20.02.2008

Pourquoi n'était-ce pas écrit dans le Pernoud ?

Neuf mois à grossir. Neuf mois à rêver de lui. Neuf mois à l'imaginer.

Et puis ................ la claque !

 

1) Le physique d'un Ange :

Je me souviens qu'aux cours de préparation à l'accouchement, la sage-femme nous avait demandé une représentation de notre enfant à naître, type dessein, collage, etc ... Jusqu'alors je la trouvais très bien cette sage-femme, mais là elle m'avait prise de cours. J'aurais pu découper la photo d'un bébé dans La Redoute, comme l'ont fait certaines futures Mamans, mais cela m'a semblé tellement aberrant que j'ai préféré m'abstenir. D'autres avaient dessiné au feutre ou peint des enfants : mais ils étaient si laids que même Picasso les aurait abandonnés à la DASS ! Quand ce fût mon tour de présenter mon chef d'oeuvre, les autres mères m'ont regardé d'un sale oeil puisque je n'avais absolument aucune toile, aucun bébé en papier mâché, aucun avorton en pâte à modeler bleue à exiber fièrement à toute l'assemblée.

"Madame, toute mère se représente son enfant d'une façon ou d'une autre !" m'a dit la sage-femme.

"Certes, mais je ne suis pas sûre que montrer un bébé décapité aux futures accouchées serait du meilleur gout ?"

Silence dans la sale.

"Mais pourquoi décapité ?"

"Tout simplement parce que je suis parfaitement incapable de m'imaginer la tête de ce bébé. En fait, quand j'imagine mon enfant, c'est un corps et uniquement un corps que je vois."

Comment voulez-vous leur dire que je n'ai absolument aucune envie que mon bébé ressemble à ces horreurs peinturlurées ? Comment leur expliquer qu'un nouveau-né n'est ni orange, ni vert ?

Mon cas ayant été débattu, (Les Freud ET Dolto en puissance ne sont décidément pas mes copines) on a pu passer à la future maman suivante (vous savez, celle qui vient toujours avec le Papa. Papa qui aimerait bien être la Maman, Papa qui fait la couvade, Papa qui demande : "qu'est-ce-que je fais quand ma femme allaite ? " Je lui aurais bien répondu : "tu bois une bière en regardant un match de foot" mais je ne suis pas sûre que l'assemblée aurait été une nouvelle fois sensible à mon humour. Bon, là, c'était juste pour l'anecdote)

Donc, sur le physique, je n'étais pas très forte. Tout ce que je voulais moi, c'était un bébé en bonne santé, bien rond et chauve. J'avoue, je n'aime pas les bébés avec des cheveux. Le jour de l'accouchement, la sage-femme me dit :

"Encore un tout petit effort, c'est presque fini, je vois ses cheveux."

" Vous êtes sûre ? Je n'aime pas les bébés avec des cheveux !"

" Il n'en a que très peu et ils sont blonds. Vous le gardez quand même ou on lui dit de retourner d'ou il vient ?"

" C'est bon, je pousse."

Finalement est arrivé un petit Henri, pratiquement chauve. Ouf, je n'ai pas été déçue sur ce coup là. C'est bien simple, c'était le plus beau bébé du monde. Et en plus, il avait une tête fournie avec, incroyable !!!

 

C'est après que nos rêves se transforment en cauchemars.

 

2) Mais faite-le taire ! 

Tout le monde sait qu'un bébé pleure. Mais ce qu'on ne nous avait pas dit c'est qu'un bébé peut pleurer, de préférence la nuit, pendant plusieurs heures. Impossible de le calmer, impossible de savoir pourquoi il pleure (hélas, ces petites bêtes ne parlent pas avant plusieurs mois). Et ça énerve. Ca vous énerve et ça énerve Monsieur également. Résultat, à trois heures du matin, Madame engueule Monsieur :

"Mais fais quelque chose bon sang. Tu vois bien qu'il pleure ! Ce n'est pas la faim, il vient de téter."

Monsieur rétorque : "C'est toi sa mère, tu sais mieux que moi. Calme-le, enfin."

Les parents crient et bébé pleure de plus belle. La nuit est foutue, la maman pleure d'épuisement et le Papa berce dangereusement son bébé en chantant : "Les oies sauvages vers le nord ...". Plus que cinq heures et il fera jour.

 

3) Un petit encas ? Tu parles !

Pour les tétées aussi, la réalité n'est pas toujours rose. On vous parle de fusion entre la mère et son enfant, d'amour incroyable, de sensations magnifiques. Tout ceci est vrai (ayant allaité mes deux garçons pendant six mois chacun, je sais que c'est vrai). Mais je ne suis pas pour autant une intégriste de la Leche League. Et je sais aussi que l'allaitement n'est pas toujours une partie de plaisir.

Commençons par la fameuse montée de lait. Parfois ça se passe bien : ce fût le cas pour mon premier garçon. Mais parfois, ça se passe mal aussi : ce fût le cas pour mon petit Franz. On vous dit :

"La montée de lait peut-être légèrement douloureuse".

Légèrement signifie que la jeune maman pleure tant elle a mal parce que ses seins ont pris des proportions hallucinantes, même pour Pamela Anderson. Des ganglions lui poussent sous les aisselles. Elle ne pense plus qu'à ses seins. Elle les trempe dans des saladiers d'eau chaude, leur fait des masques à l'argile, leur fait prendre des douches pendant des heures. Elle supplierait presque son mari de lui têter les seins tant elle souffre. Et finalement elle ne dit rien quand une puéricultrice de la PMI lui masse les seins afin de la soulager. Et elle s'en fout complètement qu'un papa venu faire peser son dernier-né n'en perde pas une miette. Elle a tellement mal qu'elle en oublie toute pudeur.

La galère ne s'arrête pas là, ce serait trop simple. Vos seins ont dégonflé mais Bébé Chéri est un vorace qui n'arrive pas à téter correctement. Voici venir les crevasses. Je passe sur la douleur fulgurante qu'on ressent à chaque fois que Bébé Chéri happe le mamelon ensanglanté. Tout le monde a compris, pas la peine d'en rajouter. Mais ce qu'on ne précise pas dans les manuels d'allaitement, c'est que votre sang est bu par votre enfant en même temps que votre lait mais qu'il ne ressortira de Bébé Chéri, sous forme de vomi, qu'à la tétée suivante, quand vos seins eux ne saigneront plus. D'ou la panique qui s'empare de vous quand votre enfant de quatre jours crache du sang : ne ferait-il pas une hémorragie ? Bien sûr Monsieur n'est pas là et vous voilà, seule, à six heures du matin en train d'enmener Bébé Chéri et son grand-frère aux urgences de Saint-Vincent-de-Paul, en bus. Elle a oublié de nous le dire ça Laurence !  Ce n'est pas beau de mentir par omission.

Je rassure les futures mamans, une fois cette pénible étape franchie, allaiter son enfant est l'une des choses les plus merveilleuses qu'il m'ait été donnée de faire.

 

4) Le caca, c'est la vie !

Un bébé fait caca et le changer fait partie des tâches que chaque parent doit accomplir. On le sait tous avant même que Bébé Chéri soit sur terre.  Ce qu'on ne sait pas c'est l'importance que revêt la défécation d'un enfant.

Qui ne s'est pas étonné en entendant ces parents s'ébahir devant les cacas de leur progéniture ?

"Mais ils sont dingues !" disions-nous. "Nous ne ferons jamais ça."

Et puis, la roue tourne. Un beau caca, est le signe premier de la bonne santé d'un enfant. Si il est trop mou : attention à la gastro ! Les puéricultrices le savent bien qui vous attendent chaque soir : "Votre fils a eu deux selles molles aujourd'hui !" Façon de vous dire que Bébé Chéri est dorénavant en quarantaine et qu'il va falloir trouver un autre moyen de garde. La gastro ne passera pas par la crêche. Vade retro Bébé Chéri !

Si le caca est trop acide (rapport à l'odeur et à l'irritation qu'il déclenche sur les petites fesses de Bébé Chéri), c'est le signe que votre enfant fait ses dents. A ce souci, s'ajoute les pleurs, car Bébé souffre (retour donc au petit 2, et là, on est vraiment dans la m**** !).

Si le caca est trop dur : Bébé Chéri est constipé. Changez votre alimentation en cas d'allaitement, préparez une purée d'épinards si votre enfant a déjà attaqué l'alimentation solide et tout rentrera dans l'ordre. Dans quelques jours, les cacas de Bébé Chéri seront à nouveau parfaitement moulés.

Si le caca de Bébé Chéri est granuleux, c'est juste que votre enfant a avalé tout le bac à sable. A ce propos, je tiens à saluer l'excellent travail de la Société Playmobil qui a eu l'ingénieuse idée de faire des pièces de trésor de Pirate bien dorées : ainsi, les couches de mon petit dernier brillent de mille feux, le comptage en est facilité et toute la famille s'émerveille des cacas de mon fils : on est fier, ça fait riche !!!

 

5) Ces petites choses qui nous pourrissent la vie :

a) Papa et Maman sont très fiers de toi ! Bébé Chéri piquera les jouets des autres enfants, il se battra, il piquera des crises et tout le monde se retournera pour voir quel enfant insupportable fait un tel raffût, il refusera d'avancer dans la rue sans raison aucune, juste vous faire tourner en bourrique, il dira à la gardienne de l'immeuble "Dis, pourquoi tu es si grosse ?", il refusera un jour de dire bonjour à sa grand-mère, il mettra les deux mains dans sa purée, il refusera de manger son jambon coquillettes alors qu'il adore ça habituellement .....

Désolée, mais votre enfant n'est pas mieux que les autres. C'est un enfant, tout simplement.

b) Deux grands-mères, deux grands-pères ? Ca fait pas un peu beaucoup tout ça ? : Les grands-parents sont des gens formidables qui vous soutiennent quoi qu'il arrive. NAN ! Les grands-parents sont des gens qui se permettent de commenter vos choix de prénoms d'une manière pas toujours agréable. Les grands-parents sont des gens qui remettent en cause vos principes éducatifs, parfois même devant votre progéniture. Les grands-parents sont des gens qui font le contraire de ce que vous leur avez demandé : "Pas de bonbon ce matin !" " Mais, je ne lui en ai donné que 4 ". Les grands-parents sont des gens qui vous disent " tu es bien contente de nous trouver pour garder tes enfants" uniquement parce que vous avez osé les contredire sur un point. Les grands-parents sont des gens très envahissants : "Tu m'empêches de voir mes petits-enfants ?" "Mais Maman, tu es déjà venue à la maison six fois cette semaine". Les grands-parents savent toujours mieux que vous : "Tu ne vas pas nous apprendre comment élever des enfants. On est passés par là avant toi ma petite." Il ne vous reste que deux choses à faire : couper définitivement le cordon et trouver une bonne baby-sitter !

c) Dors mon ange ! En ce qui conseille le sommeil des bébés, je me contenterai de citer Léo J. Burke : "Ceux qui disent dormir comme un bébé n'en ont pas."

Cette liste n'est pas exhaustive, mais je préfère m'arrêter là afin de ne pas vous saper le moral.

 

6) Et l'amour dans tout ça ? :

On peut tout écrire sur l'amour parents-enfants, mais les mots ne seront jamais assez forts pour évoquer sa puissance. On peut essayer d'imaginer cet amour pendant neuf mois, ce sera toujours bien en deça de la réalité. Et c'est pour cela qu'on recommence, car on n'est jamais déçu. Nos plus beaux rêves seront toujours bien ternes à côté de la réalité des liens qui nous unissent à nos enfants.

15.02.2008

Un petit pipi pour commencer.

Avant de commencer cette note, je me demandais combien d'enfants ont été conçus pendant cette nuit de la Saint-Valentin.  Ah, je sens que certains rient jaune maintenant que j'évoque le problème. Vous allez gamberger en attendant que Madame sache ce qu'il en est : deux semaines d'angoisse totale, deux semaines à vous dire "Si elle est enceinte, il va vraiment falloir que je reste avec elle ?" Foutue Saint-Valentin quand même ! Mais si vous avez quelques inquiétudes, lisez donc cette note, elle vous aidera dans vos démarches. Bon, bah, bonne journée quand même.

 

Comment vous en êtes-vous rendu compte ? Suite à des nausées persistantes ? Après plusieurs jours de retard de vos règles ? Dans mon cas, des périodes d'endormissement et l'envie de faire pipi toutes les deux minutes sont les signes avant-coureurs. Alors, entre deux petits pipis, à neuf heures du matin, j'ai filé à la pharmacie du coin acheter un test de grossesse.

De retour à la maison, je me suis précipitée aux toilettes : j'ai bien essayé de diriger le jet de pipi sur la mine absorbante du stylo annonciateur de grossesse, en vain. Je me suis retrouvée avec les doigts trempés et pas une seule petit goutte du divin nectar sur ce foutu stylo. J'ai alors du attendre une nouvelle envie, ce qui m'a pris cinq bonnes minutes. Afin d'éviter une mauvaise manoeuvre, j'ai préféré faire quelques gouttes (au bout d'un moment, la source commence à se tarir) dans un verre et y tremper ensuite le stylo en plastique blanc. Mon coeur se met à battre un peu plus fort, un peu plus vite : une ligne bleue apparait dans la première fenêtre, signe que le stylo fonctionne bien (au prix ou ça côute ces trucs là, manquerait plus que ça ne marche pas !). Puis, une croix dans la deuxième fenêtre. Fantastique, fabuleux, extraordinaire, incroyable (non, je retire incroyable : je sais parfaitement comment j'en suis arrivée là quand même) : je suis enceinte !!!!

Quelle est la première chose que fait une femme quand elle découvre avec plaisir qu'elle est enceinte ? C'est simple, elle se fait greffer sa main droite (la gauche pour les gauchères) sur le ventre. Car, pendant neuf mois, la seule chose digne d'intérêt pour elle qu'elle fera, sera de caresser son ventre dans le sens des aiguilles d'une montre.

Dès la découverte de la bonne nouvelle, la femme enceinte se dandine tel un canard : mais oui, ce foetus de moins d'un centimètre pèse 3kg550 ; d'ailleurs il lui fit déjà mal au dos, ce qui explique que Madame se masse les reins tout en grimaçant. Et puis son corps se transforme : mais si, même au bout de deux semaines. Elle doit changer d'ores et déjà toute sa garde-robe. Elle vous dit, en se tournant de profil : "Regarde comme j'ai grossi. Je ne vois déjà plus mes pieds." Ne vous avisez surtout pas de lui répondre : "Mais non, tu as mangé trop de choucroute ce midi, tu sais bien qu'aérophagie et rétention d'eau ne font pas bon ménage." , vous perdriez une amie. Mais tous ces petits inconvénients ne réussissent pas à mettre à mal sa joie d'être enceinte. A la lecture du diagnostic émis par le fameux stylo en plastique, Madame est tout sourire.

Mais il va falloir patienter toute la journée pour annoncer la bonne nouvelle au futur papa. Certaines d'entre nous font l'erreur d'aller le dire à leur mère en premier. Gare ! Monsieur pourrait en prendre ombrage et ce serait tout à fait légitime : c'est lui le Papa. Gardez cela pour vous tant que vous le pouvez, les Mamies auront bien le temps de venir vous enmerder la vie avec tous les conseils qu'elles se feront un devoir de vous prodiguer. Rongez votre frein et pensez plutôt à la façon d'apprendre à votre conjoint sa future paternité. Pour ma part, j'avais acheté des petits chaussons blancs que j'avais faits emballer dans du papier cadeau. Quand j'ai donné le présent à Alex, il m'a répondu : "Que veux-tu que je fasse de ça ?" Les hommes ont vraiment la psychologie d'un hamster ! Après quelques explications (le papa met la petite graine dans le ventre de la maman, tout ça, tout ça ...), vous vous réjouissez ensemble et tirez des plans sur la comète.

Si j'utilise cette expression, c'est à dessein, car quelle différence entre ce dont on rêve pendant neuf mois et la réalité une fois que Bébé Chéri est né. Attention, je ne dis pas qu'on est déçu ! Au contraire, on est émerveillé une fois que Bébé chéri est là, on est ravi, mais il y a une marge, ou plutôt un gouffre entre ce qu'on imagine et ce qui sera vraiment ... 

24.01.2008

Tic tac.

Tic tac. Comment en suis-je arrivée là ? Tic tac.

Avant, j'étais tranquille. Tic tac.

Avant, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tic tac.

Et puis, j'ai rencontré Alex, en 1991, j'avais dix huit ans. Tic tac.

Ma vie a changé. Tic tac. Doucement. Tic tac. Sournoisement. Tic tac.

Pendant la semaine, je vivais ma vie d'étudiante célibataire en province, tic tac, et je rejoignais Alex à Paris le week end. Tic tac. Tout allait bien. Nous faisions des projets d'avenir, tout doucement, à notre rythme : tic tac. Cela a duré cinq ans. Tic tac.

Et puis nous nous sommes mariés et nous nous sommes installés à Paris, tous les deux. Tic tac. Nos études terminées, le rythme ne changea guère : tic tac. Nous prenions toujours notre temps : le temps de vivre, tic tac, de profiter de nous, tic tac, le temsp de nous installer confortablement dans un nid douillet vraiment à nous : tic tac, une petite signature chez le notaire. Tic tac.

Ce rythme nous convenait parfaitement mais semblait déplaire fortement à notre famille. Tic tac tic tac. "Quand allez-vous faire un bébé ? " Tic tac tic tac. "Nous avons envie d'être grands-parents !" Tic tac tic tac. "Louise est stérile, n'est-ce pas ?" (Ce sont toujours les femmes qui sont stériles ! ) Tic tac tic tac. Ce rythme me donnait le tournis à chaque fois, alors je freinais des deux pieds pour retrouver un tempo plus adapté à mon caractère et à mes envies. Tic tac. Ouf, ça va mieux. Tic tac. Ecoutez cette douce musique : tic tac.

Et puis un jour, j'avais vingt neuf ans, sans comprendre tout d'abord ce qui se passait, le rythme s'est accéléré brutalement sans que ce soit la faute de mon entourage. Tic tac tic tac tic tac. Ca allait de plus en plus vite, de plus en plus fort. Tic tac tic tac tic tac. Je ne controlais plus rien. Tic tac tic tac tic tac. Et puis j'ai compris : mon horloge biologique faisait un tic tac infernal ! Tic tac tic tac tic tac. Je n'ai rien vu venir. Tic tac tic tac tic tac. Je me suis mise à avoir envie d'un bébé. Tic tac tic tac tic tac. Moi, Louise, incapable de prendre un enfant dans mes bras sans qu'il se mette à hurler à la mort,  je voulais un bébé !!! Tic tac tic tac tic tac. Je n'ai plus pensé qu'à ça. Tic tac tic tac tic tac. Il me fallait enfanter au plus tard à trente ans. Tic tac tic tac tic tac. Alex, qui avait jusqu'alors montré autant d'empressement à devenir père que moi avant la mise en pilotage automatique de mon horloge biologique, a dû se résoudre à me faire un bébé. Tic tac tic tac tic tac.  Quelques jours après avoir arrêté la pillule, j'étais enceinte. Et oui, je suis de ces femmes qui n'ont pas le temps de dire "ouf" que déjà elles sont enceintes.

Nous voulions un enfant du printemps ou de l'été ; ce fut parfait : Henri est né le 15 juillet 2003 et en plus j'avais trente ans. Nous voici donc avec un bambin.

Mais le chiffre un ne nous convenait pas. Nous voulions au moins deux enfants et non un enfant unique. Nous avons laissé un peu de temps, que le rythme se stabilise : tic tac.

Puis, en octobre 2004, la machine s'est à nouveau emballée. Tic tac tic tac tic tac. La surprise fut moindre, je commençais à maitriser les aléas de la machine infernale. Tic tac tic tac tic tac. Quelques jours après l'arrêt de la pillule, hop, à nouveau enceinte : l'enfant à venir naîtrait en juillet, nous étions ravis.

Mais c'était sans compter Dame Nature qui décida de faire un peu de tri dans tout ça. Dame Nature ignora le fait que nous avions annoncé ma grossesse à tout le monde et me fit faire une fausse couche le 24 décembre 2004. Un pur moment de bonheur quand l'interne de l'hopital vous assène froidement que vous êtes en train de faire une fausse couche spontanée : "Vous n'êtes pas la première, vous ne serez pas la dernière." Ajoutez à cela une belle-mère qui vous fait la tête parce que votre fausse couche vous oblige à annuler votre voyage : à cause de vous, elle ne va pas pouvoir voir son fils chéri ! Sans oublier le 25 décembre passé à vomir de douleur parce que l'interne n'a pas pensé à vous donner un cachet anti douleur, et à vous vider de votre sang : ce jour-là, le divin enfant est tombé dans les toilettes et c'est moi qui ai tiré la chasse d'eau. Suivant les préceptes de notre bonne vieille église, j'ai enfanté dans la douleur un 25 décembre, et ça, je peux vous dire qu'on n'est pas nombreuses à l'avoir fait !

Mon horloge biologique a été obligée de faire une pause. Plus de tic tac pendant quelques semaines.

Rien. Le silence.

Le silence, c'est épuisant et déprimant.

Mais mon heureuse nature a repris le dessus et, comme le printemps arrivait, Alex et moi avons communié avec elle. Tic tac tic tac tic tac. Il n'en fallait pas plus pour faire redémarrer le mécanisme. Tic tac tic tac tic tac.  Et hop, à nouveau enceinte. Quand je vous dis que je suis fertile.

Cette fois-ci, bébé a tenu le coup même si cela a été difficile pour sa maman, couchée de juillet à décembre. Le 29 décembre 2005, nous voici nantis d'un deuxième enfant.

Tic tac. Si mon horloge biologique s'est calmée, tic tac, le rythme à la maison lui s'est accéléré. Tic tac. Depuis, nous sommes crevés. Les rouages de mon horloge se sont un peu grippés et ne comptez pas sur moi pour la faire redémarrer : j'ai atteint mon quota de bambins. Tic tac. Parfois, surtout le dimanche matin, il nous arrive de regretter notre vie d'avant.  Hélas, une chose est sûre, une horloge biologique ne peut jamais remonter le temps. Tic tac.  

 

18.12.2007

Comme il est mignon !

Nathalie et Stéphane

ont l'immense joie de vous annoncer

 la naissance de leur fille

JULIE

le 18 décembre 2007.

 

Combien de fois avez-vous reçu ce type de faire-part et combien de fois vous êtes-vous rendue à la maternité avec un joli cadeau de naissance pour le nouveau-né, mais sans fleurs car les fleurs c'est mauvais pour les bébés (c'est écrit dans le manuel du savoir-vivre à la maternité) ? Des tas de fois n'est-ce pas ? Réjouissez-vous, vous allez y retourner aujourd'hui, je vous y enmène.

Ca ne vous arrange pas aujourd'hui ? Votre patron vous a surchargée de travail et la nounou vous a appelée en catastrophe au bureau car vos enfants sont malades ? Oui, mais il n'y a qu'aujourd'hui que c'est possible car demain, mercredi, votre copine rentrera déjà chez elle et comme vous aviez promis d'aller la voir à la maternité ... Pour ne rien arranger, vous n'avez pas pu acheter le cadeau en avance car votre amie a eu l'idée lumineuse d'attendre le jour de la naissance pour apprendre au monde entier le sexe de l'enfant. Remarquez, il y avait une chance sur deux pour que ce soit une fille.

Il ne vous reste donc plus qu'à courrir les magasins ce midi tout en avalant un infâme sandwich. Vous appelez aussi votre mari en urgence pour qu'il récupère les enfants chez la nourrice et les enmène en catastrophe chez le pédiatre. Votre époux vous fait une scène au téléphone car il est en plein rendez-vous professionnel : "Elle n'aurait pas pu accouché un autre jour ta copine ? Je fais comment moi ? "  A dix sept heures, vous vous eclipsez discrètement du bureau. Direction la maternité qui, bien évidemment se trouve à l'autre bout de Paris et n'est pas sur la ligne de métro : vous avez trois changements à faire plus un quart d'heure de marche.

Vous arrivez à 17h45, épuisée, frappez et entrez dans la chambre de votre meilleure amie. Son teint oscille entre le gris et le orange pour cause d'anémie, mais cela ne vous empêche absolument pas de vous écrier : "Valérie, comme tu es radieuse ! Tu as l'air fraîche comme une rose. On sent la jeune Maman parfaitement épanouie. Tu me donneras ta recette pour paraître aussi fringante après un accouchement !" Malgré vos compliments d'une sincérité touchante, votre amie s'écroule en larmes dans vos bras. Sur ce, son mari Stéphane, que vous n'avez jamais supporté et réciproquement, s'empresse de vous jeter des regards lourds de reproches au lieu de s'en prendre aux transformations hormonales post naissance. Finalement, Valérie cesse de sangloter et de se moucher bruyamment dans votre chemisier en soie sauvage et vous présente son bébé.

Une règle, ou plutôt LA REGLE : toujours, toujours, toujours s'extasier. "Comme il est mignon ! Il est choux ! Je n'ai jamais vu un bébé aussi beau !" Et ce, même si la boule de chair vagissante qu'on dépose dans vos bras est rouge voire bleue, toute plissée et baveuse. Si vous voulez  en profiter pour vous accorder un petit plaisir, vous avez le droit de dire avec un grand sourire : "Comme il est beau, il a l'air tellement intelligent ! C'est tout le portrait de son Papa ! " Le Papa en question ne comprendra pas l'allusion et vous gratifiera en prime d'un sourire reconnaissant. Jubilatoire.

Maintenant, il est temps de remettre votre présent à la Maman qui n'en a cure tant elle est épuisée. Elle dépose la ravissante robe en organdi blanc de chez Bonpoint qui vous a couté la peau des fesses sur le plateau repas graisseux puis vous regarde d'un air las, vous signifiant ainsi qu'il est grand temps de la laisser seule avec son époux et son mari. Mari qui, au passage, vous dira : "Mais quelle idée tu as eu aussi de passer si tard. Tu sais pourtant bien que les visites ne sont plus autorisées à partir de dix huit heures." Alors, ce cher Stéphane vous met de dehors en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

Vous retournez chez vous, à l'autre bout de Paris. Les trois changements vous font perdre un temps précieux. Quand vous ouvrez la porte de votre appartement, vous êtes bonne à coucher. Aujourd'hui, vous avez donc bossé comme une dingue pour terminer vos dossiers au plus vite, mangé un sandwich dégoutant, dépensé une fortune dans une robe taille trois mois que la petite Julie ne portera que deux fois et passé une heure trente dans le métro afin de voir votre amie qui, finalement, n'avait aucune envie de vous voir tant elle était fatiguée.

L'amitié, c'est beau comme un nouveau-né !