24.03.2008

Cluedo III.

Troisième partie : Trois questions. 

 

La tâche de l'enquêteur dans une affaire criminelle consiste à ouvrir des tas de portes afin de multiplier les pistes, puis à les refermer après les avoir méticuleusement vérifiées pour parvenir finalement à répondre aux trois questions essentielles : Comment ? Pourquoi ?  Qui ?

Comment ? L'autopsie a en partie répondu à la question : Louise est morte par suffocation. On peut supposer qu'elle a été assassinée étant donné le texte écrit sur son ordinateur. "Tu m'as tuée ". Mais une question se pose obligatoirement : la victime a-t-elle écrit ce texte elle-même ou bien est-ce l'oeuvre de son assassin ?

Pourquoi ? Cette femme vivait en apparence de manière tout à fait paisible. Mais en creusant un peu, le lieutenant Stan va sans doute découvrir des ennemis à cette mère de famille (qui n'en n'a  pas ?). Notez déjà les commentaires laissés par ses lecteurs sitôt l'annonce de sa mort faite : personne ne semble la regretter (les ingrats !). Sa vie était-elle aussi lisse ? Qu'a-t-elle donc fait pour qu'un homme ou une femme puisse vouloir sa mort ?

Qui ? Les hommes du Commandant Lefront se sont lancés à la recherche de suspects. Ils sont nombreux. La première personne suspectée est bien sûr l'époux de la victime. Alex, 49 ans, homme des nuits parisiennes, a été entendu dans les locaux de la Crim, au quatrième étage du 36 quai des Orfèvres. Le capitaine Brocan, un vieux de la vieille de la PJ *, LE procédurier, qui manie aussi bien la plume que le verre de whisky, a recueilli la déposition du mari. Celui-ci a un alibi en béton : à l'heure ou sa femme était assassinée, il était en compagnie de stripteaseuses dans un club parisien. Les danseuses, surnommées Lola La Tigresse et Angélique Seins d'acier, ainsi que le tenancier de l'établissement, un certain Jojo Le Borgne bien connu des services de police pour association de malfaiteurs, ont confirmé la version de l'époux. Alex a été relâché dans la matinée.

Ensuite, les hommes de la Brigade Criminelle ont interrogé l'entourage proche de la victime : toute la famille est sous le choc de cette tragique disparition et a été mise hors de cause dans ce crime odieux.

Les recherches se sont alors orientées vers le blog de la défunte. Peut-être est-ce là la clef du mystère ? L'ordinateur portable de la victime a été emporté dans les bureaux du Commandant Lefront. Celui-ci, aidé d'un spécialiste en informatique de l'IJ*, a décortiqué le contenu du disque dur. Les enquêteurs pensent trouver des pistes. D'après un indic, il se pourrait même que quelques suspects aient été d'ores et déjà identifiés. Il s'agirait de bloggeurs avec lesquels la victime aurait échangé des commentaires. L'enquête avance à grands pas !

  

 

 

*PJ : Police Judiciaire.

*IJ : Identité Judiciaire.

21.03.2008

Cluedo II.

Deuxième partie : les causes du décès.

 

IML*, quai de la Rapée, 10h.

Le commandant Lefront envoya l'un de ses hommes, le jeune et sympathique lieutenant Stan, tout nouvelle recrue de la Crim, assister à l'autopsie du corps de la victime.

Stan avait pris l'habitude de ne plus se sustenter avant ce qu'il appellait "la grande séance de couture", suite à une autopsie particulièrement éprouvante à laquelle il avait assisté et qui l'avait envoyé en catastrophe aux toilettes de l'IML situées à l'autre bout du couloir. C'est donc le ventre vide qu'il entra dans la salle carrelée de blanc.

Sur la table, le corps de Louise reposait recouvert d'un drap immaculé. Hormis sa blancheur cadavérique, elle semblait juste endormie. Lorsque le lieutenant Stan s'approcha, il eut la curieuse sensation qu'un léger sourire se dessinait sur les lèvres de la défunte. Une sorte de sourire coquin qui semblait dire : " Pas mal le jeune lieutenant qu'on m'envoie. Plus sexy que le commandant Lefront. Je lui sauterais bien dessus si je pouvais." Stan se troubla légèrement.

Le médecin légiste, une femme, entra, salua le policier d'un signe de la tête puis découvrit le corps. Stan se troubla davantage en pensant : " Dommage qu'elle soit morte cette Louise. Plutôt bien roulée pour une mère de deux enfants. "  (Bah quoi, j'ai le droit de m'envoyer des fleurs, je suis morte !).

L'autopsie commença. Le médecin vérifia qu'il n'y avait pas d'hématomes en incisant de coups brefs tous les membres de la victime, fit quelques prélèvements, puis coupa la peau au niveau du thorax, sectionna une à une les côtes et examina les différents organes. Rien d'anormal. Après, le toubib ôta proprement le cuir chevelu et scia le crâne. " Ouh la la, elle a la tête dure celle-ci ", s'exclama le médecin, s'y reprenant à trois fois avant de réussir à ouvrir la boîte crânienne. Quand enfin le cerveau apparut à l'air libre, quelle ne fut pas leur surprise de constater un cerveau particulièrement brillant. Ca brillait de mille feux, faisant passer la salle d'autopsie pour le Macumba Night un samedi soir. (On vous ferait gober n'importe quoi, hein ? Comme si mon cerveau pouvait ressembler à une boule à facettes !) Une chose attira leur attention : le cerveau de Louise parassait avoir subi diverses expériences. Le médecin fit allusion à des recherches que font parfois des psychiatres ou des psychologues afin de mieux connaître le cerveau humain. Stan nota ces remarques dans le calepin qui ne le quittait jamais puis reporta son attention sur l'examen de la trachée artère de la victime. Le médecin légiste semblait hésitant. Elle dit : " Si l'on en croit l'autopsie, cette jeune femme est morte par suffocation. Le problème est que je ne retrouve rien dans sa trachée, par même un morceau de pain, qui pourrait expliquer cette mort. On pourrait penser que l'assasin a enfoncé un gros morceau de coton dans la gorge de la femme, a attendu qu'elle suffoque puis a ôté le bouchon de coton. Mais dans ce cas, il y aurait des traces de lutte ou des fibres de coton coincées encore dans la gorge. Or, rien de tout ça. Et regardez le visage de cette jeune femme, elle semble ne pas avoir souffert dans ses derniers instants. C'est la première fois que je vois un cas pareil. Vous allez avoir du pain sur la planche lieutenant Stan. Bon courage ! Je vous remettrai mes conclusions définitives d'ici trois jours. En attendant, je vais refaire une beauté à cette jeune femme. "

Stan enfouit son calepin dans la poche de son blouson en cuir et jeta un dernier coup d'oeil au corps étendu. Il en aurait mis sa main à couper : cette Louise lui avait fait un clin d'oeil !

 

P.S : Etant donné que je suis morte, je suis dans l'incapacité totale de répondre à vos commentaires. Quant à mon âme, elle s'est envolée en direction du Havre jusqu'à lundi afin d'aller chercher des oeufs de Pâques dans le jardin de mes parents. Bah, faut bien que je la nourrisse !

 

* IML : Institut Médico légal.