16.05.2008
Pour Louise sonne le glas.
Chez moi, la mort tient une place importante en ce moment. Vous avez d'ailleurs pu le constater avec mes notes Cluedo qui relataient mon "assassinat" ou encore la fausse annonce concernant le vrai-faux décès de Pascal Sevran. De plus, nous avons décidé d'aller visiter les Catacombes à Paris (pas de chance, c'était exceptionnellement fermé ce dimanche) et nous n'avons de cesse de lire aux enfants des livres concernant les habitudes mortuaires des Egyptiens ou des Incas. Nous avons également une petite collection de crânes d'animaux trouvés ici ou là au gré de nos promenades. Ainsi que l'a fort bien dit Pierre Goubert dans son étude "Louis XIV et vingt millions de français", "le cimetière était au centre du village comme la mort était au centre de la vie", nous apprenons aux enfants que la mort fait partie de la vie, nous ne la cachons pas. Nous l'apprivoisons à notre manière, car, hélas, nous aurons affaire à elle un de ces jours. Je vous l'accorde, le plus tard sera le mieux.
A ma mort, je n'arrive pas à me décider : crémation ou inhumation ?
La crémation ? Le fait qu'il ne reste plus rien me gêne. De plus, je trouve le cérémonial de la crémation fort pénible pour les proches : attendre que la dépouille brûle dans ces énormes machines me déplait fortement. Je passe rapidement sur le coup de vent impromptu qui envoie vos cendres dans la décharge située derrière la plage plutôt qu'en mer ou il était prévu qu'à l'origine elles terminent leur course : "Zut, Louise s'est envolée vers la déchetterie !" ; reconnaissez que ça fait désordre.
Parlons alors de l'inhumation. Je déteste les cercueils clinquants avec du taffetas à l'intérieur, le plus simple sera le mieux. Jeter une poignée de terre sur le cercueil d'un membre de ma famille prêt à être enterré est impossible à faire pour moi. Quant à la pensée d'être bouffée lentement mais sûrement par les petites bêtes, ça me chagrine un tantinet. Enfin, être enterrée dans les affreux cimetières français et lequel (grande question !), ne me convient pas et le fait que cela oblige mes proches à entretenir ma foutue tombe en marbre horrible et froid ne m'incite guère à choisir cette solution. Je préfère qu'on se souvienne de moi comme ça, de temps en temps, au gré de ses humeurs, pas uniquement à la Toussaint parce qu'il faut.
En fait, il y a une solution qui me plairait. Mais hélas, elle n'existe pas encore en France et fait hurler les fous de la dalle en marbre rose. C'est la transformation de mes cendres en une pierre qu'on peut ensuite faire monter en bijou. C'est kitsch mais ça me plait ! Ainsi, je serai toujours encore un peu avec ma famille. Certes, il faut que je passe d'abord par la crémation mais je veux bien faire une petit effort. Et puis cette transformation de mon corps en cailloux ne se pratiquant que de l'autre côté de l'Atlantique, ce sera l'occasion pour mes enfants et pour moi dans ma petite urne de faire un petit voyage. Toutes les occasions sont bonnes !
Le problème de ma dépouille est donc réglé. (il va quand même falloir que je me décide à aller consigner tout cela chez le notaire. A bientôt quarante ans il est temps, sinon on va m'enterrer de force dans un cimetière qui ne me plaira pas quand ce sera mon heure)
Maintenant, se pose la question de la cérémonie.
Tout d'abord, seuls mon mari, mes deux garçons, mon père et ma mère et mon frère seront autorisés à voir ma dépouille à la morgue. Les autres ? Dégagez, y a rien à voir. Pas question que toute la smala défile devant moi comme en Bretagne pour voir quelle tenue je porte, comment je suis coiffée et si l'on m'a bien maquillée : "Tu as vu sa tête ? Ils ont forcé sur le rouge à lèvres. Même que ça déborde ! " Je porterai un pantalon cigarette noir parce que je suis plus à l'aise en pantalon qu'en jupe, un haut blanc sobre, une écharpe rouge parce que sinon j'ai toujours mal à la gorge et que le rouge est ma couleur préférée, des ballerines noires et basta. Alex aura récupéré mon alliance et ma montre. je tiendrai dans mes mains des dessins de Franz et Henri, un petit objet que chacun de mes enfants aura bien voulu me remettre au moment de nous dire au revoir, de même pour Alex. J'aurai aussi une vieille paire de pointes datant de ma vie de danseuse. Et c'est tout parce que le cercueil du troisième millénaire ce n'est pas non plus le tombeau de Touthankamon ! Maintenant, vous pouvez m'embrasser si vous faites partie des six personnes autorisées et fermer cette p***** de boite.
Pour l'Eglise, j'ai ce qu'il faut : Saint-Médard ou rien et à condition que ce soit jour de marché , donc pas un lundi. Les fleurs ? Pas de tombe, pas de fleurs. Juste un bouquet de fleurs blanches (des pivoines si c'est la saison) sur mon cercueil. La musique ? Des extraits de la Sylphide ou du Royaume des Ombres de la Bayadère me satisferont pleinement, hommage discret à mes années de danse. Pas de curé qui dise à l'assemblée que j'ai pêché ! Merci mais je n'ai tué personne, seulement eu l'envie d'assassiner belle-maman et même si j'étais passée à l'acte, cela aurait été rendre service à beaucoup de monde. Maintenant que tous les problèmes d'ordre religieux sont réglés, on ne va pas rester une éternité ici (quoique, moi, maintenant, je pourrais), on a autre chose de plus intéressant à faire.
En effet, il suffit de traverser la rue pour qu'on se retrouve tous, enfin vous parce que moi je suis dorénavant condamnée, non, ni aux Limbes, ni à l'Enfer, je vous vois venir avec vos gros sabots ! mais au Paradis, moi aussi j'y ai droit ! Revenons à nos moutons : vous traversez la route car vous avez rendez-vous à l'étage du Saint-Médard : plus l'Eglise, le bar ! Ah, je sens que le sourire revient. C'est le curé qui a parlé mais c 'est vous qui avez soif ! Tout le monde prend un bon remontant et y va de sa petite anecdote sur la défunte, en l'occurence moi.
" Mais, chut ! Son mari va faire son éloge funèbre," entend-on dans les rangs. En effet, comme j'avais envie de savoir ce que dirait de moi Alex dans un moment pareil, je lui ai expressément demandé de faire, un peu en avance, mon oraison. Voici ce que ça donne :
"Elle ressemblait de plus en plus à sa mère...il valait mieux qu'elle parte....d'elle même.... allez les filles, on y retourne?"
Mon Dieu, j'aurais mieux fait d'attendre d'être morte !
08:26 Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, mort, enterrement, oraison funèbre