14.10.2007

Boboland.

Vous, touristes et provinciaux, de Paris vous connaissez les Champs -Elysées, l'Arc de Triomphe, la Tour Eiffel, le Panthéon, Beaubourg, Pigalle ou encore les Invalides ou bien l'Opéra. Mais, vous êtes -vous promenés une seule fois dans le XIème arrondissement ? Peut -être y êtes -vous passés en métro afin d'aller admirer les tombes du Père Lachaise dans le XXème arrondissement voisin. Mais je serais prête à parier que vous ne vous y êtes jamais attardé. Et pourtant !

XIème arrondissement, centre du monde ! Ici, vous êtes à Boboland, le paradis du Bobo, THE Bobo's place to be.

Monsieur et Madame Bobo sont enfin les heureux propriétaires d'un loft de 130 m2 situé à l'angle de la rue Saint Maur et de la rue de la Fontaine du Roi. Un lieu stratégique puisque situé à égale distance d'Oberkampf, du Canal Saint -Martin, de Belleville et de Ménilmontant. Quand on vous dit centre du monde ! Monsieur et Madame Bobo adoooorent. Et puis, ils tiennent absolument à ce que leurs deux enfants Lucien et Lola apprennent à vivre avec d'autres enfants qui ne proviennent pas du même milieu social qu'eux. Pour cela, le quartier est parfait : bigarré, chamarré et chatoyant ... Le marché sur le boulevard Richard Lenoir en est l'exemple parfait avec ses étals chargés de produits en provenance directe d'Afrique Noire et du Maghreb, sans oublier les marchandises issues du commerce équitable, le must ! On peut ainsi apprendre aux enfants à s'ouvrir à de nouvelles cultures, à se mélanger. Mais pas trop quand même, alors pour l'école, ce sera le privé, faudrait pas pousser le bouchon trop loin non plus.

Mais revenons au loft. Monsieur et Madame Bobo l'ont acheté il y a trois mois : ils ont eu un véritable coup de coeur un dimanche matin ensoleillé de juin ; le propriétaire refusait de leur faire visiter un jour de pluie. Et oui, qui dit loft dans le XIème, dit ancienne usine, dit rez de chaussée, dit faible luminosité par temps gris. Certes, c'est sombre, mais ils l'adorent parce que c'est un ancien atelier ou des ouvriers ont travaillé durement sous le joug capitaliste. Ca sent la graisse, la sueur, on entendrait presque encore la gouaille est -parisienne des anciens ouvriers ...

Après s'être endettés jusqu'à plus de soixante dix ans, Monsieur et Madame Bobo ont enfin enménagé. Ils ont ainsi pu laisser libre cours à leur imagination débordante pour aménager leur loft. Ils ont déniché des petites merveilles mobilières chez Emmaüs, les ont retapées et ont dispatché tout ce capharnaum dans leurs 130 m2 en béton teinté gris. Sur les poutrelles métalliques, ils ont disposé des guirlandes Tsé Tsé. Dans les espaces enfants (on ne parle pas de chambre ici, c'est un open space) ils ont tagué les murs afin d'aider Lucien et Lola à développer leur sens créatif. L'ambiance du loft est un peu glacée dans cet amas de béton et d'alu, mais la musique de Bénabar et de Camille réchauffe les coeurs.

Car la musique, Monsieur et Madame Bobo adorent ça. Ils vont pratiquement une fois par semaine à la Caserne Ephémère quai de Valmy, au bord du Canal Saint -Martin, assister à des concerts. Parfois, ils y mangent quand ils ne dînent pas à l'Alimentation Générale, rue Oberkampf. Et lorsqu'ils donnent rendez-vous à leurs clients, c'est au Café Charbon (rue Oberkampf), tellement authentique.

Tous deux sont graphistes. Leur atelier est une ancienne imprimerie située au fond d'une impasse, toujours dans le XIème arrondissement. Le vrai Bobo dort dans le XIème, le vrai Bobo travaille dans le XIème. Et puis bosser à proximité du loft a ses avantages : on peut y aller en vélo, c'est tellement pratique. Mais attention, surtout pas en Vélib, c'est pour les Bobof ! Cela fait déjà cinq ans que Monsieur et Madame pédalent, il n'ont pas attendu les Vélib. Eux faisaient parti dès le début du complot cyclo-socialiste. Car Monsieur et Madame Bobo ne suivent pas la mode, ils font leur mode.

Quand vous les croisez dans la rue, ils donnent l'impression d'avoir acheté l'intégralité de leur garde -robe chez Guérisold, avenue de Clichy dans le XVIIIème. Elle : sous -pull 70's, robe baby -doll avec imprimé style tablier de Mamie en tergal, legging orange, salomés marron et grosses lunettes jaune canari. Lui : un mélange de Star-Trek et de Starsky et Hutch, une coupe de cheveux à la Beattles.  Mais ne vous y trompez pas, Monsieur et Madame passent un temps fou à travailler leur look Bobo et ont leurs habitudes côté shopping. Leurs vêtements, ils vont les chercher à Londres aux puces de Portobello ou bien à Berlin quand Madame va rendre visite à sa copine graphiste exhilée suite à son coup de foudre pour un garphiste allemand. Elle adore le côté underground de la capitale allemande.

A ce propos, ce soir, Monsieur et Madame Bobo se rendent sur la rive droite, pas dans les trop conservateurs Vème, VIème ou VIIème  arrondissements, mais dans le XIIIème. Dans le tout nouveau quartier de la Bibliothèque François Miterrand, des tas de galeries d'art contemporain se sont ouvertes et un collectif berlinois expose ses oeuvres chez une copine, ancienne graphiste devenue galeriste. Ils en ont même parlé dans Teknikart !

Alors Monsieur et Madame se pâment devant les scultures exposées, boivent un verre avec quelques graphistes de leur connaissance , trinquent au son d'un underground Prosit à la santé du collectif puis rentrent cahin caha en vélo jusqu'à leur loft, nid douillet de béton et d'acier, au coeur du Boboparadize . Ils se couchent dans leur confortable futon posé à même le sol. Une à une les lanternes Tsé Tsé s'éteignent cédant la place à la nuit et au rêve. Si vous êtes un Bobo, tendez l'oreille, vous entendrez sûrement le doux bruit des ouvriers qui hantent les lieux. Les autres ? Vous aurez froid, il gèle dans ces lofts.