29.10.2007
Le dermatologue.
Cet été, Alex et moi avions chacun un grain de beauté à faire enlever, lui à l'arrière de la tête, moi au bas du ventre. Nous avons pris nos rendez-vous pour le même jour et sommes donc allés ensemble à nos consultations respectives. Dans la salle d'attente pleine, que des patients de plus de quatre vingt ans. Nous nous demandons si nous ne nous sommes pas trompés de cabinet, cela ressemble davantage à un service de gériatrie. Nous prenons un journal et attendons patiemment notre tour.
Au bout d'une demi-heure, le docteur vient nous chercher. Nous entrons dans son cabinet. Le médecin a dépassé l'âge légal de la retraite. On nous a prévenus, l'homme n'est ni bavard, ni rigolo, plutôt austère.
Alex passe en premier, il suit le toubib dans une petite pièce contiguë au bureau. L'opération ne prend qu'un quart d'heure, le médecin n'a pas ouvert la bouche.
Vient mon tour. Je lui expose la raison de ma visite. Il me demande de soulever mon pull. Je m'exécute. Il regarde le bouton à enlever et se montre perplexe. " Déshabillez-vous complètement" me dit-il, je vais examiner vos autres grains de beauté. Et tandis qu'il m'examine, le voilà qui se met à parler, parler, parler. On a l'impression qu'il revient d'un tour du monde à la voile en solitaire. Et puis, il commence à blaguer et à rire. On est copains comme cochons. Dans la pièce voisine, Alex qui peut l'entendre par la porte entrebaillée n'en revient pas. Ce n'est plus le même homme. L'assistante du toubib est médusée. L'examen va durer vingt cinq minutes. Le docteur fait du zèle.
Finalement, il accepte d'oter le bouton indésirable. Je reste encore allongée vingt minutes. Pendant l'opération, il s'arrète un moment et me regarde : "ouh la la, qu'est-ce-qu'il fait chaud aujourd'hui, vous ne trouvez pas ?" et joint à la parole un geste de la main imitant le mouvement d'un éventail. Je lui réponds : " Docteur, ça fait quarante cinq minutes que je suis allongée toute nue sur votre table et il fait dix sept degrés à tout casser dans cette pièce. Non, je n'ai pas vraiment chaud."
J'entends Alex pouffer de l'autre côté de la cloison. Le docteur termine de recoudre sans que sa conversation tarisse.
Je me rhabille et nous rejoignons Alex. Le dermatologue semble transformé, c'est un homme neuf. Il nous fait ses recommandations et nous donne deux nouveaux rendez-vous afin de vérifier la cicatrisation puis d'enlever les fils.
Il nous raccompagne jusqu'à la porte de sortie toujours en plaisantant. L'assistante et la secrétaire ont l'air héberlué. Le docteur nous dit au revoir et retourne à son cabinet soigner ses petites mamies qui patientent depuis maintenant une heure trente. C'est fini, il ne reparlera plus ... jusqu'à lundi, date de mon prochain rendez-vous.
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24.10.2007
Chérie, je vais mourir !
Huit heures du matin. Le réveil sonne, je me lève et commence à préparer le petit déjeuner. D'habitude, Alex me rejoins et m'aide à installer la table mais aujourd'hui, rien. Je retourne alors dans notre chambre et, tandis que j'allume la lumière, j'entends des vagissements. Oui, oui, ce sont bien des vagissements que j'entends. Et au milieu, des bribes de phrases :
"Pas bien... malade... température... hyper mal ".
Ca y est, c'est reparti. Alex va mourir une fois de plus.
"Touche mon front, je crois que je suis brûlant."
C'est moi qui bous à l'intérieur mais c'est lui qui a chaud, allez comprendre. Je dépose ma main sur son front.
"Je n'en sais rien, prends ta température".
Je vais lui chercher le thermomètre et le lui tends.
Alex : "Tu ne m'as pas apporté celui des enfants, qu'on met dans l'oreille ?"
Louise : "Les piles sont usées".
A : "Mais moi, je fais comment ?"
L : "Bah, tu fais comme tout le monde Alex, tu baisses ton pantalon, tu le mets dans tes fesses et tu attends une minute."
A dépité : "Ah. Tu ne voudrais pas aller acheter des piles Louise ?"
L radieuse : "Franprix est fermé à cette heure là, c'est tout à fait impossible".
Une minute plus tard, le thermomètre affiche 38°5.
A : "Je te l'avais dit Louise que je n'allais pas bien du tout".
L : "C'est sûr que passé 38°4, on est à l'article de la mort".
Alex a été particulièrement pénible pendant deux jours :
" Donne-moi mes médicaments. Apporte-moi mon journal. Chut, fais moins de bruit, ça résonne dans ma tête. La soupe est trop chaude, je vais encore avoir une suée. Touche mon front, je crois que la température ne tombe pas malgré les trente doliprane que j'ai ingurgités. Tu t'en fous que je meurre. "
Finalement, Alex a lutté "courageusement" pendant deux jours. L'Ankou a repris sa faux et est reparti les mains vides.
Une autre fois, il a fallu appeler de toute urgence S0S Médecin parce qu'Alex avait du sang dans les urines. Il a alors fait pipi dans un verre et c'est vrai que c'était tout rouge. Sans doute les symptômes d'un cancer de la prostate.
Le médecin a fait un test pour vérifier que c'était bien du sang. Négatif. Alex avait simplement mangé des betteraves le midi !
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