02.11.2007

La passé refait toujours surface.

Nous avons tous un détail de notre passé qui nous fait honte. Mais si, regardez derrière vous, j'aperçois des caisses pleines de secrets honteux. On voudrait les oublier voire les supprimer, mais c'est impossible. Nos actes passés nous poursuivent et, de temps à autre, au moment ou l'on s'y attend le moins, ils se rappellent à notre bon souvenir. C'est ce qui m'est arrivé cet été.

Alors que j'étais adolescente, je passais mes vacances en Bretagne, dans un petit port de pêche. Je sortais tous les soirs et flirtais pas mal. Comme à cet âge on n'est pas très regardant sur la marchandise, on privilégie la quantité au détriment de la qualité, arriva ce qui devait arriver : je suis sortie avec un con. (Oh, ne me jetez pas la pierre, vous aussi vous êtes sortis avec des cons. Faut bien s'entraîner avant de passer aux choses sérieuses. On est tous passés par là.) 

Dans cette ville qui compte deux mille âmes, tout le monde connaît tout le monde, tout le monde est cousin avec tout le monde (on est en Bretagne) alors forcément, on est à la limite de l'inceste et mon crétin avait visiblement été plus touché que d'autres par les problèmes de consanguinité, ceci explique cela. Mais à l'époque, ces détails m'importaient peu. J'ai donc embrassé cet individu. Il n'était pas beau, mais je ne m'attaquerai pas à ça, je ne suis pas mesquine, le problème venait surtout du fait qu'il était bête, vraiment bête. Le cerveau d'un bulot. C'est là que le bât blesse, je n'ai aucune envie qu'on me rappelle que je suis sortie avec un bulot, moi.

Tandis que son copain et lui (à dix huit ans, les garçons se balladent toujours par deux) me ramenaient chez mes parents en voiture (fallait bien que son copain serve à quelque chose), il me demanda : "Est-ce-qu'on continue à se voir ?" Alors que j'essayais d'être un peu diplomate en noyant le poisson : "Ecoute euh, j'te rappelle." le voilà qui me pose un ultimatum d'un ton fort désagréable : "Ah non, moi je veux savoir tout de suite !" Et s'il y a bien une chose que je ne supporte pas, ce sont les ultimatums après une petite heure à échanger nos miasmes.  Ma réponse fût : "Alors non, bonsoir." Son copain a serré les fesses pour ne pas rire et s'est empressé d'aller colporter la nouvelle dans tout le patelin.

Depuis ce soir là, le bulot ne m'a plus jamais dit bonjour et me regrade avec haine à chaque fois que je le croise, c'est à dire tous les ans aux vacances. Car le bulot est con et rancunier, à tel point qu'il en est toujours là à trente sept ans !

Mais ou le passé m'a rattrapé, c'est que cet été, le bulot a acheté la maison voisine de celle de mes parents, cette maison a même appartenu un temps à ma famille. Alors maintenant, je le croiserai tous les jours. Chaque matin je verrai son air de veau (ou de bulot, au choix) et chaque fois il me renverra en pleine face mon erreur passée. Ce crétin, à défaut d'être mon cousin-copain, est devenu mon voisin. Chouette ! Mes parents le trouvent charmant même si vraiment pas fûté. Mais quand je leur aurais dit qu'il a exploré mes amygdales, mon père se fera une joie de l'abattre : "Un con comme ça avec ma fille ? Non mais."

Tout espoir que mon secret (?) honteux disparaisse à tout jamais n'est peut-être pas perdu ?