, j'ai un faible pour les pulls marinière, mais davantage Sonia Rykiel que Leminor. Et pourtant, derrrière ce style classique sportswear plutôt sophistiqué,  se cache parfois un grain de folie.

Il y a une dizaine d'années, je flânais dans le déjà fabuleux rayon chaussures des Galeries Lafayette. Au détour d'une allée, j'aperçus une paire de boots  à talons Free Lance. Qui dit Free Lance dit chaussures souvent délirantes, couleurs flashy, talons avant-garde et je dois reconnaître qu'habituellement ce n'est pas trop ma tasse de thé. Sauf que là, ça a été le coup de foudre immédiat entre ces magnifiques bottines et moi. Qu'avaient-elles donc de plus que les centaines d'autres paires de chaussures voisines ? Elles étaient en python beige et, à l'époque, du python biege il n'y en avait pas beaucoup et très peu de clientes osaient les porter. Je les ai regardées admiratives. Je les ai retournées pour en connaître le prix : 2100 francs, ça m'a brulé les doigts, j'ai dû les reposer. C'était extrèmement cher à l'époque, parmi les paires les plus couteuses du magasin. Allons Louise, ne rêve pas, elles ne sont pas faites pour toi. C'est avec un pincement au coeur que je suis rentrée à la maison.

Je n'ai plus alors pensé qu'à ces bottines, pendant une semaine. N'y tenant plus, je suis finalement retournée les chercher. Jamais je n'avais acheté de chausssures aussi chères de toute ma vie. La nuit suivant l'achat, j'ai très mal dormi, c'était bien au delà de mon budget, j'avais quelques remords. Même Alex a du me réconforter. Il m'a remonté le moral en me disant que j'avais bien fait et qu'elles étaient superbes.

Pas du tout le style santiag en python à la Dick Rivers ! Une ligne superbe, un coup de pied splendide, une hauteur parfaite, un bout pointu juste comme il faut, un cuir somptueux, rock'n roll mais classe, sexy mais pas pouffe. Elles et moi, après nous être apprivoisées mutuellement, ne nous sommes plus quittées. De telles chaussures exigeaient une tenue sobre, stricte et impeccable. Dans la rue, les passants les regardaient d'abord surpris puis dodelinaient de la tête comme pour dire : "excentriques mais superbes". Les jeunes femmes que je croisais tiraient sur la manche de leur petit ami puis désignaient mes bottes d'un regard envieux, envieux de mes bottines mais aussi de mon audace. En effet, la plupart de mes amies reconnaissaient : " c'est vrai qu'elles sont belles, mais moi je n'oserais pas. En tout cas, elles te vont bien." Elles m'allaient tellement bien que je trottais partout avec. La hauteur du talon n'était pas un obstacle à mes promenades parisiennes. Mais ça c'est le propre des chaussures de luxe. Essayez de marcher avec des chaussures à talons bon marché, vous n'irez pas loin. Vous aurez très rapidement mal aux mollets, au dos et bien sûr aux pieds. Vous n'aurez qu'une envie, les quitter au plus vite pour enfiler des Charentaises. Au contraire, chaussez des escarpins de très bonne qualités, vous volerez. C'est ce qui s'est passé avec mes boots. J'en ai parcouru des kilomètres avec eux, jusqu'à les user, jusqu'à les tuer.

Un jour, au bout de six longues années de bons et loyaux services, le talon gauche m'a lachée. J'ai tenté de faire mettre un nouveau talon par le cordonnier, mais le résultat fut catastrophique. Alors j'ai téléphoné à toutes les boutiques Free Lance de France et de Navarre pour savoir s'il ne leur en restait pas une paire au fond d'une réserve. Peine perdue. J'ai même appelé l'usine de Fougères. Résultat nul. C'en était bien fini. Depuis, je pense à elles régulièrement et tous les automnes je retourne voir chez Free Lance rue du Four si par le plus grand des hasards ils n'auraient pas eu l'idée de réediter ce modèle. En vain. Mais je ne désespère pas : peut-être en 2008 ? Pas un peu timbrée Louise ? Oh, juste un poil déjantée.

04.12.2007

Enjoy the show Darling ! 4.

 Chapître IV : The show must go on !

La musique commence. Le son augmente, augmente. La lumière s'éteint, il fait nuit noire. Le podium, immensément long, est fait d'une sorte de miroir noir faiblement éclairé. Les modèles commencent à évoluer mais on ne fait que les apercevoir, le regard doit auparavant s'habituer à l'obscurité. Je me demande bien ce que les rédactrices de mode peuvent bien voir à travers les verres fumés de leurs lunettes griffées.

A part une doudoune pailletée noire sublime et une robe fourreau qui m'irait bien, il n'y a rien d'extraordinaire. Je n'ai sans doute pas l'oeil, me direz-vous. Mais j'ai beau essayé de déceler des merveilles de couture, franchement ça ne casse pas trois pattes à un canard. Ou est passé le style Ungaro avec ses drapés majestueux, ses envolées de mousseline, ses couleurs chatoyantes, ses femmes sensuelles et aériennes. Je ne vois que du Montana des années quatre vingt, du déjà vu, du déjà fait, du plus à faire. Une collection ennuyeuse.

Aussi ennuyeuse que les mannequins qui la portent. Des filles immenses et d'une maigreur extrême. Les Coco Rocha et autres Natasha Poly qu'on voit à tous les défilés et dans tous les plus grands magazines, marchent d'un pas saccadé. En prêtant bien attention, on peut apercevoir les vibrations qui se répercutent dans leur dos à chaque pas sur cet interminable podium. Ces visages émaciés au regard vide sont censés représenter une femme belle et épanouie, une femme glamour à souhait. Je n'y vois hélas qu'ennuie et privations alimentaires. Seul un mannequin se détache du lot. Il s'agit de Daria Werbowy, vous savez la jeune fille au regard de chat qui fait la publicité pour le parfum Hypnôse de Lancôme. Elle est un peu plus en chair que ses consoeurs, est vraiment belle, a un air serein et marche ou plutôt vole avec grâce. Le beauté et l'élégance à l'état pur. Un ange passe.

Les filles défilent à un rythme soutenu, le show ne dure pas plus  de vingt minutes. Tout ça pour ça : une heure quarante cinq minutes d'attente pour vingt minutes de défilé. Des modèles qui passent sous nos yeux à la vitesse de l'éclair. Même pas une robe de mariée pour faire rêver. Peter Hyde Dundas vient saluer la foule qui l'acclame. "Absolutely fabulous ! Extraordinaire ! Génial !" sont les qualificatifs que j'entends en me dirigeant vers la sortie. Je me dis que nous n'avons pas dû assister au même défilé. Je n'ai rien vu de "marvelous" moi. Je me suis presque ennuyée. J'ai appris depuis que le contrat de Peter Hyde Dundas n'a pas été renouvelé ; à la vue de ce défilé, je comprends pourquoi.

Alors je remets mon manteau, noue mon écharpe pour ne pas attraper froid et quitte la place de Varsovie à pied quand les autres invités se dirigent précipitamment vers leur limousine de luxe afin de ne pas rater leur quatrième ou cinquième défilé de la journée. Je leur laisse, j'ai d'autres choses bien plus enrichissantes et passionnantes à faire.

Je préfère marcher sur le pont d'Iéna en direction de la Tour Eiffel afin de digérer tout ce que j'ai vu aujourd'hui et pour réapprendre à vivre dans le monde normal : un sas de décompression cette petite balade solitaire. Je croise des touristes américains en tennis, des japonais en goguette et des parents ravis de photographier leurs enfants au pied de la Vieille Dame. Jamais je n'ai été plus heureuse de me mélanger à ces touristes. Je leur souris bêtement. Ils me font du bien. Leurs vêtements ne sont pas griffés, ils ne portent pas de lunettes noires, n'ont jamais vu et ne verront jamais un défilé de mode de leur vie mais c'est peut-être aussi bien comme ça. 

03.12.2007

Enjoy the show , darling ! 3.

                                 Chapître III : La fashion ménagerie.

A l'hôtesse, je tends mon carton sur lequel est inscrite cette formule mystérieuse pour un non initié : I I 18. A la réception de l'invitation à la maison, j'avais tenté de déchiffrer ce numéro avec Alex. Et nous en avions déduit que c'était le numéro d'une super place, voire la meilleure : groupe I, rang I, place 18. Or, la place que me désigne l'hôtesse ne correspond pas du tout à cela. Elle a du se tromper. Elle ne sait même pas que Peter Hyde Dundas, le styliste de la maison Ungaro, a choisi ma place lui-même et qu'il attend avec impatience mon verdict à propos de sa nouvelle collection. Il boit mes paroles et cette gourdasse ne le devine pas ! Mais comme je ne veux pas la vexer, je la suis docilement jusqu'au siège qu'elle me présente et qui effectivement porte le même numéro que mon carton d'invitation. Gloups, elle ne s'est pas trompée. C'est alors que je comprends. 18, c'est bien le numéro de la place, pas besoin d'avoir fait polytechnique. En revanche, I I ne sont pas des 1 majuscules mais des i majuscules et ça change tout !  Je suis donc placée au bloc I, celui des riens du tout, au rang I, c'est à dire le dernier rang, tout en haut et non le premier tout en bas. Vous vous moquez de moi maintenant mais sachez qu'il y a encore plus humiliant, il y a ceux qui n'ont pas de place assise : ils restent debout juste derrière moi et ceux-là, j'ai le droit de les toiser. Me voilà installée entre une rien du tout asiatique et un rien du tout en costume cravate qui a le toupet de pousser sans arrêt afin de grapiller un peu de place.

En attendant que le show (on ne dit pas défilé quand on en est et comme maintenant j'en suis ...) débute, je continue à observer ce petit monde, ou plutôt ce zoo.

D'un côté, il y a les espèces protégées. Dans cette catégorie, on trouve les riches clientes, les rédactrices de mode les plus influentes et les gros acheteurs. Les sous groupes ne se mélangent pas. Les riches clientes viennent se saluer ; elles se penchent et simulent une embrassade comme les actrices des séries américaines : leurs joues ne se touchent pas de peur d'abîmer leur maquillage. "Comment vas-tu Darling ?" L'une d'elle, apercevant les énormes boucles en diamant provenant d'un grand joaillier de la Place Vendôme aux oreilles de sa copine s'écrie : "C'est nouveau ces petites babioles ma chérie ? Ravissant, vraiment. Enjoy the show Darling !" Les grosses russes, récemment enrichie de manière pas très légale, croulant sous le poids de leur fourrure, papotent bruyamment en attendant d'aller réserver leur future garde-robe sitôt le défilé terminé. Les photographes mitraillent telle reine déchue, telle épouse de président, puis reportent leur attention sur la star des rédactrices de mode, Anna Wintour en personne.

Je tiens à faire une petite parenthèse à ce sujet, au grand dam des fans du "Diable s'habille en Prada". Rassurez-vous, moi aussi j'ai adoré le livre. Si les méthodes de travail telles que décrites dans le best seller sont critiquables, je n'ai en revanche aucune critique à émettre au vu de son comportement lors du défilé.

  1. elle a le bon goût d'arriver à l'heure. Comme moi !
  2. elle est très élégante, ce qui est loin d'être le cas de la plupart des personnes présentes sous cette tente.
  3. elle n'en fait pas des tonnes, ne minaude pas, ne se pavane pas. Une extra terrestre si l' on considère les attitudes délirantes des invités.
  4. elle n'a pas l'air toxicomane comme ses voisines.
  5. tout cela fait que j'aurais plutôt envie de la défendre ...tant que je ne travaille pas pour elle !

La seule chose qu'elle fasse hélas comme toutes les femmes présentes à ce show, est de porter des lunettes noires. Vous porteriez des lunettes de soleil dans une salle noire vous ? Enfin ça, c'était avant parce qu'il paraît qu'elle ne vient plus assister aux défilés dorénavant, elle préférerait aller voir les vêtements dans les ateliers avant qu'ils soient présentés. Pas mal, je ferai ça aussi la prochaine fois moi !

Maintenant que cette parenthèse est close, reprenons notre visite de la Grande Fashion Ménagerie .

Passons aux carnivores, c'est à dire les chanteurs de rap. Ils viennent en troupeaux et font très, très peur car ils ont l'air très, très méchant. On les voit de loin avec leurs immondes colliers et casquettes, jeans larges et sweat-shirts à capuche. Mais comme tout est siglé, ils sont persuadés d'incarner la classe à l'état pur. Monsieur Ungaro, qui n'est pourtant pas mort se retourne d'avance dans sa tombe. Ces gros voyoux reconvertis en business men s'assoient au premier rang de la même façon qu'ils vont assister à un match de boxe à Levallois. Remarquez, si il y a un braquage pendant le show, on saura tout de suite d'ou ça vient. C'est crôle comme couture parisienne et argent sale font de plus en plus bon ménage. Enjoy the show darling !

Après les carnivores, on peut isoler un nouveau groupe : celui du bétail, composé des assistantes de mode. Elles vivent en petits groupes disséminés dans toute la salle. A la tête de chaque groupe, une représentante issue des espèces protégées. Prenons l'exemple du magasine Vogue. Vous trouvez ainsi Carine Roitfeld (espèce protégée,  caressée dans le sens du poil par la maison de couture) rédactrice en chef du Vogue français qui traîne à sa suite un petit groupe d'assistantes diverses et variées (le bétail). Ce sont les rédactrices de modes et les stylistes subalternes. Ces groupes sont très structurés et hierarchisés. Plus on se rapproche du Bon Dieu chef de meute (la rédactrice en chef) mieux on est placé, plus on s'en éloigne, plus on porte de cafés. Enjoy the show Darling !

La catégorie qui sait le mieux se placer est celle des parasites : présents à tous les défilés de la Fashion Week, ils n'ont pourtant aucun talent si ce n'est celui de manger à tous les rateliers. Ils tournent autour des riches clientes et des starlettes tels des abeilles autour de la reine, font la roue tels des paons, s'abattent tels des vautours sur les cadeaux offerts lors des shows puis vont se régaler au show suivant. Enjoy the show Darling !

Enfin, la dernière catégorie, dont je fais partie, est celle des moustiques : ceux-là, on ne sait pas pourquoi ils sont là, ils n'ont aucun poids sur les ventes des vêtements présentés, ils n'ont aucune influence dans le monde des médias ou de la mode, on se demande comment ils ont fait pour venir (non, on sait : ils ont une invitation par un ami d'un ami qui a un ami ... ou bien ce sont des fournisseurs de la grande maison qu'on a invités pour leur faire plasir). On ne les remarque pas, ils sont habillés normalement. Bref, on s'en fout d'eux. Ils sont donc logiquement placés dans les derniers rangs. Cependant, il semble qu'ils soient les plus heureux d'être là, qu'ils s'amusent. On discerne dans leur regard un peu de fraîcheur, un peu d'émerveillement, ce qui manque tant aux autres espèces de la Grande Fashion Ménagerie. Enjoy the show Darling !

 

Que se dit-on pendant l'heure d'attente qui précède le défilé ? Enjoy the show Darling ! LA PHRASE de la Fashion Week. Vous voulez faire croire que vous en êtes ? Alors, répétez après moi : Enjoy the show Darling ! Allez, encore.

 

Suite et fin, demain !

30.11.2007

Enjoy the show, darling ! 2.

                               Chapître II : Bain de foule.

J'attends et je ne regrette pas d'attendre, car le spectacle commence avant même l'ouverture des portes. Les invités arrivent en taxis de luxe, en limousines et autres voitures hors de prix. Ils s'agglutinent le long des barrières, tels les pingouins sur la banquise pour se réchauffer, sous les regards curieux des badauds venus admirer la Tour Eiffel.

Comment se démarque-t-on de ces ploucs de touristes ? En mettant bien en évidence le fameux sésame. Fort heureusement cette année, le carton d'invitation est rose shocking, ce qui permet d'être vu de loin. "Admirez-moi avec mon invitation. Et oui, j'en suis. Et non, pas vous ! Oui, vous avez le droit de me prendre en photo car vous n'avez jamais vu une femme plus belle que moooaaa, une femme plus lookée que mooooaaaaa !" semblent dire ces hordes d'invités au reste du monde. Et le commun des mortels de s'emparer de leurs portables pour effectivement mitrailler cette fashion faune. Au retour de leurs vacances parisiennes, les photos circuleront dans la famille, interdite devant tant de délire vestimentaire. Les moqueries iront bon train.

Je vais tenter un petit classement pour vous. 

Les plus délirantes en matière de mode sont incontestablement les journalistes et acheteuses japonaises. Elles n'ont peur de rien. Du fluo, de l'ultra court à se demander si elles n'ont pas oublier de mettre une jupe, du grand n'importe quoi. Les looks Manga des adolescents qu'on voit dans les reportages sur le Japon ne sont rien à côté. On se croirait à une fête d'Halloween : costume, maquillage, coiffure, tout y est et tout ciglé : du Dior et du Chanel en veux-tu en voilà. Attention à l'indigestion, ça fait vomir parfois !

Ensuite, viennent les clientes, riches forcément. Mais qui dit riche ne dit pas obligatoirement bon goût, élégance et classe, hélas. Imaginez une femme d'une soixantaine d'année, faisant une taille 46 minimum et moulée à en faire pêter les coutures dans un ensemble en soie vert émeraude entièrement rebrodé de pierreries et de perles. Tout en légèreté ! Imaginez une autre du même âge mais affichant avec fierté une taille 34. Elle porte alors une mini jupe en vinyle rouge, un décolleté refait jusqu'au nombril, une chevelure à la Barbie, des ongles à la Cruella et des cuissardes en cuir vernis noir (mais de chez Jimmy Choo, il va sans dire). Ne vous avisez pas de lui dire qu'elle s'est trompée de quartier, que Pigalle c'est dans le XVIIIème arrondissement et non dans le XVIème car, de sa bouche silliconée, elle demanderait à ses deux gardes du corps de vous jeter dans la Seine toute proche.

Je n'oublierai évidemment pas de parler des rédactrices de mode. Entre deux rails de coke, (mais puisqu'on vous dit que les cernes sont dues au stress de la fashion week !) elles s'habillent en noir, en noir et en noir. Elles ont une sale gueule blasée (je n'aime pas être grossière mais aucune autre expression ne me vient à l'esprit pour décrire leur visage). Certaines, visiblement plus fatiguées que d'autres, préfèrent dissimuler leur regard derrière des lunettes noires. Il faut toujours avoir une paire de lunettes sur soi à Paris au mois de février, c'est la base, c'est essentiel, c'est fashion !

Les starlettes aussi ont leurs lunettes noires. Elles ont emprunté pour l'occasion toute la panoplie à la Maison Ungaro, ainsi tout le monde fait sa petite publicité.

Enfin, quelques électrons libres n'appartenant à aucun des groupes précités, ne manquent pas d'attirer l'attention à leur tour : un ancien mannequin venu soutenir le styliste Peter Hyde Dundas, une grande blonde massive à la Penny Lancaster que les vigiles reluquent depuis une heure, des rappeurs enrichis, des call girls venues faire leur petit marché, un homme à cheveux blancs et queue de cheval et vêtu d'une longue robe noire, quelques hommes ... à moins que ce ne soient des femmes, impossible à déterminer.

Et voilà tout ce petit monde qui se presse et se bouscule pour entrer.

Les VVIP, les very very important people sont dégagés de la foule et ont le droit de rejoindre leur place avant les autres. Cependant, ils n'entrent pas immédiatement, ce serait trop simple. Ils s'arrêtent quelques instants devant l'entrée, face à la foule et à quelques photographes et discutent avec l'attaché de presse tout sourire. Un petit tour à droite, un autre à gauche, un petit sourire surtout pas naturel en direction d'un photographe, à nouveau un petit tour et  seulement après, on passe la porte. Au suivant.

Finalement, après avoir attendu quarante cinq minutes dehors (bon sang qu'il fait froid sur cette place de Varsovie, j'ai les pieds gelés), j'entre dans l'antre du Dieu Mode.

 

La suite, demain !

29.11.2007

Enjoy the show Darling ! 1.

Paris. Fashion week. Février 2007. 14h00. place de Varsovie, Paris XVIème arrondissement. Défilé prêt-à-porter Automne Hiver 2007-2008 Emanuel Ungaro. I I 18.

Et là, toutes les filles sont raides dingues jalouses. Je n'ai plus une seule copine dans la blogosphère. Soit vous voulez me tuer, soit vous vous dites : "elle ment." Et bien, vous avez le droit de me tuer, virtuellement j'entends, car, non, je ne ments pas et oui, j'ai assisté au défilé Ungaro de la Fashion Week de février dernier !

 

             Chapître 1 : Fashion Week, me voilà !

Un ami d'Alex (Alex de la niiiiggghhhttt !) qui travaille dans la mmmooooodddddeeeeee (!), avait réussi à m'obtenir une invitation pour assister à ce défilé. J'ai donc tenté l'expérience, à ma plus grande joie.

La première préoccupation, quand on assiste à un défilé, est de choisir ce qu'on va porter. Vous me direz : "Louise, ce n'est pas toi que les gens viennent voir défiler sur le podium !" D'abord, je tiens à dire que c'est fort désobligeant de votre part. Je ne ressemble certes pas à un top modèle, mais ce n'est pas une raison pour insister sur ce point précis.  Et puis moi, j'ai une belle âme d'abord et la beauté intérieure c'est bien aussi. Je ne veux entendre aucun commentaire, merci. Revenons à notre sujet. Ce n'est pas parce qu'on ne défile pas qu'il ne faut pas être en représentation. J'ai donc fait le tour de mon dressing ma penderie, ce qui ne m'a pas pris plus de trois minutes vingt sept secondes. N'ayant pas de vêtements griffés exceptés deux carrés Hermès rescapés de ma période maxi prout prout de la fin des années quatre vingt, les choses se compliquent. Hors de question que je mette ma plus belle robe, je ne vais ni à un mariage, ni à un déjeuner du dimanche chez Tante Yvonne. Finalement, j'opte pour ce que je porte le plus souvent en hiver, c'est à dire un slim en jean brut, des bottes cavalières, un joli col roulé avec une large ceinture qui tombe (l'hiver dernier le ceinturon se portait encore tombant !) et mon caban long noir. Bref, une tenue dans laquelle je me sens bien et adaptée au froid qui s'est abattu sur Paris ce jour-là.

Malgré mon uniforme hivernal, je suis frigorifiée à attendre le bus qui tarde. L'heure tourne et je suis toujours bloquée à Montparnasse. N'en pouvant plus d'attendre en vain dans le froid, je hèle un taxi qui m'enmène sur le lieu du défilé. Je donne l'adresse au chauffeur de taxi qui ne la connait pas ; ça commence bien. Je lui explique que c'est cette place qui se trouve juste en dessous du Trocadéro et lui me répond qu'il ne savait pas qu'elle avait un nom précis puis se met à discuter. 

- Vous êtes touriste ? Vous allez voir la Tour Eiffel ?

Et là, je ne sais pourquoi, j'ai eu l'envie irrépressible de faire ma pétasse :

- Pas du tout, je vais assister à un défilé de couture.

- Oh, vous travaillez dans la mode ?

- OOOUUUUUIIIII !

-  Vous avez un super boulot ?

- Un job formidable, mais c'est très fatigant d'enchaîner les défilés les uns après les autres pendant la Fashion week.

- Bon courage Mademoiselle, et bonne journée.

Âprès ce tour en taxi fort réjouissant (on s'amuse comme on peut), me voilà enfin place de Varsovie, face à la Tour Eiffel. Habituellement, il y a un très grand bassin rectangulaire à cet endroit mais il a disparu aujourd'hui. Une énorme tente a été dressée par dessus le bassin : impressionnant. Tout autour, des barrières et le service d'ordre. A un quart d'heure du début du défilé, nous ne sommes que trois à faire la queue pour entrer. Je vérifie que je ne me suis pas trompée d'heure. Mais non, c'est bien à 14 heures que ça commence. Ou peuvent bien être les autres invités ? Mais à d'autres défilés bien sûr. Sachez qu'on n'arrive JAMAIS à l'heure à un défilé. Zut, je me suis dépêchée pour rien et cela m'a couté une course !

 

La suite, demain !

 

18.11.2007

Les low boots d'Anna Piaggi.

Je vais sans doute vous surprendre, mais tant pis, j'avoue : je n'aime pas les low boots.

Messieurs, car c'est aux Messieurs que je m'adresse en premier aujourd'hui, je vois de l'incompréhension dans votre regard : Louise nous parlerait-elle aujourd'hui d'un nouveau truc qui se mange venu des Etats Unis ? Non, ce n'est ni une nouvelle céréale fraîchement débarquée sur le marché, ni un nouveau biscuit en forme de botte de Père Noël comme on pourrait s'y attendre en cette période de l'année.  Il vous faut absolument savoir que les low boots représentent pour des milliers de filles le Saint Graal. Elles sont toutes en quête des fameuses low boots. C'est l'une des questions existentielles de l'automne-hiver 2007-2008 de toute fashionista qui se respecte. Les filles se damnent pour une paire de low boots. Des low quoi me répondrez-vous. Des l-o-w  b-o-o-t-s ! Ce sont ces boots un peu plus courtes que la normale : elles s'arrêtent juste sur la cheville. Ca y est, vous voyez maintenant de quoi je parle. Vous avez effectivement vu toutes les parisiennes avec ça aux pieds. Et je sens qu'au fond de vous, Messieurs, vous êtes d'accord avec moi, même si vous n'osez pas le dire en public de peur d'être brulé en place de grêve par ces dames. 

Car, oui les filles, il n'y a que vous pour aimer ces ersatzts de boots. Demandez donc aux hommes ce qu'ils en pensent. Vous ne tenez que rarement compte de l'avis des hommes en matière de mode et vous avez raison la plupart du temps. Hélas pour vous, cet hiver vous auriez dû. Cette année, les hommes dans leur grande majorité font preuve de goût : dans l'ensemble, ils trouvent les low boots très, très, très moches et CE SONT EUX QUI  ONT RAISON !!! Les low boots coupent la ligne, cassent la silhouette, donnent l'impression qu'un médecin vous a amputée du genou et qu'ensuite il a recousu le mollet directement au niveau de la cuisse. Les low boots font pouffe, les low boots sont laides et les low boots à semelle compensée de couleur gris ou de couleur violine sont à vomir. Tant pis pour celles qui ne sont pas contentes parce qu'elles viennent tout juste de se ruiner pour le must have de la saison et que je leur gache leur plaisir. Je vais même remuer un peu plus le couteau dans la plaie : dans un mois et demi elles seront bradées pendant la saison des soldes parce que passé le 31 mars elles seront devenues complètement has been. L'hiver prochain, elles seront bonnes à jeter. Et toc pour les fashionitsas qui suivent les dernières recommandations de ELLE comme des moutons de panurge. Moi Mesdames, je conserve ma dignité, je garde mon intégrité. Si c'est moche, je ne m'extasie pas sous prétexte qu'une rédactrice de mode au look complètement pourri a décrété que sans low boots on n'était rien. Anna Piaggi, la rédactrice du Vogue italien, ne ressemble à rien et pourtant elle en porte des low boots. Je n'ai vraiment aucune envie de ressembler à Anna Piaggi, j'aurais beaucoup trop peur qu'on m'interne à Sainte-Anne.

Stop ! Attendez que je reprennes mon souffle, ça fait quand même beaucoup d'un seul coup. Mais je préférais faire vite de peur d'être lapidée avant la fin de mon laïus par vous bloggeuses-modeuses.

Tant que j'y suis, je n'aime pas non plus les leggings, les croc's, les salomés, les babies, les salopettes, les jupes à volants, les tissus fleuris, le violet, les collants de couleur ... Et je n'aime pas non plus l'affreuse petite houpette de Suzy Menkes.

Et vous qu'est-ce-que vous n'aimez pas ?

 

04.11.2007

ELLE et lui.

ELLE l'a dit. Alors si ELLE l'a dit, c'est que c'est forcément vrai. Et si ELLE l'écrit dans son numéro du 29   octobre, il faut que je le fasse, que nous le fassions. Mais nous qui ? Vous et moi ? Impossible, même par blogs interposés. Nous, c'est Alex et moi, ce pourrait également être vous et votre conjoint(e) si vous avez le cran de le faire. Mais faire quoi à la fin ? Mais échanger ses vêtements bien sûr. Virer tous les vêtements du placard, en faire un grand tas et piocher au hasard. Alex prend mes vêtements et moi les siens. ELLE l'affirme, c'est LE phénomène de l'automne.

De l'automne ? Alors je n'ai pas bien compris, moi. J'ai cru que c'était le phénomène d'Alloween 2007 : cette année, pas de costume de sorcière ou de vampire mais un slim taille 36, une blouse Maje et des low boots rose fluo pour lui, un bleu de travail et des bottes de chantier pour elle. Nan, nan, nan, Louise ! C'est Le new phénomène mode. Et c'est vrai. Habitant à proximité des facultés Censier, Jussieu et La Sorbonne, j'ai constaté le phénomène. De dos, il devient difficile de distinguer les filles des garçons, c'en est troublant. (Au passage, je constate que l'anorexie est en train de faire de plus en plus d'adeptes parmi les jeunes garçons, ce n'est pas possible autrement.)

Ces considérations mises à part, en professionnels (de la mode ?), Alex et moi avons relevé le challenge pour vous. En revanche, en ce qui concerne le salaire on est plutôt des amateurs, on n'a même pas été payés pour ça ! Alors ce matin, nous nous sommes postés devant le placard et avons testé pour vous. Vous nous direz merci plus tard.

Nous commençons par les sous-vêtements : je ne suis pas convaincue en me regardant dans la glace avec le slip de monsieur (bah oui, il préfère les slips aux caleçons et moi aussi parce que ça moule ses petites fesses et .... bon, bon, oui je m'égare), comment dire ... ça baille et c'est quand même beaucoup moins sexy qu'une petite culotte en plumetis. Comme on joue le jeu, la culotte rose sera pour Monsieur et là j'ai un pincement au coeur car Alex risque de la déchirer ma petite culotte. Certes mon mari n'est pas Rocco Siffredi mais je ne fais que du 38 et même pour Alex le 38 va être juste. Pour le soutien-gorge, on fait une petite entorse au règlement. J'ai le droit de le garder car il ne sera d'aucune utilité à Alex.

Passons aux hauts : pour moi, c'est plus simple. Une belle chemise blanche d'homme sied toujours à une femme. Mais pour un homme, c'est plus difficile de trouver son bonheur entre les petits hauts à bretelles et les tops de toutes les couleurs. Finalement, son choix se porte sur un col roulé noir. Rien de tel qu'un peu de sobriété. Cependant, le résultat est décevant, une fois enfilé le pull fait ressembler Monsieur à un personnage de Star Trek. Seul avantage, on dirait qu'Alex a fait de la musculation pendant dix ans. Pas trop mal. 

Mettons le bas : le jean de mon époux ne tient à ma taille que si je passe une ceinture et à part me faire un popotin énorme et des hanches de sumo, je ne vois vraiment pas en quoi il m'avantage. Quant à Alex, mon slim ne dépassera pas le stade de ses mollets. Marcher avec ne sera pas chose aisée et pourrait même s'avérer gênant voire dangereux. Si il descend dans la rue comme ça, sûre qu'une petite mamie va porter plainte pour attentat à la pudeur, au mieux il se retrouve interné à Sainte-Anne. Bah oui, un homme en petite culotte en plumetis avec un slim aux genoux et marchant comme un pingouin place du Panthéon, ça fait toujours désordre.

J'allais oublié les chaussures : je prends des derbys noirs qui me vont comme ... des palmes, tandis que Monsieur ne réussit à glisser son 44 fillette que dans mes tongs à fleurs taille 38. Bizarres les tongs avec le col roulé.

Enfin, il est indispensable d'accessoiriser nos tenues : une écharpe rayée pour protéger mon cou est du meilleur effet. Ce qui manque à Alex ? Une plume rose ... serait l'idéal, ils l'ont dit dans ELLE. Et comme ils l'ont dit dans ELLE, ALex ... 

NOOOOON !!!!!!!!   

11.09.2007

Botas pro cierre gold T38, made in Argentina

Souvenez-vous, l'une des grandes résolutions de ma rentrée est de trouver LA paire de bottes de l'hiver 2007-2008. Ce n'est pas chose facile et à chaque retour de vacances d'été se pose le meme problème à des milliers de femmes : noir, rouge, marron, avec talon, sans talon, talon aiguille, talon large, semelle compensée, bout pointu, bout rond, avec lacets, avec zip derrière, avec zip sur le coté, cuissardes, mousquetaire, style motard, style call girl, style chapeau melon et bottes de cuir , style écuyère, style kill bill en cuir jaune poussin, en peau, en vinyl, en peau brodée ?

Aidez moi, je suis perdue !

Une seule solution : courrir jusqu'à la maison de la presse la plus proche et faire une razzia parmi les magazines féminins spécial mode et accessoires de la rentrée : Vogue, L'Officiel, Marie-Claire, Marie-France, Elle, Le Figaro Madame, Cosmo, Glamour et meme Modes et travaux et Femme actuelle, je les achète tous, bien décidée à trouver THE modèle, celui dont toutes les femmes revent, celui que les copines vous envient, celui qui va aussi bien avec une robe habillée qu 'avec un jean.

Le retour à la maison est difficile tant je ploie sous la charge des journaux. Le sac mes scie les doigts. des gouttes de sueur perlent à mon front. Les marches de l'escalier sont autant de falaises à gravir.

Enfin, j'arrive dans mon appartement. Je m'assois au milieu du tapis du salon puis déploie les magazines tout autour de moi. Méthodiquement je décortique chaque article, chaque photo, chaque publicité. La lecture et l'analyse sont longues et laborieuses. La fatigue se fait peu à peu sentir. Ma vue se brouille , je dois chausser mes lunetttes si se je veux continuer. Ma concentration est telle que je ne vois pas le temps passer. Les passants sont rentrés chez eux, le flot de la circulation s'est régulé, le soleil s'est couché. Il est temps d'allumer la lumière. Pourtant, inlassablement, je poursuis ma quete. Peu à peu, les bruits dans l'immeuble se raréfient. Mes recherches s'affinent : je découpe, je trie, je jette.Le téléphone sonne mais je ne l'entends pas, mon ventre crie famine mais je n'ai pas le temps de le nourrir. Paris dort. La lumière de mon salon est la seule à briller dans la nuit. Au loin, une sirène de police retentit. L'épaisseur des magazines diminue. Mon dos me fait souffrir à force d'etre penchée sur mon ouvrage depuis des heures. Le résultat de mes recherches devrait maintenant m'apparaitre sous les yeux telle une évidence. Mais plus j'avance dans mes lectures, plus le mystère s'épaissit.

Alors, la conclusion s'impose tragiquement à moi : il n' y aura pas une paire de bottes cet hiver, non, elles seront toutes là, de toutes les formes, de toutes les couleurs, de tous les styles, de toutes les matières. Je n'ai pas réussi à trouver le must-have.

Tant de travail, tant d'abnégation, tant d'angoisse ont raison de moi. Les larmes coulent à flot sur mes joues, je hocquète douloureusement. Epuisée, mon corps s'affaisse sur le tapis. Je m'endors sur les magazines décharnés, sans avoir trouvé l'objet de mes désirs.

 

 Au petit matin, mes enfants me découvrent gisant sur le kilim du salon. Quelques tendres calins et le soleil qui perce à travers les rideaux laissent présager une bonne journée. Alex, constatant mon épuisement, prépare le petit déjeuner. Alors que l'odeur du thé fumant vient délicatement chatouiller mes narines, la sonnerie du téléphone résonne à travers la pièce : c'est un ami d'Alex , il part mardi en Argentine et demande si nous souhaitons quelque chose de Buenos Aires. 

Mais oui , hourra !

Des bottes, les bottes, MES bottes. Le modèle Botas pro cierre, taille 38, couleur gold, de chez La Martina, THE marque de polo de Buenos Aires. Des bottes en vraie peau de cul de vache argentine.

On peut certes les acheter à Paris pour la modique somme de 450 euros à la boutique La Martina, rue Royale ( je sais, j'ai des gouts de luxe ! ), mais bon, je n'ai pas les moyens ! Si un ami me les ramène directement du pays, c'est moins cher et c'est plus sympa .

 

 DON'T CRY FOR ME ARGENTINA .

 

P.S. si tout va bien, je les recevrai d'ici trois à quatre semaines. Affaire à suivre.