14.04.2008

Alors comme ça, vous ne faites rien !

1184505865.jpgA la fameuse question "et vous, qu'est-ce-que vous faites ?", je donne ma fameuse réponse : "je ne travaille pas, je m'occupe de mes enfants." De cette petite phrase d'apparence anodine, vont découler deux types de réactions violemment opposées, de la part des femmes (parce que les hommes, eux, s'en foutent royalement, et c'est très bien).

 

Le première, qui rend mon interlocutrice éminement sympathique, est une sorte de cri du coeur :

" Ah, vous avez beaucoup de chance de pouvoir le faire, j'en rêve "

Ces femmes ont l'honnêteté de reconnaître que jongler entre les enfants et le boulot, non, ce n'est pas facile. Et que, oui, pour les enfants, c'est difficile d'être levés aux aurores pour aller à la crêche jusque tard le soir et d'être récupérés par une baby-sitter qui va donner le bain, le dîner, faire le calin et les coucher parce que Maman et Papa ont une réunion ou sont en déplacement à l'étranger et que les grands-parents vivent en Province. Et, oui, parfois elles en ont marre que leur patron leur demande de faire des heures tard le soir, les envoie chaque semaine en Pologne, en Irlande ou aux USA, qu'on leur propose une super promotion qu'elles ne pourront pas refuser sous peine d'être virées :

" Vous êtes nommée responsable. Pour cela, vous allez devoir passer dix jours par mois en Amérique du Sud."

- Mais j'ai deux enfants en bas-âge !"

- Oui, moi aussi, et alors ? Ma femme s'en occupe. Pas vous ?

Elles en ont assez qu'on leur pourrisse la vie depuis qu'elles ont annoncé leur troisième grossesse. En dix ans de boulot dans la boite et deux enfants, elles n'ont jamais failli mais : 

" Trois enfants, ce n'est pas compatible avec notre entreprise. Vous rendez-vous compte de l'image que vous donnez à nos clients ? Si vous vous voulez conserver votre poste, il va falloir rester plus tard au bureau (ah, ce n'est pas ce qu'elles font déjà ?) et puis il va bien falloir que vous coupiez le cordon avec vos deux bébés un jour. Mais quelle femme aujourd'hui peut décider d'avoir trois enfants ?  (ces paroles ont été prononcées par ... une femme !!!)

Alors, oui, bien qu'elles adorent leur job, parfois, elles aimeraient faire une pause dans ces emplois de temps de dingue et prendre le temps de s'occuper de leurs petits avant que ceux-ci ne grandissent. J'en profite pour poser une question : existe-t-il en France des boîtes qui autorisent les femmes à travailler ET à élever leurs enfants ? Parce qu'à Paris, c'est une denrée de plus en plus rare. " Si vous êtes à Paris, c'est pour faire carrière. Si vous voulez des enfants, allez en Province ! " Pourquoi est-ce si difficile en France de concilier les deux ?

 

La seconde réaction a le mérite de révéler au grand jour ses ennemis, j'ai nommé (vous la connaissez déjà tous et vous l'adorez !) : Bonnemine a une sale gueule ( avouez qu'elle vous avait manqué !). Bonnemine a une sale gueule vous assènera, si comme moi vous êtes une femme au foyer, un : " vous vous occupez de vos enfants parce que ce n'est pas rentable pour vous de faire garder vos enfants (sous-entendu : votre paye est tellement minable, que ça ne vaut pas le coup de bosser.) " frontal. Il existe une variante tout aussi diplomate et courtoise : " Vous vous occupez de vos enfants parce que vous êtes sous qualifiée ."

Le monologue se poursuit ( n'essayez même pas de répondre, vous parleriez dans le vide) généralement par ce genre de petites phrases :

"- Comme vous devez vous ennuyer chez vous."

- Ce doit être difficile de ne pas s'enrichir intellectuellement.

- Alors comme ça, vous ne faites rien ?

- Ca vous plait d'être la bonniche ?

- Moi, au bout de deux heures, vos gosses, je n'en pourrais plus.

- Et moi qui croyais que vous aviez fait des études ?

- Mais quel plaisir pouvez-vous trouver à discuter avec des gamins de deux ans toute la journée ?

- Le soir, vous arrivez à parler normalement avec votre mari ?

- Vous n'en avez pas marre de sentir le caca tout le temps ?

- Vous devez drôlement vous sentir diminuée intellectuellement.

 

Exceptionnellement, je vais répondre :

"- Bonnemine, t'as vraiment une sale gueule !!! "

25.02.2008

Test Tub Alien : la chair de ma chair, le sang de mon sang ?

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Louise et Alex

partagent avec Henri et Franz

la joie de vous annoncer la naissance de

Takon Test Tub Alien

le 16 février 2008.

 

 

Oui, la famille s'agrandit. Nous avons en quelque sorte adopté. Après Mère Thérésa et Soeur Angelina Jolie (condamnée, à vie, à adopter des enfants afin de redorer son blason terni par sa propension à piquer les maris des copines), voici Soeur Louise et Père Alex (qui fricotent pas mal ces deux là).

Henri ayant été très sage à l'école et pendant sa semaine avec moi, j'ai décidé d'adopter au Monoprix du coin le Test Tub Alien dont il rêvait depuis qu'il l'avait aperçu à la télévision lors d'une page de publicité sur une chaine pour enfant. Après avoir rempli tous les formulaires d'adoption ( formulaires identiques pour le Monoprix et pour l'Arche de Zoé : une bonne carte bleue visa et le tour est joué), je suis rentrée à la maison avec le nouveau "petit frère" d'Henri et de Franz. Alex étant en vacances à ce moment là (non, pas en prison au Tchad !), le nouveau venu  n'a fait connaissance avec son Papa que trois jours plus tard.

Durant ces trois jours, il a fallu s'occuper de la naissance de Takon (c'est son prénom). Takon se présente d'abord dans une espèce de cocon blanc, lui même déposé dans un gros tube à essai (d'ou son nom : test tub). Pour le faire naître, la Maman (moi ) doit verser de l'eau dans le tube : le cocon se dissout en moussant. Si ça déborde, c'est normal. Que la Maman ne s'inquiète pas, son nouveau-né n'est pas en train de régurgiter. Mon fils biologique m' explique alors : " Regarde Maman, c'est génial. Takon nait. C'est gluant, c'est super !".  J'ai donc tout de suite été rassurée : l'accouchement se passait le plus naturellement du monde, la césarienne façon Sigouney Weaver ne serait pas nécessaire (je tiens à préciser que la naissance d'un alien telle que l'a vécue Sigourney n'arrive que très rarement. Hélas, peu de gens le savent, d'ou le faible pourcentage de naissances d'aliens.)

Ensuite, il faut rincer Takon. "Arrète Maman, tu vas trop vite, tu vas lui faire mal à Takon !" Donc, on rince DELICATEMENT son alien ! et on voit ce magnifique Takon apparaître derrière son tube à essai tel un nouveau-né dans sa couveuse. Comme il est beau Test Tub Alien avec sa tête jaune et rose, comme elles sont mignonnes ses petites antennes ! Comme il est ravissant son petit corps tout gluant et tout boursoufflé ! Si je pouvais, je le sortirais de son tube pour le serrer contre mon coeur.

"Maman, regarde, il clignote sur le front."

Vite, je prends le manuel "Comment élever son Alien", Chapitre 1 : Lumière rouge qui clignote.

"Si Test tub clignote rouge, tout va bien." Ouf, on est sauvé, Takon est un bébé en bonne santé. C'eut quand même été embêtant et stressant de devoir aller au service néo-natalité de Port-Royal pour Takon.

Mais, alors que nous nous réjouissons de la forme olympique de Takon, voilà que sa tête se met à clignoter vert : Test Tub a faim. Pas une minute à perdre, la vie de Test Tub est en sursis. Mon poul s'accélère, je revois défiler sous mes yeux les moments d'intense bonheur que mon Alien et moi avons vécu ensemble.

Dès que Takon nait, il faut le nourrir : un régime à base de poudre diluée dans de l'eau est nécessaire, sinon Test Tub risque de mourrir. Sachez que, sitôt né, Test Tub Alien est au régime slim fast : on commence par diluer le sachet n°1 et l'on verse dans le tube puis l'on secoue délicatement afin de ne pas traumatiser Test Tub.  Et hop, Takon retrouve ses couleurs normales : clignotant rouge. Je continue à verser le Slim Fast à test Tub mais voilà qu'il passe à l'orange. Merdouille, merdouille, merdouille !!!

"Si Test Tub passe à l'orange, il est mort !" C'est simple, c'est un peu comme les feux de signalisation du code de la route. A l'orange, Test Tub est en train de mourrir par noyade. Je lui ai versé trop de Slim Fast, ses antennes baignent dans la soupe protéinée : la mort est imminente. Henri hurle : "Maman, tu es en train de tuer ton propre fils !" Cet avertissement de mon fils biologique qualifiant mon geste d'infanticide achève de me remetttre les idées en place. Je renverse rapidement un peu de Slim Fast dans l'évier. Zut, Test Tub a manqué partir dans le siphon en même temps. Henri souffle de soulagement quand je récupère Takon par une antenne. (beurk, ça colle).

Nous réinstallons Test Tub dans son petit berceau et vérifions qu'il a la bonne quantité de nourriture. Takon est passé au rouge, ça baigne dans le tube. Mais pas pour longtemps, car Alex est revenu de vacances et, à son tour, a manqué tuer son fils adoptif sous les yeux horrifiés et pleins de colère de son fils biologique. J'ai du reprendre tout depuis le début, lui expliquer que cet être immonde et dégoutant adorable et attachant avait lui aussi droit à l'amour et à beaucoup d'attention.

Et ce, d'autant plus que nous avons découvert que Takon est un gentil alien (enfin, pas tout à fait. Quand Henri a appris que Takon était un méchant Alien, il a rejeté la réalité en bloc : Takon est donc devenu un gentil Alien ) . Alors les choses se compliquent. Un méchant alien, on a le droit de l'exterminer à coup de Viakal, mais un gentil alien, non. Il faut le protéger, le nourrir, l'aimer, lui parler. Et pas question qu'il meurre par négligence ou parce qu'on lui a donné du nettoyant WC à la place du Slim Fast. Nan, nan, nan. Malgré toutes les précautions, il faut savoir qu'un Test Tub Alien a, à peu de chose près, la même espérance de vie qu'un poisson rouge en période de vacances d'été. Alors, préparez les grands frères et soeurs à ce déchirement et ce traumatisme que sera pour eux la mort de leur frère cadet.

Avec la Maman d'un camarade d'Henri à qui nous avons offert un test Tub Alien pour son anniversaire (comme elle était ravie cette Maman en découvrant l'alien dans son paquet cadeau !!!), nous avons déjà pris les choses en main. L'église Saint-Médard est d'ores et déjà réservée afin de célébrer, dans l'intimité, une messe d'adieu pour nos Test Tub Alien (en se mettant à deux familles, on limite ainsi les frais pour l'office). Il ne nous reste plus quà trouver un lieu digne de recevoir la dépouille de Takon.

PS : La famille vous remercie de ne pas envoyer de fleurs et de respecter sa peine.

20.02.2008

Pourquoi n'était-ce pas écrit dans le Pernoud ?

Neuf mois à grossir. Neuf mois à rêver de lui. Neuf mois à l'imaginer.

Et puis ................ la claque !

 

1) Le physique d'un Ange :

Je me souviens qu'aux cours de préparation à l'accouchement, la sage-femme nous avait demandé une représentation de notre enfant à naître, type dessein, collage, etc ... Jusqu'alors je la trouvais très bien cette sage-femme, mais là elle m'avait prise de cours. J'aurais pu découper la photo d'un bébé dans La Redoute, comme l'ont fait certaines futures Mamans, mais cela m'a semblé tellement aberrant que j'ai préféré m'abstenir. D'autres avaient dessiné au feutre ou peint des enfants : mais ils étaient si laids que même Picasso les aurait abandonnés à la DASS ! Quand ce fût mon tour de présenter mon chef d'oeuvre, les autres mères m'ont regardé d'un sale oeil puisque je n'avais absolument aucune toile, aucun bébé en papier mâché, aucun avorton en pâte à modeler bleue à exiber fièrement à toute l'assemblée.

"Madame, toute mère se représente son enfant d'une façon ou d'une autre !" m'a dit la sage-femme.

"Certes, mais je ne suis pas sûre que montrer un bébé décapité aux futures accouchées serait du meilleur gout ?"

Silence dans la sale.

"Mais pourquoi décapité ?"

"Tout simplement parce que je suis parfaitement incapable de m'imaginer la tête de ce bébé. En fait, quand j'imagine mon enfant, c'est un corps et uniquement un corps que je vois."

Comment voulez-vous leur dire que je n'ai absolument aucune envie que mon bébé ressemble à ces horreurs peinturlurées ? Comment leur expliquer qu'un nouveau-né n'est ni orange, ni vert ?

Mon cas ayant été débattu, (Les Freud ET Dolto en puissance ne sont décidément pas mes copines) on a pu passer à la future maman suivante (vous savez, celle qui vient toujours avec le Papa. Papa qui aimerait bien être la Maman, Papa qui fait la couvade, Papa qui demande : "qu'est-ce-que je fais quand ma femme allaite ? " Je lui aurais bien répondu : "tu bois une bière en regardant un match de foot" mais je ne suis pas sûre que l'assemblée aurait été une nouvelle fois sensible à mon humour. Bon, là, c'était juste pour l'anecdote)

Donc, sur le physique, je n'étais pas très forte. Tout ce que je voulais moi, c'était un bébé en bonne santé, bien rond et chauve. J'avoue, je n'aime pas les bébés avec des cheveux. Le jour de l'accouchement, la sage-femme me dit :

"Encore un tout petit effort, c'est presque fini, je vois ses cheveux."

" Vous êtes sûre ? Je n'aime pas les bébés avec des cheveux !"

" Il n'en a que très peu et ils sont blonds. Vous le gardez quand même ou on lui dit de retourner d'ou il vient ?"

" C'est bon, je pousse."

Finalement est arrivé un petit Henri, pratiquement chauve. Ouf, je n'ai pas été déçue sur ce coup là. C'est bien simple, c'était le plus beau bébé du monde. Et en plus, il avait une tête fournie avec, incroyable !!!

 

C'est après que nos rêves se transforment en cauchemars.

 

2) Mais faite-le taire ! 

Tout le monde sait qu'un bébé pleure. Mais ce qu'on ne nous avait pas dit c'est qu'un bébé peut pleurer, de préférence la nuit, pendant plusieurs heures. Impossible de le calmer, impossible de savoir pourquoi il pleure (hélas, ces petites bêtes ne parlent pas avant plusieurs mois). Et ça énerve. Ca vous énerve et ça énerve Monsieur également. Résultat, à trois heures du matin, Madame engueule Monsieur :

"Mais fais quelque chose bon sang. Tu vois bien qu'il pleure ! Ce n'est pas la faim, il vient de téter."

Monsieur rétorque : "C'est toi sa mère, tu sais mieux que moi. Calme-le, enfin."

Les parents crient et bébé pleure de plus belle. La nuit est foutue, la maman pleure d'épuisement et le Papa berce dangereusement son bébé en chantant : "Les oies sauvages vers le nord ...". Plus que cinq heures et il fera jour.

 

3) Un petit encas ? Tu parles !

Pour les tétées aussi, la réalité n'est pas toujours rose. On vous parle de fusion entre la mère et son enfant, d'amour incroyable, de sensations magnifiques. Tout ceci est vrai (ayant allaité mes deux garçons pendant six mois chacun, je sais que c'est vrai). Mais je ne suis pas pour autant une intégriste de la Leche League. Et je sais aussi que l'allaitement n'est pas toujours une partie de plaisir.

Commençons par la fameuse montée de lait. Parfois ça se passe bien : ce fût le cas pour mon premier garçon. Mais parfois, ça se passe mal aussi : ce fût le cas pour mon petit Franz. On vous dit :

"La montée de lait peut-être légèrement douloureuse".

Légèrement signifie que la jeune maman pleure tant elle a mal parce que ses seins ont pris des proportions hallucinantes, même pour Pamela Anderson. Des ganglions lui poussent sous les aisselles. Elle ne pense plus qu'à ses seins. Elle les trempe dans des saladiers d'eau chaude, leur fait des masques à l'argile, leur fait prendre des douches pendant des heures. Elle supplierait presque son mari de lui têter les seins tant elle souffre. Et finalement elle ne dit rien quand une puéricultrice de la PMI lui masse les seins afin de la soulager. Et elle s'en fout complètement qu'un papa venu faire peser son dernier-né n'en perde pas une miette. Elle a tellement mal qu'elle en oublie toute pudeur.

La galère ne s'arrête pas là, ce serait trop simple. Vos seins ont dégonflé mais Bébé Chéri est un vorace qui n'arrive pas à téter correctement. Voici venir les crevasses. Je passe sur la douleur fulgurante qu'on ressent à chaque fois que Bébé Chéri happe le mamelon ensanglanté. Tout le monde a compris, pas la peine d'en rajouter. Mais ce qu'on ne précise pas dans les manuels d'allaitement, c'est que votre sang est bu par votre enfant en même temps que votre lait mais qu'il ne ressortira de Bébé Chéri, sous forme de vomi, qu'à la tétée suivante, quand vos seins eux ne saigneront plus. D'ou la panique qui s'empare de vous quand votre enfant de quatre jours crache du sang : ne ferait-il pas une hémorragie ? Bien sûr Monsieur n'est pas là et vous voilà, seule, à six heures du matin en train d'enmener Bébé Chéri et son grand-frère aux urgences de Saint-Vincent-de-Paul, en bus. Elle a oublié de nous le dire ça Laurence !  Ce n'est pas beau de mentir par omission.

Je rassure les futures mamans, une fois cette pénible étape franchie, allaiter son enfant est l'une des choses les plus merveilleuses qu'il m'ait été donnée de faire.

 

4) Le caca, c'est la vie !

Un bébé fait caca et le changer fait partie des tâches que chaque parent doit accomplir. On le sait tous avant même que Bébé Chéri soit sur terre.  Ce qu'on ne sait pas c'est l'importance que revêt la défécation d'un enfant.

Qui ne s'est pas étonné en entendant ces parents s'ébahir devant les cacas de leur progéniture ?

"Mais ils sont dingues !" disions-nous. "Nous ne ferons jamais ça."

Et puis, la roue tourne. Un beau caca, est le signe premier de la bonne santé d'un enfant. Si il est trop mou : attention à la gastro ! Les puéricultrices le savent bien qui vous attendent chaque soir : "Votre fils a eu deux selles molles aujourd'hui !" Façon de vous dire que Bébé Chéri est dorénavant en quarantaine et qu'il va falloir trouver un autre moyen de garde. La gastro ne passera pas par la crêche. Vade retro Bébé Chéri !

Si le caca est trop acide (rapport à l'odeur et à l'irritation qu'il déclenche sur les petites fesses de Bébé Chéri), c'est le signe que votre enfant fait ses dents. A ce souci, s'ajoute les pleurs, car Bébé souffre (retour donc au petit 2, et là, on est vraiment dans la m**** !).

Si le caca est trop dur : Bébé Chéri est constipé. Changez votre alimentation en cas d'allaitement, préparez une purée d'épinards si votre enfant a déjà attaqué l'alimentation solide et tout rentrera dans l'ordre. Dans quelques jours, les cacas de Bébé Chéri seront à nouveau parfaitement moulés.

Si le caca de Bébé Chéri est granuleux, c'est juste que votre enfant a avalé tout le bac à sable. A ce propos, je tiens à saluer l'excellent travail de la Société Playmobil qui a eu l'ingénieuse idée de faire des pièces de trésor de Pirate bien dorées : ainsi, les couches de mon petit dernier brillent de mille feux, le comptage en est facilité et toute la famille s'émerveille des cacas de mon fils : on est fier, ça fait riche !!!

 

5) Ces petites choses qui nous pourrissent la vie :

a) Papa et Maman sont très fiers de toi ! Bébé Chéri piquera les jouets des autres enfants, il se battra, il piquera des crises et tout le monde se retournera pour voir quel enfant insupportable fait un tel raffût, il refusera d'avancer dans la rue sans raison aucune, juste vous faire tourner en bourrique, il dira à la gardienne de l'immeuble "Dis, pourquoi tu es si grosse ?", il refusera un jour de dire bonjour à sa grand-mère, il mettra les deux mains dans sa purée, il refusera de manger son jambon coquillettes alors qu'il adore ça habituellement .....

Désolée, mais votre enfant n'est pas mieux que les autres. C'est un enfant, tout simplement.

b) Deux grands-mères, deux grands-pères ? Ca fait pas un peu beaucoup tout ça ? : Les grands-parents sont des gens formidables qui vous soutiennent quoi qu'il arrive. NAN ! Les grands-parents sont des gens qui se permettent de commenter vos choix de prénoms d'une manière pas toujours agréable. Les grands-parents sont des gens qui remettent en cause vos principes éducatifs, parfois même devant votre progéniture. Les grands-parents sont des gens qui font le contraire de ce que vous leur avez demandé : "Pas de bonbon ce matin !" " Mais, je ne lui en ai donné que 4 ". Les grands-parents sont des gens qui vous disent " tu es bien contente de nous trouver pour garder tes enfants" uniquement parce que vous avez osé les contredire sur un point. Les grands-parents sont des gens très envahissants : "Tu m'empêches de voir mes petits-enfants ?" "Mais Maman, tu es déjà venue à la maison six fois cette semaine". Les grands-parents savent toujours mieux que vous : "Tu ne vas pas nous apprendre comment élever des enfants. On est passés par là avant toi ma petite." Il ne vous reste que deux choses à faire : couper définitivement le cordon et trouver une bonne baby-sitter !

c) Dors mon ange ! En ce qui conseille le sommeil des bébés, je me contenterai de citer Léo J. Burke : "Ceux qui disent dormir comme un bébé n'en ont pas."

Cette liste n'est pas exhaustive, mais je préfère m'arrêter là afin de ne pas vous saper le moral.

 

6) Et l'amour dans tout ça ? :

On peut tout écrire sur l'amour parents-enfants, mais les mots ne seront jamais assez forts pour évoquer sa puissance. On peut essayer d'imaginer cet amour pendant neuf mois, ce sera toujours bien en deça de la réalité. Et c'est pour cela qu'on recommence, car on n'est jamais déçu. Nos plus beaux rêves seront toujours bien ternes à côté de la réalité des liens qui nous unissent à nos enfants.

24.01.2008

Tic tac.

Tic tac. Comment en suis-je arrivée là ? Tic tac.

Avant, j'étais tranquille. Tic tac.

Avant, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tic tac.

Et puis, j'ai rencontré Alex, en 1991, j'avais dix huit ans. Tic tac.

Ma vie a changé. Tic tac. Doucement. Tic tac. Sournoisement. Tic tac.

Pendant la semaine, je vivais ma vie d'étudiante célibataire en province, tic tac, et je rejoignais Alex à Paris le week end. Tic tac. Tout allait bien. Nous faisions des projets d'avenir, tout doucement, à notre rythme : tic tac. Cela a duré cinq ans. Tic tac.

Et puis nous nous sommes mariés et nous nous sommes installés à Paris, tous les deux. Tic tac. Nos études terminées, le rythme ne changea guère : tic tac. Nous prenions toujours notre temps : le temps de vivre, tic tac, de profiter de nous, tic tac, le temsp de nous installer confortablement dans un nid douillet vraiment à nous : tic tac, une petite signature chez le notaire. Tic tac.

Ce rythme nous convenait parfaitement mais semblait déplaire fortement à notre famille. Tic tac tic tac. "Quand allez-vous faire un bébé ? " Tic tac tic tac. "Nous avons envie d'être grands-parents !" Tic tac tic tac. "Louise est stérile, n'est-ce pas ?" (Ce sont toujours les femmes qui sont stériles ! ) Tic tac tic tac. Ce rythme me donnait le tournis à chaque fois, alors je freinais des deux pieds pour retrouver un tempo plus adapté à mon caractère et à mes envies. Tic tac. Ouf, ça va mieux. Tic tac. Ecoutez cette douce musique : tic tac.

Et puis un jour, j'avais vingt neuf ans, sans comprendre tout d'abord ce qui se passait, le rythme s'est accéléré brutalement sans que ce soit la faute de mon entourage. Tic tac tic tac tic tac. Ca allait de plus en plus vite, de plus en plus fort. Tic tac tic tac tic tac. Je ne controlais plus rien. Tic tac tic tac tic tac. Et puis j'ai compris : mon horloge biologique faisait un tic tac infernal ! Tic tac tic tac tic tac. Je n'ai rien vu venir. Tic tac tic tac tic tac. Je me suis mise à avoir envie d'un bébé. Tic tac tic tac tic tac. Moi, Louise, incapable de prendre un enfant dans mes bras sans qu'il se mette à hurler à la mort,  je voulais un bébé !!! Tic tac tic tac tic tac. Je n'ai plus pensé qu'à ça. Tic tac tic tac tic tac. Il me fallait enfanter au plus tard à trente ans. Tic tac tic tac tic tac. Alex, qui avait jusqu'alors montré autant d'empressement à devenir père que moi avant la mise en pilotage automatique de mon horloge biologique, a dû se résoudre à me faire un bébé. Tic tac tic tac tic tac.  Quelques jours après avoir arrêté la pillule, j'étais enceinte. Et oui, je suis de ces femmes qui n'ont pas le temps de dire "ouf" que déjà elles sont enceintes.

Nous voulions un enfant du printemps ou de l'été ; ce fut parfait : Henri est né le 15 juillet 2003 et en plus j'avais trente ans. Nous voici donc avec un bambin.

Mais le chiffre un ne nous convenait pas. Nous voulions au moins deux enfants et non un enfant unique. Nous avons laissé un peu de temps, que le rythme se stabilise : tic tac.

Puis, en octobre 2004, la machine s'est à nouveau emballée. Tic tac tic tac tic tac. La surprise fut moindre, je commençais à maitriser les aléas de la machine infernale. Tic tac tic tac tic tac. Quelques jours après l'arrêt de la pillule, hop, à nouveau enceinte : l'enfant à venir naîtrait en juillet, nous étions ravis.

Mais c'était sans compter Dame Nature qui décida de faire un peu de tri dans tout ça. Dame Nature ignora le fait que nous avions annoncé ma grossesse à tout le monde et me fit faire une fausse couche le 24 décembre 2004. Un pur moment de bonheur quand l'interne de l'hopital vous assène froidement que vous êtes en train de faire une fausse couche spontanée : "Vous n'êtes pas la première, vous ne serez pas la dernière." Ajoutez à cela une belle-mère qui vous fait la tête parce que votre fausse couche vous oblige à annuler votre voyage : à cause de vous, elle ne va pas pouvoir voir son fils chéri ! Sans oublier le 25 décembre passé à vomir de douleur parce que l'interne n'a pas pensé à vous donner un cachet anti douleur, et à vous vider de votre sang : ce jour-là, le divin enfant est tombé dans les toilettes et c'est moi qui ai tiré la chasse d'eau. Suivant les préceptes de notre bonne vieille église, j'ai enfanté dans la douleur un 25 décembre, et ça, je peux vous dire qu'on n'est pas nombreuses à l'avoir fait !

Mon horloge biologique a été obligée de faire une pause. Plus de tic tac pendant quelques semaines.

Rien. Le silence.

Le silence, c'est épuisant et déprimant.

Mais mon heureuse nature a repris le dessus et, comme le printemps arrivait, Alex et moi avons communié avec elle. Tic tac tic tac tic tac. Il n'en fallait pas plus pour faire redémarrer le mécanisme. Tic tac tic tac tic tac.  Et hop, à nouveau enceinte. Quand je vous dis que je suis fertile.

Cette fois-ci, bébé a tenu le coup même si cela a été difficile pour sa maman, couchée de juillet à décembre. Le 29 décembre 2005, nous voici nantis d'un deuxième enfant.

Tic tac. Si mon horloge biologique s'est calmée, tic tac, le rythme à la maison lui s'est accéléré. Tic tac. Depuis, nous sommes crevés. Les rouages de mon horloge se sont un peu grippés et ne comptez pas sur moi pour la faire redémarrer : j'ai atteint mon quota de bambins. Tic tac. Parfois, surtout le dimanche matin, il nous arrive de regretter notre vie d'avant.  Hélas, une chose est sûre, une horloge biologique ne peut jamais remonter le temps. Tic tac.  

 

07.01.2008

Mes vacances de Noël !!!

J'avais décidé de prendre des vacances, comme vous avez pu le constater. Deux semaines sans vous, à me la couler douce. Deux semaines de pur bonheur. Deux semaines merveilleuses, calmes, tranquilles, paisibles ...

Tout d'abord, cinq jours délicieux et archi reposants au côté d'une mère hystérique pour cause de :

  1. Arrivée des ses deux petits-fils en vacances, petits-fils un peu remuants et excités du fait des cadeaux de Noël sur le point de dégringoler de la cheminée : "Comment se fait-il que tes enfants soient dans cet état Louise ? "  Moi dans mon fort intérieur : "Ils sont fatigués de leur trimestre, ils ont hâte de voir les cadeaux, il fait 26° dans le salon, ils ne sortent pas car tu es débordée, ils se couchent à pas d'heure car tu es débordée, ils te voient t'agiter, courir dans tous les sens et brasser de l'air car tu es débordée. Forcément, au bout d'un moment ça énerve tout le monde !"  
  2. Dîner du 24 décembre chez mon frère quelque peu perturbé du fait que ma belle-soeur a été malade comme un chien : Maman se sent obligée de faire la garde-malade et va enmerder ma belle-soeur qui fait l'effort de rester allongée dans le canapé du salon alors qu'elle serait dix mille fois mieux dans son lit .... sans ma mère. 
  3. Petit-fils malade comme comme un chien du fait d'une gastro : "Louise, tu n'as pas peur qu'il se déshydrate ? Louise, tu ne veux pas qu'on appelle le médecin ? Louise, tu ne veux pas qu'on l'enmène à l'hôpital ? Louise, tu ne veux pas t'en occuper ?" Moi dans mon fort intérieur : " AAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHH !!!!!!!"
  4. Préparation du déjeuner du 25 décembre du fait que c'est Maman qui invitait : "Louise, comment vais-je faire pour le pain, j'en ai commandé trop ? " Moi : "Tu le mets au congélateur !" "Mais, je n'ai plus de place au congélateur ! Je vais téléphoner à la boulangère pour annuler la commande. Ou bien, tu apporteras une baguette à tes grands-parents. Oui, mais si tes grands-parents ont déjà du pain ? Je suis embêtée avec ce pain ! " Moi dans mon fort intérieur :  "On s'en fout de ton pain en trop, tu le jèteras aux oiseaux dans le jardin !"
  5. Annulation de la venue de mon frère et de sa petite famille pour le déjeuner du 25 décembre du fait de l'état semi-comateux de ma belle-soeur, toujours malade comme un chien et donc obligée d'aller passer des examens à l'hôpital l'après-midi du 25 décembre : Coup de fil à mon frère : "Comment va Céline ? La pauvre, elle est mal ! Tu nous appelles dès que tu as du neuf ! La pauvre, elle est mal ! Veux-tu de l'aide ? La pauvre, elle est mal ! Tu nous rappelles bien dès que vous avez les résultats. La pauvre, elle est mal !"  Moi dans mon fort intérieur : " Pitié, pauvre de moi, je suis vraiment mal !!! et ma belle-soeur encore plus, si Maman continue, on va être obligés d'appeler le service réanimation ! "
  6. Non venue de mes grand-parents au déjeuner du 25 décembre du fait de la chute dont a été victime mon grand-père quelques temps plus tôt : "Louise, il faut que tu passes chez tes grands-parents ! Tu vas voir, ils sont de mauvaise humeur. A chaque fois que je passe, ils bougonnent et font la tête. " Moi, dans mon fort intérieur : "A chaque fois que TU passes, ils font la tête. Tu m'étonnes !"
  7. Départ de ma petite famille et moi même le soir du 25 décembre du fait de la reprise de boulot d'Alex. Alex et moi dans notre fort intérieur : "YYYYEEEEESSSS !!!!!! "

Bref, un Noël somme toute banal et joyeux. Nous sommes rentrés épuisés et avons dû appeler SOS Médecin pour Franz le 26 décembre car son état ne s'était pas amélioré. Nous sommes restés à Paris jusqu'au samedi, date de notre départ pour la Bretagne. Un temps de chien, une mère avec un caractère de chien et un enfant malade comme un chien : super cette première semaine de vacances de Noël !!! Enfin, voyons les choses du bon côté : à Paris, ma mère n'était pas là et ça ce sont des vacances !

La deuxième semaine des vacances a été bien plus réussie, bien que je sois allée chez belle-Maman. Enfin, pas tout à fait chez elle : nous habitons dans leur deuxième maison, ce qui nous laisse autonomes. Certes, le simple fait de dire "chez Belle-Maman" compromet le bon déroulement de nos vacances, mais force est de reconnaître que cette semaine fut particulièrement agréable. Ca s'est tellement bien passé que j'ai même discuté toute la journée et me suis promenée avec ma belle-mère, un exploit ! A nouvelle année, nouvelle Louise ! 

Il a fait beau en Bretagne lors de ces vacances, ce qui nous a permis d'enmener les garçons jouer à la plage et à la toute nouvelle aire de jeux en contrebas de la maison. Nous avons respiré l'air iodé, dégusté huitres et bar pêché par beau-Papa, bu du cidre et du champagne plus que de raison et fait des orgies de crêpes au petit-déjeuner et à l'incontournable gouter. Je crois que la promenade côtière en Bretagne ne sert finalement qu'à préparer son estomac en prévision du prochain repas, ce qui explique pourquoi il y a toujours "foule" sur le chemin douanier, quel que soit le temps et l'heure ! Nous avons également beaucoup lu dans la véranda face à la mer, relevant de temps à autre le nez de notre livre pour regarder les ligneurs partir pêcher le bar dans le Raz de Sein, la proue heurtant violemment les vagues une fois le Môle passé.  Le jour de l'an, profitant du beau soleil, j'ai enmené mon aîné faire un tour sur le front de mer. Une ambiance particulière s'était emparée des lieux. D'habitude, les retraités viennent parier au café-PMU qui surplombe la plage, mais 1er janvier oblige, le troquet habituellement plein était fermé. Nous avons rencontré quelques promeneurs et tout le monde se disait bonjour et se souhaitait une bonne année. Nous avons prolongé la promenade jusqu'à l'Hotel de ma tante qui avait fait le plein pour le réveillon de la Saint-Sylvestre : les clients, nombreux (l'hôtel affichait complet) venaient déjeuner tardivement, la fête s'étant terminée à 5h30. Les visages étaient heureux même si fatigués par une nuit de danse. Nous avons marché face au vent pour rentrer à la maison et avons pu alors attaquer le premier déjeuner de l'année 2008. Le vent, ça creuse !!!

Certes, ces vacances sont belles et bien terminées mais je suis ravie de retrouver mes petites habitudes de parisienne et surtout  de ... VOUS retrouver pour de nouvelles aventures bloguesques, de lire vos blogs et vos commentaires. Parce qu'il faut que je vous avoue une chose : vous m'avez manqué ... mais un petit peu seulement hein ! Enfin, je suis revenue : allez, c'est reparti !!! 

 

 

18.12.2007

Comme il est mignon !

Nathalie et Stéphane

ont l'immense joie de vous annoncer

 la naissance de leur fille

JULIE

le 18 décembre 2007.

 

Combien de fois avez-vous reçu ce type de faire-part et combien de fois vous êtes-vous rendue à la maternité avec un joli cadeau de naissance pour le nouveau-né, mais sans fleurs car les fleurs c'est mauvais pour les bébés (c'est écrit dans le manuel du savoir-vivre à la maternité) ? Des tas de fois n'est-ce pas ? Réjouissez-vous, vous allez y retourner aujourd'hui, je vous y enmène.

Ca ne vous arrange pas aujourd'hui ? Votre patron vous a surchargée de travail et la nounou vous a appelée en catastrophe au bureau car vos enfants sont malades ? Oui, mais il n'y a qu'aujourd'hui que c'est possible car demain, mercredi, votre copine rentrera déjà chez elle et comme vous aviez promis d'aller la voir à la maternité ... Pour ne rien arranger, vous n'avez pas pu acheter le cadeau en avance car votre amie a eu l'idée lumineuse d'attendre le jour de la naissance pour apprendre au monde entier le sexe de l'enfant. Remarquez, il y avait une chance sur deux pour que ce soit une fille.

Il ne vous reste donc plus qu'à courrir les magasins ce midi tout en avalant un infâme sandwich. Vous appelez aussi votre mari en urgence pour qu'il récupère les enfants chez la nourrice et les enmène en catastrophe chez le pédiatre. Votre époux vous fait une scène au téléphone car il est en plein rendez-vous professionnel : "Elle n'aurait pas pu accouché un autre jour ta copine ? Je fais comment moi ? "  A dix sept heures, vous vous eclipsez discrètement du bureau. Direction la maternité qui, bien évidemment se trouve à l'autre bout de Paris et n'est pas sur la ligne de métro : vous avez trois changements à faire plus un quart d'heure de marche.

Vous arrivez à 17h45, épuisée, frappez et entrez dans la chambre de votre meilleure amie. Son teint oscille entre le gris et le orange pour cause d'anémie, mais cela ne vous empêche absolument pas de vous écrier : "Valérie, comme tu es radieuse ! Tu as l'air fraîche comme une rose. On sent la jeune Maman parfaitement épanouie. Tu me donneras ta recette pour paraître aussi fringante après un accouchement !" Malgré vos compliments d'une sincérité touchante, votre amie s'écroule en larmes dans vos bras. Sur ce, son mari Stéphane, que vous n'avez jamais supporté et réciproquement, s'empresse de vous jeter des regards lourds de reproches au lieu de s'en prendre aux transformations hormonales post naissance. Finalement, Valérie cesse de sangloter et de se moucher bruyamment dans votre chemisier en soie sauvage et vous présente son bébé.

Une règle, ou plutôt LA REGLE : toujours, toujours, toujours s'extasier. "Comme il est mignon ! Il est choux ! Je n'ai jamais vu un bébé aussi beau !" Et ce, même si la boule de chair vagissante qu'on dépose dans vos bras est rouge voire bleue, toute plissée et baveuse. Si vous voulez  en profiter pour vous accorder un petit plaisir, vous avez le droit de dire avec un grand sourire : "Comme il est beau, il a l'air tellement intelligent ! C'est tout le portrait de son Papa ! " Le Papa en question ne comprendra pas l'allusion et vous gratifiera en prime d'un sourire reconnaissant. Jubilatoire.

Maintenant, il est temps de remettre votre présent à la Maman qui n'en a cure tant elle est épuisée. Elle dépose la ravissante robe en organdi blanc de chez Bonpoint qui vous a couté la peau des fesses sur le plateau repas graisseux puis vous regarde d'un air las, vous signifiant ainsi qu'il est grand temps de la laisser seule avec son époux et son mari. Mari qui, au passage, vous dira : "Mais quelle idée tu as eu aussi de passer si tard. Tu sais pourtant bien que les visites ne sont plus autorisées à partir de dix huit heures." Alors, ce cher Stéphane vous met de dehors en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

Vous retournez chez vous, à l'autre bout de Paris. Les trois changements vous font perdre un temps précieux. Quand vous ouvrez la porte de votre appartement, vous êtes bonne à coucher. Aujourd'hui, vous avez donc bossé comme une dingue pour terminer vos dossiers au plus vite, mangé un sandwich dégoutant, dépensé une fortune dans une robe taille trois mois que la petite Julie ne portera que deux fois et passé une heure trente dans le métro afin de voir votre amie qui, finalement, n'avait aucune envie de vous voir tant elle était fatiguée.

L'amitié, c'est beau comme un nouveau-né !

26.11.2007

La France, fille aînée de l'Eglise.

Monsieur et Madame de Montenac quittent leur appartement familial gracieusement prêté par le Ministère des Armées, avenue Duquesne. Mais je devrais dire Général car Monsieur a fait Saint-Cyr puis toute sa carrière dans l'Armée de Terre, comme l'avaient fait son père, son grand-père et son arrière-grand-père avant lui. En fin de carrière, il a été muté à l'Ecole Militaire voisine en remerciement des bons services rendus à la Patrie. De ses nombreuses missions à l'étranger, il garde quelques photos, des souvenirs, des amitiés viriles indestructibles et des médailles qu'il arbore fièrement au revers de son uniforme les jours de cérémonie aux Invalides. Avant, les missions duraient trois ans, on enmenait toute la famille en Afrique ou en Guyane, on avait des boys qui se chargeaient des repas et de l'amidonnage des uniformes blancs de rigueur dans les pays chauds. C'était le temps béni des colonies. Alors que maintenant, les militaires partent seuls quelques mois en entraînement au CEFE (Centre d'entraînement à la forêt équatoriale) pendant que Madame reste avec les enfants en métropole.

Mais il est temps d'aller à la messe. Ils pourraient très bien se rendre à Saint-François-Xavier, toute proche mais ils préfèrent la rigueur de Saint-Nicolas du Chardonnet, dans le Vème arrondissement. Certes, c'est plus loin mais aujourd'hui, la famille n'étant pas au grand complet, ils pourront s'y rendre en voiture. L'aîné, qui a brillament réussi le concours d'entrée à Saint-Cyr, suit déjà les traces de son père. Le week-end, il reste à Rennes avec quelques amis avant de rejoindre l'école de Coetquidan le lundi. Les trois garçons suivant se préparent à faire de même : ils sont internes au Prytanée national militaire de La Flêche. Ils ne reste donc à Paris que quatre filles sur cinq (l'aînée, Jeanne-Gabrielle est entrée dans les ordres il y a déjà deux ans de cela) et le petit dernier, encore trop jeune pour être envoyé à l'internat. Le Renault Espace peut démarrer. Ce soir, ils ne rencontrent même pas de difficulté pour se garer dans le quartier, les gauchistes ayant déserté la Mutualité ce week-end.

Sur le parvis de l'église, les enfants retrouvent leurs amis. Les garçons ont les cheveux rasés sur les tempes et en forme de petit steack sur le haut du crâne. Ils portent un chino biege, une chemise en vichy bleu ciel aux manches roulottées, des mocassins Weston sur des chaussettes en jacquard Burlington et une veste Barbour. Les filles semblent s'être également arrêtées aux années quatre vingt avec leur chemisier au col relevé qui retient un carré Hermès, leur jupe bleu marine droite ou carrément plissée, leurs mocassins plats toujours bleu marine et leur duffle-coat sans âge qui a appartenu aux soeurs aînées. Les plus petits sont en total look Cyrillus avec knickers en velour côtelé ou robe à smocks en flanelle rose pâle. Le Général et Madame saluent des connaissances puis entrent dans l'église suivis de leurs enfants, les grands tenant la main des plus petits.

La messe, en latin, débute. Les fidèles sont plein de ferveur. Certains s'allongent face contre terre. Tous chantent, même les plus petits qui connaissent comme les grands toutes les paroles sur le bout des doigts. Tous vont communier et prient pour le salut de Monseigneur Lefèbvre, excommunié par Rome en 1988 et décédé en 1991. A y regarder de plus près, certains semblent être entrés en transe. Puis, la messe prend fin. La foule sort exsangue de s'être tant donnée à Dieu.

Sur le parvis, des petits groupes se forment. Certains évoquent cette messe magnifique. Les parents discutent entre eux des dernières bulles de sa Sainteté. Les enfants prévoient une retraite au Monastère de Prouilhe ou un pélerinage à Notre Dame de la Salette cet hiver, avant de filer dans l'appartement d'un des leurs. Chaque samedi soir, une fête est organisée par les parents à tour de rôle. Les enfants y rencontrent ainsi leurs futurs époux et épouses. C'est comme ça que Yolaine de Montenac, la deuxième fille du Général, a fait la connaissance de Charles-Gustave de Clévy, cinquième fils d'un Amiral à la retraite. Les fiancailles auront lieu dans quelques semaines, juste avant que le futur marié, médecin militaire, ne parte en mission au Kosovo pour six mois. A son retour, les jeunes gens se marieront. Le frère cadet du Général, le Père de Montenac, uniera sa nièce au jeune militaire en son église. Le nouveau couple n'aura pas le temps de partir en voyage de noces, une nouvelle mission est d'ores et déjà prévue. Ils ne passeront que quatre jours ensembles mais cela suffira pour que la toute nouvelle Madame de Clévy tombe enceinte. La future maman passera les neufs mois de sa grossesse chez sa mère et accouchera chez les soeurs, sans son époux retenu en Afghanistan. Le Papa fera connaissance avec son fils trois mois plus tard, lors d'un bref séjour en France. Yolaine tombera à nouveau enceinte, juste avant que son époux ne soit rappelé sous les drapeaux. Ils auront ainsi cinq enfants en six ans. Et tous suivront à leur tour le même parcours que leurs parents : camps Scout, La Flêche ou Notre-Dame des Oiseaux, le mariage pour les filles, la carrière militaire pour les garçons, les Ordres pour certains d'entre eux.

Le Général de Montenac, au crépuscule de sa vie, posera pour la postérité dans son uniforme impeccable au milieu de ses trente sept petits enfants. Il partira fier d'avoir mené à bien sa mission, d'avoir donné à la France et à l'Eglise des serviteurs zélés et droits dans leurs bottes. Ses fils, ses petits-fils et ses gendres formeront une haie d'honneur de leurs sabres au passage de son cercueil sur le parvis de cette église ou il a tant et tant prié pour les siens. 

21.11.2007

Mon Papa Alex.

Bonjour, je suis Henri, j'ai quatre ans et c'est mon tour aujourd'hui d'écire sur notre Papa Alex. C'est moi qui ai pris l'habitude d'appeler mes parents ainsi. Non, nous ne formons pas une famille recomposée avec Maman n°1, Maman n°2, Maman n°3 et Papa n°1, Papa n°2, Papan°3. Mais comme il y avait Papy cailloux, Mamie cailloux, Papy bateau et Mamie bateau, il y a eu Papa Alex et Maman Louise.

Papa Alex est vraiment super chouette.

Tout d'abord, Papa travaille la nuit. Enfin, travaille est un bien grand mot. Disons qu'il quitte le domicile conjugal vers 23 heures, passe ses nuits avec des stripteaseuses et autres créatures de la nuit et revient au peit matin l'air de rien. Une petite parenthèse : je crains que ma Maman Louise ne soit limitée intellectuellement. Quelle femme censée laisserait son mari rejoindre tous les soirs des effeuilleuses et libertines ? Mais c'est leur problème après tout. Et puis moi je suis gagnant car dans la journée Papa est souvent à la maison. Le matin, il dort et l'après-midi, il vient me chercher à la sortie de l'école. Ensuite, nous filons en famille au parc et le soir, c'est lui qui me donne mon bain. Vous en connaissez beaucoup des papas disponibles comme ça en pleine semaine ?

Avec mon Papa, on fait plein de trucs sympas: on va à la forêt, dans les musées, pêcher des bigorneaux, à la piscine. Cet été on va même camper pour la première fois. Papa joue avec moi, passe trois heures à monter un camion Légo que je casse en une minute trente. J'adore quand il m'enmène avec lui et qu'on est tous les deux, sans Maman et sans Franz surtout. On est ainsi allés au cirque, à la fête forraine sous la verrière du Grand Palais, au POPB voir des courses de voitures. Des trucs de mecs entre mecs. On est même allés voir des stripteaseuses dans un bar. Nan, je rigole ... mais j'attends. Plus que treize ans, huit mois, un jour et trois heures !

Dans l'ensemble, il est plutôt sympa mais parfois, il s'énerve et ça me fait un petit peu peur. Dans ces cas là, je vais me cacher sous ma couette. Maman essaie de le tempérer mais n'y parvient pas toujours. Je pleure. Si je n'ai vraiment pas été sage, mes parents me laissent pleurer mais si Papa s'est laissé emporter (il s'énerve plus vite que Maman dans l'ensemble), Maman vient me consoler et me fait un gros calin.

Je l'aime ma Maman et lui dis que je suis son amoureux. Elle me réponds que ce n'est pas possible, que son amoureux c'est Papa et ça me rends triste. Je n'en crois rien : comment ma Maman si douce et si belle peut avoir épousé mon Papa alors que c'est moi qu'elle épousera quand je serai devenu grand ? Et puis elle n'a pas pu épouser un type qui passe ses nuits avec des effeuilleuses, des danseuses de cabaret, des meneuses de revue ou encore des libertines. Ah mais, j'oublie une donnée : Maman n'est pas très futée.

 

Mais quelle famille !

20.11.2007

Ma Maman Louise.

Bonjour, je suis Franz, le fis cadet de Louise, j'ai vingt deux mois et aujourd'hui, je troque ma tétine contre la plume. Vous ne me croyez pas ? C'est impossible, dites-vous ? C'est que vous ne venez pas souvent sur ce blog, sinon vous sauriez que tout est possible ici. Même les bancs parlent chez nous. Mon grand frère de quatre ans, Henri, est capable de lire les gros titres du magazine Entrevue et personne ne cille. 

Mais il faut dire que nous sommes des enfants précoces. Je sais ce que vous allez me répondre : "Tous les parents ont des enfants précoces. Actuellement, c'est à la mode." Et c'est vrai qu'on entend à la sortie de l'école : "Antoine a un QI bien supérieur à la moyenne." "Agathe  a une intelligence hors du commun." et les parents viennent harceler la directrice de l'école maternelle pour que leur rejeton, surdoué il va sans dire, saute une classe.  Mais vous en connaissez beaucoup des enfants de vingt deux moi et quatre ans qui tiennent un blog ? CQFD !

Donc, aujourd'hui, c'est moi qui écris sur ma Maman Louise et demain, ce sera au tour d'Henri de faire une note sur notre Papa Alex.

 

Ma Maman, vous pensez qu'elle est pleine d'énergie mais vous vous trompez. Bien que je sois le plus petit de la famille, c'est moi qui me lève le plus tôt, vers sept heures, prafois même six heures. Et bien Maman n'accourt pas pour me prendre dans ses bras, elle traîne des pieds, a les cheveux en bataille et l'air hagard, puis dans un soupir, me soulève péniblement alors que je ne pèse que douze malheureux kilos. Chaque matin, invariablement elle me dit : "Bonjour mon ange, mais pourquoi ne veux-tu pas faire la grasse matinée ? Elle me donne des baisers mais je sens bien qu'elle préfèrerait être dans son lit. Pour la forcer à se bouger les fesses (ce n'est pas parce qu'on est dimanche et qu'il est 6h30 qu'on a le droit de lézarder, est-ce-que je lézarde moi ?), je réclame mon biberon avec force cris et pleurs. Ca marche à tous les coups : elle s'active car elle a peur que je réveille toute la maisonnée et les voisins au passage. Ensuite, on déjeune tous les deux. C'est l'un des moments que je préfère car j'ai ma maman pour moi tout seul et puis, après avoir bu son thé bien chaud, elle semble apaisée et me fait plein de calins.

Sa douche achève de la réveiller totalement et là, attention, ça déménage. Elle bouge, court dans tous les sens, range, lave, nettoie. Un ouragan. Elle me fatigue ma mère ! Faudrait lui dire de se calmer, lui dire que les vrais problèmes sont à Bagdad. Elle est limite maniaco-dépressive et comme moi j'aime bien mettre le bazar dans la maison, parfois nos relations sont tendues. Il faut la voir hurler quand je renverse la boîte de Légo sur le tapis et qu'ensuite je shoote dans le tas. Elle vitupère, lève les bras, s'énerve. J'adore, ça m'amuse. J'ai remarqué que plus je rigole, plus elle s'énerve. Alors j'en profite, ça me fait marrer. Il faut l'entendre crier (ma mère crie beaucoup) "J'en ai marre !" tandis qu'elle est à quatre pattes en train de récupérer à l'aide d'un couteau les petits morceaux de Légo coincés entre les lattes du parquet. Je monte ensuite sur son dos pour faire du cheval mais ça l'amuse moyennement et elle se cabre.

Parfois, Maman me brime. Elle ne comprend pas mon goût prononcé pour la physique et les arts. C'est le problème majeur que rencontrent les parents d'enfants précoces : ils sont souvent dépassés par leur progéniture. Commençons par la physique : j'aime étudié la gravité. Pour cela, je jette tout ce qui me tombe sous la main (admirez au passage le jeu de mots d'un enfant de 22 mois !) depuis ma chaise haute. Mais Maman fait ses gros yeux noirs comme elle dit. Je n'ai pas osé lui dire que ses yeux n'ont jamais été de cette couleur puisqu'ils sont marron, mais Maman n'est pas à une contradiction près.  Idem pour mon sens créatif auquel elle n'est absolument pas réceptive. J'aime peindre. Enfin, peindre est une façon de parler car je n'utilise ni peinture, ni pinceau, ni toile. Moi, je projette, c'est plus conceptuel. En effet, je prends dans ma bouche quelques cuillérées de purée d'épinards que je projette donc, sur une surface humaine, en l'occurence ma mère. Elle devrait s'extasier devant mon sens artistique si développé, crier au génie. Au lieu de ça, elle hurle que son chemisier blanc est foutu : que des détails purement matériels quand je pense élévation spirituelle. Pathétique !

Quand je sens qu'elle est vraiment à cran et que, du coup ça risque de chauffer pour mon postérieur (elle ne tient même pas compte des directives européennes qui proscrivent la fessée), je m'approche d'elle tout doucement, prends son visage entre mes mains, frotte mon nez contre le sien et  sens que ma punition s'envole. Elle se fait avoir à chaque fois. Elle est un peu naïve ma mère quand même.

Mais je lui pardonne car Maman prend ma défense quand des plus costauds que moi m'embêtent au parc, quand le voisin ouvre la fenêtre dans la cage d'escalier alors que c'est dangereux pour mon grand frère et moi, quand mes grands-parents maternels s'entêtent à m'appeler "Coco joli" et à me parler comme si j'étais un demeuré qui ne comprend rien. Le jour de ma naissance, Mamie et Papy sont venus me voir à la maternité et la première chose qu'ils aient trouvée à dire, je m'en souviens comme si c'était hier, a été : "Franz, ça n'est pas très joli comme prénom. On n'aime pas du tout." Ils avaient déjà fait le coup à mon frère Henri deux ans et demi plus tôt. Et mon arrière-grand-tante d'en rajouter : "C'est dur Franz pour un bébé." Et bien je peux vous dire que ça ne fait pas plaisir. Premièrement, on ne reste pas bébé longtemps. Deuxièmement, Coco joli c'est quand même beaucoup plus ridicule que Franz.  Troisièmement, ce n'est pas parce que je suis un bébé qu'il faut bêtifier : je peux dire jouet à la place de joujou, voiture à la place de vroum vroum et pompier à la place de pin pon. Et je ne parle même pas du ton employé ! "Non Mamie, je ne suis pas un crétin. Oui Mamie, tu peux me parler normalement."

Non mais, de quoi je me mèle ? Et même si ça ne leur plait pas, ils n'ont qu'à se taire, ce ne sont pas mes parents. Pour me venger, j'ai régurgité mon lait sur le chemisier de Mamie, bien fait ! Et moi, mon prénom je l'aime beaucoup parce que c'est ma Maman qui l'a choisi et ma Maman, c'est la meilleure. Na !

 

16.11.2007

C'est pas joli joli.

Approchez-vous. Plus près. Ce que je vais vous dire doit rester entre nous. Je vais vous raconter une histoire. Enfin, pas tout à fait une histoire car tout ce dont je vais vous parler relève de la stricte vérité. Il ne faudrait pas que cela se sache. Pourquoi ? Mais parce que cela concerne des milieux biens sous tout rapport, des gens au dessus de tout soupçon, la crême de la société. Un milieu que vous ne pourrez sans doute jamais pénétrer ... mais c'est peut-être mieux pour vous ! 

(âmes sensibles, abstenez-vous).

Monsieur et Madame habitent dans le XVIème arrondissement de Paris. Le couple pèse 28 millions d'euros. Lui est patron d'une grande entreprise et négocie ses contrats directement avec les chefs d'état. Il est bien sur très pris par son travail et voyage aux quatre coins du monde. Elle ne travaille pas. Quand elle est à Paris, elle passe ses journées chez le coiffeur et l'esthéticienne, fait du shopping rue du Faubourg Saint-Honoré ou avenue Montaigne et se fait photographier par les journalistes mondains du Figaro dans toutes les grandes soirées parisiennes. Monsieur et Madame se croisent à l'occasion de dîners d'affaires qu'elle organise pour son époux, lors de soirées caritatives à l'Hôtel Crillon ou encore à l'Opéra ou ils sont invités à toutes les premières puisque l'entreprise de Monsieur fait partie des plus grands mécènes de la vénérable maison. 

Depuis bien longtemps, Monsieur et Madame font lits séparés, depuis la naissance de leur fils unique en fait. Le divorce n'est pas envisageable : Madame est l'héritière de l'entreprise que dirige son mari ! On appelle cela un mariage de raison : elle apporte l'entreprise de Papa en dot, lui son savoir-faire. Et tout le monde est content. L'amour me direz-vous ? Mais l'amour, quand on pèse 28 millions d'euros, n'entre pas en ligne de compte. Pourtant, quelqu'un en a fait les frais.

Le fils, unique héritier, se sent bien seul entre un père trop pris par sa carrière et une mère dont l'instinct maternel s'est limité à payer une fortune une nurse pour l'élever. L'enfant a mangé seul dans la vaste cuisine high-tech, a joué seul dans les trois cent cinquante mètres carré avenue Foch. A l'adolescence, ses parents lui ont offert un mois de vacances aux States, seul encore. Là bas, il a découvert la drogue qu'il a continué à prendre une fois rentré à Paris. Pas très difficile de s'en procurer dans les boîtes à bac du XVIème arrondissement. Dans les établissements de nuit du VIIIème, il hésite l'air blasé entre une bouteille de Cristal Roederer ou un magnum de Dom Pérignon, va au toilettes accompagné de deux ou trois copains et en ressort le nez plein de poudre. Mais Papa et Maman ne remarquent pas la descente aux enfers de leur rejeton, bien trop occupés.

Pendant ce temps, Monsieur continue ses voyages à travers le monde. Parfois, au retour de l'aéroport, il passe boulevard Ney et se tape, dans sa Mercedes classe S, un travesti nord-africain séropositif : après le stress des négociations commerciales, la montée d'adrénaline procurée par des rapports non protégés avec la lie de la société l'excite au plus haut point. Quant à Madame, elle se partage entre ses obligations mondaines parisiennes, son nouveau pied-à-terre new-yorkais et ses escort boys qu'elle embauche de plus en plus souvent pour combler sa solitude.

Fiston grandit. Il échoue lamentablement au baccalauréat mais poursuit sa plongée dans les profondeurs des stupéfiants. Même ses parents se sont rendus compte de sa dépendance. Papa lui offre cure de désintoxication sur cure de désintoxication, mais rien n'y fait. A trente ans, seul une fois de plus, il s'endort tout doucement devant sa télé pour ne jamais se réveiller.

Papa est contraint de décaler un rendez-vous très important pour assister à l'enterrement, Maman achète une robe noire chez Chanel et va chez le coiffeur pour être présentable à l'église. Ils disent : "Depuis le temps qu'on s'y attendait !" sans verser la moindre larme. Pour la première fois de sa courte vie, l'enfant n'est pas seul.