27.07.2008
Vue sur mer.
Le penty au toit pentu avec ses deux lucarnes était légèrement en retrait par rapport à la route. De l’autre côté se trouvait un vaste terrain ceint d’un mur de pierres plates comme on en trouve sur les chemins douaniers de cette région de Bretagne, serpent de granit sur la lande. Douze genets vigoureux dont les couleurs criardes se détachaient violemment sur le tapis de bruyères aux camaïeux de violets étaient plantés de ci de là, donnant l’impression que le terrain vague était entretenu.
Chaque jour, quel que soit le temps, Anne-Yvonne Le Moal encore alerte malgré ses quatre-vingt six ans, quittait la maison qui l’avait vue naître, traversait la rue qui la séparait du terrain, s’accoudait sur une pierre du muret, toujours la même, et regardait la mer. Elle admirait pendant des heures les voiliers qui sortaient du port d’Audierne pariant mentalement sur celui qui finirait sa course dans les rochers ou sur le banc de sable et devrait alors attendre la marée suivante pour réussir à dépasser le môle. Elle connaissait tous les bateaux de pêche par leur nom, le Roz An Dour du patron pêcheur Quéméner ou encore le Ty Coz de ce soulard de Laurent Le Borgne. Elle savait quelle heure il était à la simple vue dans le chenal de l’Enez Sun, la vedette qui reliait l’Ile de Sein au continent. Les voisins l’apercevant sur son muret lui criaient : « Encore à rêver d’horizons lointains, Anne-Yvonne ? » et la vieille dame souriante de leur répondre toujours la même phrase : « Sans ma vue sur mer, je serais au cimetière depuis belle lurette ! »
A force de voir Anne-Yvonne appuyée au petit mur, les gens avaient fini par penser que le terrain lui appartenait. En vérité, il appartenait à l’une de ses cousines, plus âgée, qui vivait dorénavant dans une maison de retraite à Pont-Croix, un bourg non loin de là. Elle lui avait confié la gestion de ce bout de terre, connaissant l’amour de sa parente pour ce jardin en friche. Toutes deux portant le même nom de famille, les formalités administratives s’en trouvaient grandement facilitées.
Mais un jour, cette vue disparaîtrait. Les promoteurs chassaient le moindre bout de terre avec vue. Ils posaient les billets sur la table et attiraient les maires comme des mouches avec la promesse de nouveaux revenus pour la commune grâce à leurs constructions qui, disaient-ils, seraient vendues, avant même d’être construites, à de futurs propriétaires qui jamais ne mettraient les pieds dans ce ravissant port de pêche du Finistère Sud et seraient bien incapables de le situer sur une carte de France, se contentant de louer leur studio à des touristes. Des associations de riverains se formaient pour tenter de contrer telle ou telle construction, mais hélas, la loi littorale ne pouvait pas toujours être invoquée et de banales constructions néo-bretonnes sans aucun charme remplissaient finalement les trous encore vacants. La côte se bétonnait doucement aux dépends de la lande et des amoureux du coin.
Cela faisait des années maintenant que les promoteurs s’intéressaient au jardin de la cousine Le Moal, il n’y avait pas encore de jeunets à cette époque, que de la bruyère. La première fois, un homme d’une quarantaine d’année, un cartable en nylon noir à la main, était monté sur le muret, là même où Anne-Yvonne aimait à regarder le panorama, et avait commencé à photographier le paysage. Nombreux étaient les touristes à immortaliser cette vue, mais cet homme, la vieille dame l’avait compris tout de suite en l’apercevant depuis la fenêtre de sa cuisine, n’avait rien d’un estivant. Elle avait ressenti un sentiment d’antipathie dès qu’il lui avait adressé la parole, après avoir sonné à sa porte :
- Bonjour Madame Le Moal dit-il avec un grand sourire. Je viens sur les conseils de Monsieur Le Maire qui d’ailleurs ne m’a fait que des éloges à votre sujet. Une Audiernaise exemplaire, une femme délicieuse qui sera très certainement intéressée par vos propositions, m’a-t-il dit.
- Entrez et asseyez-vous donc près de la cheminée, Monsieur.
L’homme posa son cartable à ses pieds et s’assit sur le fauteuil qu’Anne-Yvonne lui avait désigné de la main. La cheminée ne fonctionnait pas mais le bois était rangé dans un panier près du siège de la vieille dame en prévision d’une froide journée.
- Je suis allé au cadastre et j’ai vu que ce petit terrain vous appartenait. Je vais être d’une très grande franchise Madame Le Moal : Je serais très intéressé pour vous acheter ce jardin : une somme rondelette vous serait bien sûr versée, dit-il avec un ton mielleux.
« Un renard, voilà à quoi il me fait penser, se dit Anne-Yvonne en le regardant, un renard. Croyez-vous, parce que je suis une vieille femme, que je ne devine pas vos intentions ? Plutôt mourir que perdre ma vue ! »
- Que voulez-vous que je fasse d’argent à mon âge ?
- Vous pourriez partir en voyage, léguer un bel héritage à vos petits-enfants, que sais-je encore ?
- J’ai ma maison et ma vue, que puis-je demander de plus ?
- Vous pourriez faire quelques travaux dans votre maison.
- A 86 ans, vous croyez ?
Voyant que ses propositions n’avaient aucun effet sur la vielle dame, le promoteur décidât de frapper plus fort.
- Vous savez, la société que je représente serait extrêmement généreuse si vous acceptiez de traiter avec elle. Une telle offre ne se refuse pas.
- Et bien moi, Monsieur, je la refuse. Maintenant, veuillez sortir de chez moi et ne remettez jamais les pieds dans cette maison ni sur mon muret !
L’homme, vexé de se faire congédier de la sorte par une femme qu’il pensait sénile et furieux de ne pas avoir obtenu la vente de la parcelle, sortit ses dernières cartes.
- Que vous le vouliez ou non, cet emplacement, je l’aurai. Votre vie va devenir un enfer. Jamais personne ne nous a résisté, vous plierez comme les autres et votre terrain, nous le posséderons. D’ici quelques mois se dresseront des appartements de vacances, que vous le vouliez ou non. Ce n’est pas une vieille folle comme vous qui nous arrêtera. Vous feriez mieux de signer tout de suite si vous tenez à votre tranquillité.
Tandis que le promoteur se penchait pour ramasser son cartable qui reposait à ses pieds, la vieille dame se saisit d’une bûche et en asséna un violent coup sur la nuque qui se présentait à elle. L’homme s’affala sur le tapis dans un bruit sourd.
Peu de temps après cet incident, Anne-Yvonne planta son premier genet.
Pendant plusieurs mois, Anne-Yvonne ne fût plus dérangée par les promoteurs. Elle eut cependant la visite d’un jeune policier, venu tout spécialement de Quimper, qui s’interrogeait sur la disparition d’un employé d’une société immobilière. Le Maire avait dit au lieutenant qu’il devait rencontrer la vieille dame. Elle répondit que jamais elle n’avait reçu la visite de ce monsieur et l’affaire s’en tint là. Mais, l’été venant, à nouveau les promoteurs sonnèrent à la porte du petit penty, sans plus de succès. Aucun acte de vente sur les onze proposés ne fut signé. Les Audiernais commençaient à parler du terrain d’Anne-Yvonne comme du dernier village gaulois ayant résisté à l’invasion romaine. On se félicitait qu’une vieille dame tienne tête aux promoteurs et ne se laisse pas amadouer par un gros chèque.
Quant au terrain d’Anne-Yvonne, il était de plus en plus planté de genets. Les plants semblaient s’être parfaitement acclimatés. Les passants s’extasiaient sur leur vigueur et leur force. Certains s’arrêtaient pour demander le secret d’Anne-Yvonne, quelle terre elle utilisait, si elle leur donnait de l’engrais. Jamais on n’avait vu plus beaux genets dans tout le Cap Sizun.
Un soir, alors qu’Anne-Yvonne admirait une fois de plus le soleil couchant sur la mer, elle s’endormit. Une voisine la retrouva, la tête gisant sur une pierre plate ; elle était morte l’air paisible et heureux, face à sa vue qu’elle aimait tant. Elle était morte avant qu’on ait réussi à lui prendre sa vue. On enterra la vieille dame au cimetière d’Audierne, au côté de ses parents.
Le terrain fût l’objet de la convoitise d’un nouveau promoteur immobilier. Après s’être renseigné au cadastre sur le propriétaire du lieu, le promoteur se rendit à la maison de retraite de Pont-Croix où il arriva sans aucun mal à faire signer l’acte de vente à la vieille cousine d’Anne-Yvonne Le Moal. Peu de temps après, les travaux débutèrent. Les pelleteuses arrivèrent pour creuser le sol. Mais ils furent immédiatement arrêtés quand, après avoir déterré le premier genet, on découvrit un corps. Le terrain devint une scène de crime et, finalement, le projet immobilier fut abandonné : on ne construit pas sur le lieu d’un crime.
Les policiers déterrèrent autant de corps que de genets, c’est-à-dire douze, comme les douze promoteurs qui avaient voulu acheter la vue sur mer d’Anne-Yvonne.
18:19 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : audierne, nouvelle
07.07.2008
Mon fonds de commerce.
En ce moment, j'ai des soucis.
Hé ho, parlez plus bas, j'entends vos commentaires désobligeants :
- Pauvre petite Louise, elle n'a pas été invitée à boire le champagne dans un établissement parisien depuis au moins deux semaines ?
- Ses escarpins Céline ont été rayés par inadvertance ?
Certes, ça aussi ce sont des gros soucis, mais le problème n'est pas là. Ce qui me préoccupe, c'est la répertorisation de mon blog. Vous comprenez maintenant le stress qui m'habite !!!
Dans quelle catégorie le ranger ?
Un blog de fille, un blog de mode ?
Je ne suis pas une fille, je suis une femme de trente-cinq ans (même si j'en parais vingt !!! et que je suis restée hyper jeune dans ma tête) avec un mari et deux enfants. La mode et la beauté ? Certes j'en parle, mais ce n'est pas mon fonds de commerce. De plus, j'ai pratiquement autant de lecteurs que de lectrices.
Mais alors, c'est quoi mon fonds de commerce au juste ?
Du sérieux ? A doser quand même le sérieux, sinon vous allez tous ficher le camp chez des blogueurs plus amusants. Une nouvelle de temps à autre, un peu d'Histoire de France à ma sauce, une promenade par ci par là, quelques contes. Ho la, ça suffit comme ça pour le sérieux.
Des histoires de famille, de couple, de copines ? Seulement à la condition qu'elles soient déculpabilisantes : pas de mère parfaite ici, pas d'enfants super sages et pas de mari employé de banque qui rentre à la maison tous les soirs à 17h30 et puis regarde son match de foot en se curant le nez. Ici, c'est un mari proxénète, des enfants habitués aux urgences de Trousseau, Saint-Vincent de Paul et Necker, et enfin, une Maman qui parfois pète un cable parce qu'elle n'en peut plus de ses monstres, de ses copines alcooliques et des strip-teaseuses de son mari. Bref, une famille tout ce qu'il ya de plus normal : consternante de banalité.
Quelques conseils ? Comment divorcer pour une durée déterminée, comment tromper son mari grâce à Alibila ou à Meetic, comment gérer son mariage, comment gérer ses charmants enfants, comment gérer la garderie ou l'école, comment préparer un bon dîner de Noël, comment gérer sa mère ET sa belle-mère, etc ... Je tiens à préciser aux nouveaux venus, que tous ces conseils ne doivent absolument pas être suivis au pied de la lettre, sous peine de divorcer, voir vos enfants partir pour la DASS, empoisonner vos invités ou encore être assassinée par belle-maman.
Quelques textes qui je l'espère sont drôles ? Ici, mes lecteurs fidèles semblent les apprécier. Publiés sur d'autres sites, il arrive fréquemment qu'ils m'attirent des menaces de mort. On a voulu plusieurs fois me décapiter. Si vous n'aimez pas les sales petites bourgeoises, merci de quitter ce site avant tout geste qui pourrait se révéler fatal.
Un faible pour la petite noblesse et la bourgeoisie de Province ? Familles Cyrillus, je vous aime !!! J'avoue, j'aurais quelques difficultés à parler du 93 ... en plus, je n'en ai aucune envie. C'est dit. Et comme je serais l'image de la décadence de la noblesse française (?) ...
Ma vie ? Encore une qui parle de sa vie, dites-vous. Hé oui, parce que ma vie je la trouve formidable, sympa et qu'elle me plait. Pas comme la vôtre ...
Quelques affabulations ? Evidemment, vous êtes sur un blog là, pas à confesse !
Paris, Le Havre, Audierne ? Paris parce que j'y vis et plus précisément dans le Vème arrondissement( nous ne pensiez tout de même pas que je me serais abaissée à vivre Rive Droite ?), le Havre-Sainte-Adresse parce que j'y ai passé mon enfance et mon adolescence, Audierne parce que j'y passe mes vacances depuis que je suis née. Une vraie parisienne de province !!!
Des bêtises ? Oh, si peu.
Si l'on additionne tous ces critères, je ne vois qu'une catégorie possible : "Le blog de Louise, inclassable !" ou alors peut-être dans "j'ai les chevilles qui enflent" ?
06:00 Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, blog, paris, le havre, audierne, famille
23.01.2008
Butin de guerre.
Ainsi que je le mentionnais l'autre jour dans ma note sur le livre "Une semaine de décembre à Audierne", chaque famille de mon coin de Bretagne peut vous conter une anecdote sur la seconde guerre mondiale. Ma famille ne fait pas exception à la règle.
Mon gand-oncle Yves, garde champêtre à Chateaulin, une petite ville à mi-chemin entre Quimper et Brest, avait en charge la surveillance des soldats allemands arrétés en juin 44. L'un de ces soldats n'était pas mauvais peintre (il n'était pas bon non plus !). En échange d'un peu de tabac américain, le soldat peignait pour mon grand-oncle. Les toiles faisant défaut, l'homme utilisait de simples plaques de bois. C'est ainsi qu'Alex et moi avons découvert un jour, alors que nous fouinions dans le grenier de la demeure familiale, tout un tas de planches peintes de paysages et de personnages.
L'allemand était un piètre artiste et ses peintures ne cassent pas trois pattes à un canard, surtout celles représentant des bretons et bretonnes : les proportions ne sont absolument pas respectées et les couleurs jurent. Cependant, l'une des peintures attira notre attention : elle représente la maison de ma grand-mère, dont mon père a hérité. Le prisonnier allemand ne pouvant bien évidemment pas quitter Chateaulin, mon grand-oncle Yves lui avait apporté une photo de la maison afin qu'il la peigne. On y aperçoit même mon arrière-grand-mère, en coiffe, accoudée au muret de pierres qui cerne le jardin.
Alex et moi avons rapporté à Paris la planche, gondolée à cause de l'amplitude thermique qui règne au grenier. Nous avons mis la planche sous une pile d'encyclopédies dans un endroit humide afin qu'elle retrouve sa forme plate, en vain. L'encadreur a pesté lorsqu'il a fallu ajuster un cadre autour de ce qu'il appela une croûte.
Certes, c'est une croûte. Le peintre n'avait visiblement pas le compas dans l'oeil et les couleurs déjà peu judicieusement choisies sont en plus passées depuis le temps. Mais c'est sans aucun doute notre croûte préférée. Elle trône d'ailleurs au dessus d'une commode dont j'ai hérité de mon parrain d'Esquibien. Faites-moi penser à me renseigner à propos de la provenance de cette commode. Peut-être a-t-elle une histoire elle aussi ? Sculptée par les allemands dans les casemates de Locquéran ?
08:05 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, guerre, Audierne, tableau
16.01.2008
Mon coiffeur, je l'aime !
Je déteste aller chez le coiffeur ... sauf chez mon coiffeur. Oui, cela demande quelques clarifications.
Je n'aime pas aller chez les coiffeurs parisiens car ce sont généralement des gens fort désagréables. Ils sont tout de blanc vêtus tels des astronautes de films porno, coiffés comme des iroquois, piercés et tatoués partout et vous réclament 75 € pour un massage dont vous n'avez que faire et une coupe aux antipodes de ce que vous avez demandé. Dès que vous entrez dans le salon, le plus souvent une franchise, on vous regarde des pieds à la tête, puis on tripote vos cheveux, vous assénant : "Il va falloir faire quelque chose de beaucoup plus fashion ! ca ne va pas du tout !" Déjà, ça commence mal. Puis, on vous répète trois fois -à cause de la musique à fond, on n'entend rien dans ces salons- de vous rendre à l'espace shampooing.
Hop, LE fameux petit massage ! "C'est offert par la maison", vous dit la shampooineuse au décolleté à faire rougir de confusion les stripteaseuses d'Alex. A 75 € la coupe, c'est la moindre des choses qu'on vous masse la tête. A ce prix là, ils pourraient également masser mes pieds et mon banquier -il va en avoir besoin le pauvre homme en apercevant mon découvert.
Passons à l'espace coupe : je patiente quelques instants en lisant les potins du Match de juin 2005. Puis une coiffeuse arrive en se dandinant suivant ainsi le rythme de la musique qui va finir par me rendre sourde tellement le son est fort. Sans cesser de danser, elle prend mes cheveux entre ses doigts : "Mais comme ils sont fins vos cheveux ! Je n'en ai jamais vus d'aussi fins. Ca va être difficile de faire quelque chose avec ça ! Et puis la couleur ! Il faut vraiment tout changer. Si vous voulez, je peux vous relooker, ce sera beaucoup mieux. On coupe environ quarante centimètres, on teint certaines mèches, on en décolore d'autres, on effile, on modèle et vous ressortirez avec un look comme le mien !"
Je la regarde effarée et lui suggère de ne couper que les pointes sur un centimètre grand maximum. Surtout pas de couleur, surtout pas de brushing, surtout rien, rien, rien et rien. La coiffeuse ronge son frein, je règle les 75€ et je file, certaine ne ne jamais revenir.
Alors, j'ai attendu les vacances de Noël pour aller chez mes coiffeurs préférés à Audierne. A chaques vacances, nous nous rendons, en famille, dans le salon de la place des halles. Dès que vous entrez, quelques petits chocolats vous sont offerts, Noël oblige - le reste de l'année, ce sont des bonbons. Le patron fait la bise à toute la famille (s'il vient et que je suis en train de me faire coiffer, il dépose un baiser sur mon front), nous discutons pendant un bon quart d'heure. Il est toujours content de nous voir et de papoter car ça le change de ses petites mamies qui ont perpétuellement mal quelque part et veulent toujours la même mise en plis, bleue ou violette, au choix. Une petite soixantaine, les cheveux blancs, faisant très attention à rester jeune, un peu dragueur, un bagout pas possible, toujours le mot pour rire. Même quand on n'a pas besoin d'une coupe, on va tailler le bout de gras avec lui. Si un de ses copains débarque, il fait l'article, comme cela a été le cas avec l'huissier de justice du coin.
- Tu connais Louise ?
- Heu, non.
- Moi, je vous connais, je viens tous les ans à vos ventes mobilières !
- Comment ? Tu as une client ravissante comme ça qui vient à tes ventes et tu ne t'en souviens même pas ?
Puis il tourne mon visage, relève mon menton d'un doigt et dit : "Quand même, elle est un peu plus jolie que la normale, non ?"
L'huissier tangue d'un pied sur l'autre, ne sachant que répondre tandis que je me demande si le coiffeur ne va pas entrouvrir ma bouche afin de vérifier le bon état de mes gencives.
- J'espère que tu ne lui feras pas payer les frais en sus si elle t'achète quelque chose la prochaine fois ! Les petites grands-mères, tu leur fais payer, mais Louise, certainement pas.
- Heu, d'accord, à très bientôt Madame.
- Au revoir, Maître.
Une autre fois, c'est le cuisinier du Goyen, l'hôtel chic du coin, qui a presque été obligé de nous céder un foie gras qu'il venait de préparer.
Cette fois-ci, je n'ais pas été présentée comme la plus belle pouliche du coin à l'un de ses copains et nous sommes repartis sans foie gras. Mais ma coiffeuse attitrée - le patron ne coupe plus, il parle, c'est déjà pas mal ! - , Laeticia, m'a coupé une frange, ce qui ne m'était pas arrivé depuis l'âge de six ans.
Depuis quelques temps, j'avais envie de changement. Comme je ne pouvais décemment pas changé de mari, j'ai préféré changer de coiffure, ça coute moins cher. Laeticia est un ange : elle me dit que j'ai de beaux cheveux pas si fins que ça, qui ne nécessitent aucune coloration. Elle me coiffe exactement comme je le lui demande et coupe juste à la bonne longueur, le tout en un temps record et sans danser autour de moi ! Elle a été ravie de me faire une frange et j'ai été ravie du résultat.
Alors le patron est arrivé : "Magnifique Louise, ça te rajeunit ! regarde Alex comme elle est belle. Ah, si j'avais ton âge ! " Il faut dire qu'avec ma frange bien raide qui arrive juste en dessous des sourcils, je ressemble plus à Lola, danseuse au Crazy Horse, qu'à Tante Yvonne ou Mamie Soizic. Et en plus, je n'ai payé que 30€ ... mais c'est parce qu'il n'y a pas de massage !
08:00 Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : balbla de fille, coiffeur, Audierne, Paris
11.01.2008
Les analyses de Louise.
Ayant des analyses de sang à faire, j'ai profité de mon séjour en Bretagne pour me rendre dans un laboratoire situé à Pont-Croix, un charmant petit bourg situé sur la route de Douarnenez. Cela m'évite d'avoir à patienter pendant une heure dans un labo parisien surchauffé ou s'entassent quarante patients, avec un enfant de deux ans qui s'agite dans sa poussette.
J'arrive donc au labo à 9h15, le ventre vide. Seulement une chaise sur la vingtaine que compte la salle d'attente est occupée, voilà une affaire qui commence bien, me dis-je. Je me dirige vers le guichet ou une secrétaire, toujours la même depuis des années, s'affaire à son ordinateur. Elle est tellement concentrée qu'elle ne me voit même pas, pourtant je suis à vingt centimètres d'elle et j'ai dit un très aimable "Bonjour madame !" Mais son ordinateur a l'air beaucoup plus convaincant que moi. Je réitère mes salutations, un peu plus fort, un peu plus prêt. Enfin, elle me répond : "Oh, je ne vous avais pas vue ! J'étais tellement concentrée, vous savez ce que sait !" (Non, je ne sais pas, mais ce que je sais c'est qu'elle débute mal.)
- Je viens faire des analyses de sang.
- Vous avez un rendez-vous ?
- Heu, non. mais le cabinet étant désert, j'ai pensé que ...
- Oui Madame, mais il est toujours préférable de prendre rendez-vous. Vous n'êtes pas d'ici, vous ? me dit-elle de son air le plus avenant.
- Heu, et bien je viens passer mes vacances dans ma famille tous les ans.
- Je suppose que vous n'avez pas de compte chez nous et qu'il va falloir ouvrir un dossier ? (méfiance, la phrase comporte un point d'interrogation, mais ce n'est pas une question pour autant !)
- Et si ! ne puis-je m'empêcher de lui répondre tout sourire.
- Votre nom, votre prénom, aboie-t-elle.
- Louise.
- Oh oui, vous avez vraiment un compte chez nous ! Et votre nom de jeune fille est même breton. Incroyable !
- 100 % pur beurre !!! lui dis-je. Mais il semblerait qu'elle n'apprécie que moyennement la plaisanterie et me jette un regard noir.
- Montrez-moi votre ordonnance !
J'ai envie de lui répondre : "Oui, mon adjudant !" mais me contente de lui remettre le papier demandé.
- Il va falloir revenir Madame, dit-elle d'un air jubilatoire, ces analyses exigent d'être ajeun.
- Mais, je suis ajeun.
- Vous êtes ajeun à 9H30 vous ?
- Heu, oui. (désolée, je ne me suis pas levée aux aurores pour lire les huit pages de la rubrique nécrologique du Télégramme, la feuille de chou locale, comme il est de bon ton de le faire dans le Cap Sizun avant d'aller bosser, afin de vérifier que son voisin n'est pas mort. Je viens de me lever car je suis en vacances.)
- Les résultats, vous viendrez les chercher ?
- Je préfèrerais que vous les envoyiez directement chez moi, à Paris, cela m'évitera d'avoir à revenir.
- Mais vous serez quand même obligée de repasser pour déposer un timbre et une enveloppe et pour régler !
- Je ne peux pas régler aujourd'hui en y incluant le prix du timbre et de l'enveloppe ?
- Non, c'est impossible. Tout dépend des résultats.
- ...
- Si vos résultats sont mauvais, ce sera plus cher.
- ...
- Je reviendrai chercher les résulats demain alors.
- Ah, enfin une sage décision ! Ce sera quand même plus simple pour tout le monde. Asseyez-vous là, une infirmière va venir vous chercher. Et la prochaine fois, pensez à prendre un rendez-vous, vous n'êtes pas à Paris ici.
En attendant, je prie pour que l'infirmière ne soit pas à l'image de la secrétaire, sinon je risque de ressortir de là avec les deux bras pleins de bleus et de trous.
Heureusement, l'infirmière est tout à fait charmante et ma veine est toujours aussi jolie une fois la prise de sang effectuée.
La prochaine fois que j'aurais des analyses à effectuer, je ne prendrais pas de rendez-vous, juste pour énerver la secrétaire, ça me détendra avant la piqûre.
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10.01.2008
Une semaine de décembre à Audierne.
Pendant ces vacances à Audierne, jai acheté un très joli petit livre à la couverture cartonnée imitant les livres anciens en cuir relié. Point de bandeau d'un rouge agressif sur le dessus afin d'attirer les lecteur, juste un titre noir sur fond beige. Un petit livre qu'on laisse traîner une fois lu, car il est joli, car il m'évoque les livres que ma grand-mère avait reçus à l'école et qu'elle m'avait offert par la suite et qui trônent toujours dans ma bibliothèque d'enfant (c'était l'oeuvre complète de la Comtesse de Ségur).
Bien sûr, pour l'acheter, il fallait que le titre et le résumé me séduisent. Pour le titre, cela n'a pas été trop difficile : "Une semaine de décembre à Audierne", c'était tout à fait approprié. Nous étions en décembre et nous étions à Audierne, un petit port de pêche finistérien à quinze kilomètres de la Pointe du Raz, pour une semaine. Cependant, la partie n'était toujours pas gagnée pour l'auteur Vincent Mével, un nom qui fleure bon la Bretagne : encore fallait-il que le résumé soit à la hauteur de mes espérances.
Le petit plus qui a fait que j'ai acheté ce livre a été cette phrase : "Qui n'a jamais rêvé de se retrouver, seul, une semaine, sans conjoint, sans enfant, libre de son temps, libre de ses rêveries dans la douceur inattendue d'un mois de décembre". Oh oui, je rêve de me retrouver seule pour non pas une mais deux semaines dans notre maison audiernaise. Je rêve d'être installée à un petit bureau qui ferait face à la mer. Je m'y installerais dès huit heures du matin pour écrire mille et une histoires puis, en fin d'après-midi, j'irais faire une longue promenade vivifiante sur la grêve avant de rentrer à la maison ou je lirais toute la soirée et une bonne partie de la nuit. Pas de mari, pas d'enfants qui m'interrompraient à tout propos. Juste la beauté du paysage, des livres, des feuilles et un stylo. C'est peu de choses, mais quand on a deux petits à élever c'est difficile, voire impossible d'avoir deux semaines pour soi.
Voilà comment Vincent Mével a gagné ! J'ai finalement acheté son bouquin.
Confortablement installée dans la véranda, face au môle d'Audierne, j'ai lu ou plutôt dévoré le livre. Pour qui connaît un tant soit peu Audierne et le Cap Sizun (le pays qui va de la commune de Plouhinec à la Pointe du Raz), tout y est : les paysages, la cuisine (l'auteur est un gourmet : entre deux mets délicats arrosés de vins fins, il écrit. Bon sang que ce livre donne faim. On a envie de se mettre à table à chaque page. Mais je m'inquiète pour l'auteur, il y a fort à parier qu'il fasse du cholestérol !), les histoires de bistrot et d'alcooliques notoires, les vieilles hsitoires datant de la Seconde Guerre Mondiale que tout habitant du coin se fera un devoir de vous conter, les problèmes de suicide, les ragots qui déferlent sur Audierne comme les vagues sur le Môle d'Audierne par jour de tempête, et puis les figures locales tels le cordonnier rock'n roll Gildas qui met un temps fou à ressemeler une paire de chaussures (sauf si, comme moi, vous lui faites votre plus beau sourire et plaisantez deux trois minutes avec lui : il a réparé mes escarpins en trois jours, un miracle !), le taxi Manu avec qui j'ai fait pas mal de fêtes quand j'étais jeune et que nous nous retrouvions tous à la Belle Epoque ou à La Casba, la discothèque du coin qui a fermé depuis) et même mon oncle que l'auteur nomme au début d'un chapitre.
Ce qui est très agréable avec ce livre, c'est qu'il mélange fiction et réalité, personnages sortis de l'imagination de l'auteur et personnes vivantes qu'on croise chaque jour sur les quais. un pur moment de délice.
J'aurais cependant une petite réserve à émettre : était-ce bien nécessaire de parler de bars de palaces et de Cristal Roederer ? Je trouve que ces petits "snobismes parisiens" n'avaient pas forcément lieu d'être dans ce livre sur Audierne.Mais c'est peut-être tout simplement parce qu'au Cristal Roederer que je trouve un tantinet trop sec et brut, je préfère un Deutz plus féminin et délicat. Enfin, je précise cela au cas ou Vincent Mével voudrait m'offrir une coupe de champagne le jour ou il me croisera sur le quai à Audierne !
Très bonne lecture à tous. A déguster sans modération !
P.S. destiné à l'auteur s'il lui arrivait de lire cette note : le meilleur pâté de campagne n'est pas celui qu'on achète au marché le samedi matin, juste devant la Cambuse, mais celui du jeune charcutier Leborgne (face à la salle omnisport), un régal qu'on peut déguster avec une tranche de pain au sarrazin de chez Bourdon, même si, je vous l'accorde, ce n'est pas très conventionnel.
08:00 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : livre, blabla de fille, Bretagne, Audierne