27.02.2008

No cinema for old Louise.

Hier soir, Alex m'a traînée au cinéma afin de voir "No country for old men", des frères Cohen, avec Javier Bardem en psychopathe et Tommy Lee Jones en flic fatigué du Texas. Je ne suis pas fan de l'univers froid et pesant des frères Cohen, mais je vais voir leurs films par curiosité. Je reconnais qu'ils sont très forts pour installer cette atmosphère si particulière à leurs films. On retrouve dans leurs oeuvres des paysages américains désertiques et très faiblement peuplés, des lieux ou personne ne s'arrête jamais, des petites villes de l'Amérique profonde ou il ne se passe jamais rien, bien loin des préoccupations des grandes métropoles de l'est ou de l'ouest des Etats-Unis, des bicoques sans charme, des mobil-home. On rencontre un peu toujours les mêmes personnages : dans No country for old men, des habitants qui trainent leur vie en attendant leur fin, des flics sans aucune motivation et dépassés, des personnages laids (sauf la jeune femme du type traqué, qui elle représente la pureté),  Et puis, bien sûr, un dingue.

En maniant tous ces composants avec dextérité, les frères Cohen sont incroyablement bons à donner à leur film une ambiance lourde et pesante ; tellement pesante qu'aux nombreux traits d'humour noir, la salle reste silencieuse, comme tendue. Il semble que les spectateurs retiennent leur souffle pour la scène suivante.  Il faut dire que, question violence, ils n'y sont pas allés de main morte. Violence gratuite dès le départ, scènes de crimes avec une multitude de corps en décomposition (bruits de mouches inclus), opération "chirurgicale" auto-pratiquée, personnage vomissant de douleur : on a le droit à tout.

Tout  cela me gêne un peu. Je comprends qu'on puisse devenir aficionado des films des frères Cohen, mais moi, je n'accroche pas du tout. Si bien que je me suis ennuyée à cent sous de l'heure. Le film est long : deux heures vingt ! Certes, les lenteurs du film sont là pour accentuer l'effet pesant sur le spectateur et, en général, c'est réussi. Mais je n'ai pu m'empêcher de regarder ma montre et de me dire " quand est-ce-que  ça va finir ?" On s'attend à une montée en puissance, à un face-à-face sanglant entre le psychopathe, l'homme qu'il pourchasse et le flic. On attend deux heures vingt pour voir ça et puis finalement ............... RIEN !!! Si l'homme pourchassé est bien tué, ce n'est pas du tout par le psychopathe (elle est bien bonne celle là, il crêve comme un cheveux sur la soupe), et de face à face il n'y aura point : le psychopathe s'en va tout simplement et le flic, craignant pour sa vie, préfère démissionner (ce flic est trop vieux, dépassé par son époque, dépassé par le tueur : d'ou le titre !). Et PAF, le générique !

Silence consterné dans la salle. Je me tourne vers Alex et j'éclate de rire : deux heures vingt de cinéma pour ça, pour cette fin qui n'en est pas une, deux heures vingt à regarder ma montre pour une métaphore sur la place d'un "vieil" homme dans la société.

La prochaine fois j'irais voir Astérix, na !

 

07.10.2007

J'suis branchée, j'suis déprimée.

Aujourd'hui, vous et moi allons parler culture. Attendez, revenez, ne partez pas tout de suite. Je vous propose de vivre une expérience nouvelle : je vais vous transformer en critique artistique. Sautez sur l'occasion, abandonnez votre boulot de tous les jours, adoptez la culturelle attitude.

Drapez  -vous dans une nouvelle dignité toute étudiée : portez des petites lunettes rectangulaires (les rondes font baba cool), adoptez la coiffure de la rousse Sonia Rykiel, ne vous lavez pas, fumez la pipe, mangez bio et prenez votre air le plus supérieur. Vous n'aimez pas votre nouveau style que vous jugez complètement ... pourri ? Détrompez -vous, vous êtes ainsi devenu LE critique d'art et essai, responsable de la rubrique littéraire à Télérama et vous travaillez aussi en Free Lance pour Libé et le magazine Danse. Il n'y a pas plus branché que vous, vous êtes le pape des nouvelles tendances culturelles. Même Jack lang a l'air Has Been à côté de vous. Vous révélez les trésors de LA culture au reste du monde. Vos critères sont très sélectifs ; une seule règle pour vous séduire, inciter les spectateurs et les lecteurs au suicide. C'est ça l'art branché à la française.

La littérature française contemporaine, vous l'aimez trash et sordide comme chez Virginie Despentes ou Christine Angot. Le cul et l'inceste, y a que ça de bon. A la rigueur, vous votez Amélie Nothomb, mais seulement quand elle décrit un vieil obèse qui se goinfre jusqu'à en crever parce que ça donne la nausée au lecteur. Vous vous êtes précipité pour être le premier à lire Les Bienveillantes et Littell est devenu le meilleur ami de votre hiver 2006 -2007. Vous avez adoré que Jonathan (vous vous appelez par vos prénoms !) impose une sodomie à son "héros" toutes les deux pages (le livre en compte plus de 900, des pages pas des sodomies), une fois aurait suffi, ça n'apportait rien de plus au texte ou à l'intrigue, si ce n'est un Goncourt. Si le policier a acquis ses lettres de noblesse dans les pays anglo-saxons, pour vous cela reste un genre mineur. Et puis, qu'iriez -vous faire à Cognac ou il n'y a même pas un Café de Flore ?

Au cinéma, quand vous avez vu l'affiche de Baise -moi, vous avez joui. Vous aimez les ambiances glauques comme dans le film J'Embrasse pas d'André Téchiné avec Emmanuelle Béart. Votre critique fût élogieuse et Emmanuelle, malgré son peu de talent, a bien failli remporter le César de la meilleure actrice cette année là. Vous adorez les films Lovers, Too much flech et Being light avec Elodie Bouchez qui se met toujours à poil sous couvert d'intellectualisme à 2 balles avec son collègue Jean -Marc Barr qui, en plus d'avoir réalisé  cette trilogie, joue toujours comme un pied. Mais vous aimez ce franco américain depuis qu'il a viré intello grâce son mariage avec une grande pianiste. Vous vénérez Kieslowski et sa fantastique trilogie (lui aussi !) Trois couleurs : Bleu, idem en blanc, idem en rouge, et toujours aussi chiant quelle que soit la couleur ! Vous avez adoré Cannes 2007 pour sa sélection impitoyable : que des films qu'on a pas du tout envie d'aller voir parce qu'ils vous dépriment au bout de cinq minutes de projection. En France, plus le sujet d'un film est triste, voire sordide, plus vous avez de chance d'être primé. D'ailleurs, il vous arrive de conseiller scénaristes et metteurs en scène : un bon film est sombre, gris, triste, avec peu ou pas de dialogues et, quand dialogues il y a, ceux -ci doivent être sans queue ni tête. Il faut s'emmerder !!! L'action est inexistante (nous ne sommes pas des américains). Enfin, tout doit tourner autour d'un problème psychologique : l'auteur se met à nu et expose ses failles ; c'est son psy qui lui a dit de le faire afin d'exorciser ses névroses. Quand des films attirent en masse les français dans les salles, vous êtes le seul à vous retrancher dans votre dignité : ce qui est popu est forcément mauvais. Si en plus, on sort du cinéma joyeux, alors vous tirez à boulets rouges. Heureusement, nombreux sont les festivals pourris en France et à l'étranger. Vous arpentez les tapis rouges à la recherche du nouveau Woody Allen arménien, tchétchène ou bulgare. Vous allez ainsi de festival en festival (au passage, vous mangez gratos, vous êtes devenu le champion des pique -assiettes !) admirant vos actrices fêtiches : ici, point de glamour,  Elodie Bouchez (encore elle) et Amira Casar exhibent leurs tenues hideuses et ridicules lors des avant -premières,  et posent l'air renfrogné devant les photographes accrédités. Vous êtes en France, pas aux States ! Vous tolérez les tenues plus glamour de Monica Bellucci mais seulement parce qu'elle joue aussi mal que Jean -Marc Barr et Emmanuelle Béart réunis. Pour vos propres tenues de gala, vous faîtes quelques infidélités aux stylistes français que vous trouvez trop joyeux, leur préférant leurs concurrents belges plus sombres, plus moches, plus tristes, plus avant-gardistes, plus importables il faut bien le dire.

Parfois, vous allez assister à des ballets, pardon, à des représentations chorégraphiques. Surtout pas de classique à Garnier, c'est au dessus de vos capacités. Uniquement des chorégraphes contemporains. Cependant, vous n'adhérez pas à la pureté d'un John Neumeier ou à la beauté d'un Béjart, votre choix se porte sur l'allemande Pina Bausch : personne n'y comprend rien, c'est laid mais tout le monde s'y presse car c'est Pina et c'est l'expressionnisme allemand, tout un concept. Depuis trente ans vous vantez les mérites de Carolyn Carlson, la seule danseuse au monde à frotter la main sur le sol une heure trente durant. Ca s'appelle de l'expérimentation chorégraphique et ça nécessite un travail de recherche intense. Tout est dans le Moi intérieur profond.

Et votre Moi intérieur profond, en tant que critique culturel, est hyper profond. Vous atteignez des profondeurs abyssales de ... connerie. Mais c'est un métier !