19.12.2007
Alerte à la bombe : ma mère risque d'exploser !
Hier soir, j'ai téléphoné à mes parents. Le ton de ma mère m'a semblé totalement légèrement paniqué. Un évènement incroyable va bouleverser leur vie ce vendredi 21 décembre. Le Père Noël serait-il en avance cette année ? Paco Rabanne aurait-il prédit la fin du monde, ainsi qu'il le fait chaque année ? Ma mère serait-elle à nouveau enceinte ? (bah, avec les nouvelles techniques scientifiques, tout est possible ...) J'attends, le souffle court.
Vendredi, aura lieu le désamorçage d'une bombe retrouvée dans un terrain proche de chez mes parents. Et c'est un évènement ça ma p'tite dame ! Surtout pour ma mère, ce qui explique cette anxiété dans sa voix.
Ma mère a toujours été une anxieuse, mais une anxieuse à la limite de la scizophrénie (c'est peut-être pour cette raison que je ne suis pas très saine d'esprit : les gênes sans doute) et, hélas, avec le temps, cela ne s'arrange pas. Vous me direz, c'est valable pour tous (bon enfin un peu plus pour ma mère quand même !). Avec l'âge, tout devient compliqué et difficile à faire. Tout prend plus de temps : le matin, les retraités vont doucement sur les pattes arrières, il leur faut deux heures pour se préparer quand ils faisaient la même chose en demi heure quelques années auparavant, puis ils font tout en freinant des deux pieds. Ils laissent de moins en moins de place à la spontanéité : ils partent quelques mois dans leur maison de vacances, ils savent six mois à l'avance qu'ils en repartiront le 17 septembre par le train de 7h58 et pas le lendemain et pas par un autre train. Ils pourraient très bien rester en vacances jusqu'à ce qu'ils en aient assez et décider alors ce jour là de partir, mais "non ce serait trop compliqué ! Nous avons vraiment besoin de nous organiser, tu sais."
Vous commencez maintenant à comprendre pourquoi le désamorçage d'une bombe est un évènement majeur !
- La guéguerre qui nous oppose aux Anglais n'est pas terminée : après avoir brûlé la Pucelle à Rouen il y a quelques siècles, il a fallu qu'ils bombardent le Havre, ils trouvaient que les Allemands ne nous en avaient pas encore assez mis plein la gueule. On pensait que c'était fini (quoique certains indices, comme leur refus de l'Euro, auraient quand même dû nous mettre la puce à l'oreille) mais voilà qu'une bombe britannique est retrouvée. Mes parents, habitant sur la falaise, face à la mer, se sentent alors menacés et imaginent leur maison transformée en Blockhaus dans les semaines à venir. Pas rassurant tout ça !
- Les personnes vivant dans le périmètre de sécurité (800 mètres autour de la bombe) doivent avoir vidé les lieux à sept heures du matin. Là, nous abordons deux points qui posent problèmes !
- Le premier est la zone des 800 mètres : si vous habitez à 801 mètres, vous restez chez vous et vous avez le droit de sauter dans le cas ou le désamorçage connaitrait quelques soucis. En même temps, 800 mètres de maisons ça fait beaucoup même pour une grosse bombe de la Seconde Guerre Mondiale : surtout qu'une falaise vient couper la zone des 800 mètres. Pour être touché, il faudrait que l'éclat d'obus passe par dessus une vingtaine de rangées de maisons, deux immeubles et une falaise : ce n'est plus Le Havre, c'est Hiroshima !!! Mais avec Maman, tout est possible, puisqu'elle vous le dit. (Avant, les démineurs faisaient moins de chichis et régulièrement j'assistais à des explosions de bombes au large de la maison qui vibrait un peu et puis c'était fini.)
- Le deuxième problème est l'évacuation à sept heures du matin : et pourquoi pas à minuit pendant qu'on y est. Sept heures, c'est vraiment tôt : le démineur va bosser de nuit ? Ou vont aller les gens à sept heures du matin ? Tout ça ressemble étrangement à l'Exode de 1940 ! Les plus contents sont les enfants qui n'auront pas classe ce vendredi et gagneront ainsi une journée de vacances, mais aussi les personnes agées vivant seules et ayant quelques difficultés à se déplacer : les pompiers les prennent dans leurs bras pour les déposer ensuite dans un car qui les conduit jusqu'à un gymnase ou elles patientent en attendant que le démineur se tue ; elles sont ravies (pas que le démineur se tue, hein, mais que les jeunes pompiers les tiennent dans leurs bras, sur que si elles avaient quelques années de moins ... ), cela met un peu de sel dans leurs vie monotone. Les mécontents sont ceux (ma mère) qui vont devoir se lever encore plus tôt que d'habitude et ceux (encore ma mère) qui craignent que leur maison ne soit pillée, brûlée et mise à sac (c'est bien des méthodes de Saxons ça, ils en parlaient déjà dans La Légende du Roi Arthur !)
Vendredi auront donc lieu une évacuation type Exode de Juin 1940, un désamorçage qui se transformera fatalement en une explosion type Hiroshima, la reprise d'une guerre qui, bien que les manuels d'histoire affirment le contraire, dure depuis bien plus que Cent Ans et des pillages de maisons, le tout à sept heures du matin. Ca fait quand même beaucoup pour Maman tout ça. Mais moi, quand j'entends le ton paniqué de ma mère au téléphone, je n'ai qu'une chose à dire : "Tous aux abris !!!"
08:00 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, bombe