07.07.2008
Mon fonds de commerce.
En ce moment, j'ai des soucis.
Hé ho, parlez plus bas, j'entends vos commentaires désobligeants :
- Pauvre petite Louise, elle n'a pas été invitée à boire le champagne dans un établissement parisien depuis au moins deux semaines ?
- Ses escarpins Céline ont été rayés par inadvertance ?
Certes, ça aussi ce sont des gros soucis, mais le problème n'est pas là. Ce qui me préoccupe, c'est la répertorisation de mon blog. Vous comprenez maintenant le stress qui m'habite !!!
Dans quelle catégorie le ranger ?
Un blog de fille, un blog de mode ?
Je ne suis pas une fille, je suis une femme de trente-cinq ans (même si j'en parais vingt !!! et que je suis restée hyper jeune dans ma tête) avec un mari et deux enfants. La mode et la beauté ? Certes j'en parle, mais ce n'est pas mon fonds de commerce. De plus, j'ai pratiquement autant de lecteurs que de lectrices.
Mais alors, c'est quoi mon fonds de commerce au juste ?
Du sérieux ? A doser quand même le sérieux, sinon vous allez tous ficher le camp chez des blogueurs plus amusants. Une nouvelle de temps à autre, un peu d'Histoire de France à ma sauce, une promenade par ci par là, quelques contes. Ho la, ça suffit comme ça pour le sérieux.
Des histoires de famille, de couple, de copines ? Seulement à la condition qu'elles soient déculpabilisantes : pas de mère parfaite ici, pas d'enfants super sages et pas de mari employé de banque qui rentre à la maison tous les soirs à 17h30 et puis regarde son match de foot en se curant le nez. Ici, c'est un mari proxénète, des enfants habitués aux urgences de Trousseau, Saint-Vincent de Paul et Necker, et enfin, une Maman qui parfois pète un cable parce qu'elle n'en peut plus de ses monstres, de ses copines alcooliques et des strip-teaseuses de son mari. Bref, une famille tout ce qu'il ya de plus normal : consternante de banalité.
Quelques conseils ? Comment divorcer pour une durée déterminée, comment tromper son mari grâce à Alibila ou à Meetic, comment gérer son mariage, comment gérer ses charmants enfants, comment gérer la garderie ou l'école, comment préparer un bon dîner de Noël, comment gérer sa mère ET sa belle-mère, etc ... Je tiens à préciser aux nouveaux venus, que tous ces conseils ne doivent absolument pas être suivis au pied de la lettre, sous peine de divorcer, voir vos enfants partir pour la DASS, empoisonner vos invités ou encore être assassinée par belle-maman.
Quelques textes qui je l'espère sont drôles ? Ici, mes lecteurs fidèles semblent les apprécier. Publiés sur d'autres sites, il arrive fréquemment qu'ils m'attirent des menaces de mort. On a voulu plusieurs fois me décapiter. Si vous n'aimez pas les sales petites bourgeoises, merci de quitter ce site avant tout geste qui pourrait se révéler fatal.
Un faible pour la petite noblesse et la bourgeoisie de Province ? Familles Cyrillus, je vous aime !!! J'avoue, j'aurais quelques difficultés à parler du 93 ... en plus, je n'en ai aucune envie. C'est dit. Et comme je serais l'image de la décadence de la noblesse française (?) ...
Ma vie ? Encore une qui parle de sa vie, dites-vous. Hé oui, parce que ma vie je la trouve formidable, sympa et qu'elle me plait. Pas comme la vôtre ...
Quelques affabulations ? Evidemment, vous êtes sur un blog là, pas à confesse !
Paris, Le Havre, Audierne ? Paris parce que j'y vis et plus précisément dans le Vème arrondissement( nous ne pensiez tout de même pas que je me serais abaissée à vivre Rive Droite ?), le Havre-Sainte-Adresse parce que j'y ai passé mon enfance et mon adolescence, Audierne parce que j'y passe mes vacances depuis que je suis née. Une vraie parisienne de province !!!
Des bêtises ? Oh, si peu.
Si l'on additionne tous ces critères, je ne vois qu'une catégorie possible : "Le blog de Louise, inclassable !" ou alors peut-être dans "j'ai les chevilles qui enflent" ?
06:00 Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, blog, paris, le havre, audierne, famille
14.03.2008
Un p'tit tour déprime s'en va.
Il m'arrive de temps à autre d'être lasse de Paris. Je trouve alors l'atmosphère pesante, le manque de courtoisie des parisiens me hérisse, le bruit des voitures m'agresse, l'énergie de cette métropole qui habituellement me pousse m'épuise. Dans un tel cas, une seule solution : mon petit tour réparateur de moral en berne.
A 9 heures du matin, je quitte l'appartement avec enfants et poussette, direction le Jardin des Plantes. Je remonte les allées vers le soleil d'Austerlitz qui se lève derrière la grille. Peu de monde, pas de bruit, l'odeur de la terre fraîchement retournée par les jardiniers qui s'activent. Mes enfants font la course, ramassent des branches et crient à l'attaque en courant derrière un pigeon qui semble en avoir vu bien d'autres. Arrivés au niveau de l'entrée de la Galerie de Paléontologie, nous ne manquons pas de dire un petit bonjour à la statue du stégosaure et de jeter un oeil inquiet au mammouth qui accueille les visiteurs.
Je remets Franz dans sa poussette et Henri vient tout naturellement s'aggripper à la poignée afin de traverser la route qui nous sépare des quais de Seine. Une fois de l'autre côté des voies, il faut absolument aller sur le pont d'Austerlitz pour regarder les péniches passer. A 9h30, nombreuses sont les barges chargées de sable ou de gravier qui descendent la Seine. Nous pourrions rester ici des heures mais je commence à m'impatienter et seule la promesse d'aller aux jeux proches de l'Institut du Monde Arabe réussit à arracher mes fils à la contemplation du trafic fluvial. Nous déambulons dans les allées du square Tino Rossi qui s'étend de la place Valhubert jusqu'au pont de Sully et est parsemé de scupltures contemporaines qui amusent beaucoup les garçons, notamment deux espèces de grandes baignoires retournées qui font un bruit pas possible quand on leur tape dessus. Les premièrs bateaux mouches font demi tour au large du jardin, incitant les enfants à faire des coucous bruyants aux touristes qui leur répondent. Puis, nous effectuons une première pause à l'aire de jeux du pont de Sully déserte à cette heure de la journée : courses, sauts, glissades , cris et chutes sont au programme. Il y a parfois des pleurs mais ils sont vite stoppés par un bisou et un petit oeuf en chocolat ou une barquette à la fraise. A nouveau le problème se pose : comment réussir à les entraîner vers d'autres lieux alors qu'on s'amuse tant à shooter dans un ballon ? La promesse d'un arrêt à la boutique d'Alain Carion de l'Ile Saint-Louis fait son petit effet : en trois minutes nous quittons les jeux.
La distance qui nous sépare du pont de la Tournelle ou trône fièrement la statue colossale de Sainte-Geneviève est vite parcourue : Henri a l'habitude des longues marches dans Paris et en remonterait certainement à plus d'un adulte. Quant à Franz, il babille gaiement dans sa poussette et salue des deux mains tous les piétons que nous croisons. Nous apercevons au loin l'arrière de Notre-Dame : sans hésiter, la plus belle vue de Paris, surtout le matin quand le soleil qui se lève éclaire subtilement les aiguilles de dentelle de l'église. La traversée du pont prend plus de temps que nécessaire : Sainte-Geneviève fascine Franz qui se sent tout intimidé, Henri me demande ce que peut bien faire une mouette à cet endroit et j'admire les façades des hôtels particuliers de l'Ile Saint-Louis.
Soudain, la luminosité baisse. Nous sommes rue Saint-Louis en l'Ile. Les rayons du soleil ne parviennent pas jusqu'à la chaussée. Les façades se font moins aristocratiques et les somptueuses portes cochères ont cédé la place à de minuscules échoppes. Boutiques de souvenirs alternent avec des galeries d'art, des salons de thé et glaciers pour américains, quelques magasins d'alimentation aux proportions de maisons de poupées et des troquets typiquement parisiens. Les touristes n'ont pas encore envahi la rue. Seuls les habitués et quelques ouvriers prennent leur petit noir aux zincs rutilants tout en discutant avec le garçon de café qui porte sur son épaule un chiffon déjà plus très blanc. Des commerçants sur le pas de leur porte nous saluent chaleureusement. Nous entrons dans la première galerie d'art. Les galeristes, surpris de voir des enfants si jeunes s'intéresser aux sculptures exposées, nous font généralement faire le tour du propriétaire tout en commentant les oeuvres, à la grande joie des enfants et de leur Maman. " Tatue Maman, tatue ! A belle tatue ! " s'exclame Franz tandis qu'Henri, le plus sérieusement du monde, explique quelle sculpture est sa préférée et laquelle l'est moins. Nous remercions le galeriste et le saluons puis passons à la galerie suivante. Nous les faisons toutes les unes après les autres. Jusqu'à arriver au summum de notre visite, le numéro 92 de la rue Saint-Louis en l'Ile : la boutique d'Alain Carion . Cette boutique minuscule regorge de mille et un trésors : des pierres et des fossiles ! " Attention Henri, interdiction de toucher. " L'intérieur du magasin est sombre. Des vitrines s'alignent le long des murs et présentent les pierres les plus fameuses. Les tiroirs des commodes cachent des merveilles. Au centre, un vaste meuble étiquetté de noms en latin laisse présager d'autres richesses. Et, sur le dessus, des petites cases qui contiennent quelques exemplaires abordables. Après un long tour d'horizon ponctué de nombreuses explicatons par le charmant vendeur, il est temps pour Henri de choisir une pierre pour sa collection. Quand le marchand apprend que mon fils collectionne des morceaux de roche et des ammonites, tous deux se mettent à discuter et plus rien ne peut les arrêter, pas même un riche client qui vient spécialement pour acquérir l'une des plus belles et plus onéreuses pièces du magasin. Finalement, le client se joint à la discussion et je n'ai plus qu'à me faire une raison. Les deux adultes aident mon fils à choisir un petit cristal jaune bouton d'or à 3€. Le jeune homme écrit religieusement le nom latin de la pierre, sa provenance et son âge sur une jolie étiquette cartonnée et glisse le tout dans un sachet individuel. Ensuite, il se saisit d'une petite ammonite à 5 € et réitère le rituel de l'étiquetage avant d'offrir le sachet à un Henri rouge de joie. Quand le vendeur annonce gravement à mon fils qu'il est son plus jeune client, il est fier comme un pape. Nous pouvons enfin partir et poursuivre notre promenade.
Nous passons devant les glaces Berthillon à une heure ou il n'y a pas encore foule. Même le pont Saint-Louis est déserté par les rollers et les musiciens. Direction le square Jean XXXIII qui cerne l'arrière de Notre-Dame et ou trône une ravissante fontaine dans laqelle viennent se baigner les oiseaux. Mes deux garçons se tiennent par la main et vont s'accouder à la minuscule clôture qui protège la fontaine. Alors, les touristes japonais me demandent s'ils peuvent photographier ces deux petits blondinets si " kawaï ". Henri et Franz se prêtent de bon coeur à ces scéances improvisées sous le regard fier de leur Maman. Las de poser, nous nous dirigeons vers les jeux, le long de Notre-Dame : quelques pâtés dans le bac à sable puis nous nous rendons au point zéro, au milieu des touristes qui, le nez en l'air regardent la façade de l'église tout en écoutant religieusement leur guide tenant un parapluie rose bien quil fasse un temps magnifique. Une jeune provinciale vient me demander son chemin. C'est toujours un bonheur pour moi que de ne plus être prise pour une touriste à Paris. " Ca y est Louise, tu es une véritable parisienne !" Je la renseigne et elle me gratifie d'un sourire.
Il est temps pour nous de rentrer à la maison. La route est encore longue pour de petits enfants. Nous rejoignons le Vème arrondissement en empruntant le pont au Double, puis, regagnons la place Maubert Mutualité ou se tient le marché. Nous achetons quelques chouquettes chez Kayser afin de reprendre des forces et affronter la montée jusqu'à la place Monge. Bien sûr, nous faisons une petite pause dans le très joli jardin de Polytechnique. Parfois, Henri y retrouve l'un de ses camarades tandis que je fais tourner le petit manège rouge pour Franz. Nous remplissons la poussette de quelques feuilles et marchons, lentement, jusqu'à la maison. Henri raconte qu'il va classer ses pierres et qu'il va devoir demander à son Papy Cailloux une casse d'imprimerie pour y ranger son trésor minéralogique, Franz commence à somnoler, je souris. Nous pouvons rentrer, toute mélancolie est définitivement envolée.
07:00 Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, paris
22.01.2008
Perles.
Aujourd'hui, je vais encore énerver ces ploucs de provinciaux (allez-y, ralez !!! En même temps, vous n'avez que ça à faire dans votre province ! Y a rien chez vous !) puisque je vais vous parler de l'une des dernières expos "parisiennes". Enfin, pas tout à fait parisienne puisqu'elle vient de New-York. Les ploucs de province, il ne vous reste plus qu'à monter à la capitale ou bien à aller à New-York. (New-york est une grande ville d'un vaste état fédéral appelé les Etats-Unis. Attention, pour les vraiment ploucs, New-York n'est pas la capitale des Etats-Unis !)
Après tout ça vous êtes encore là les provinciaux ? Soit vous êtes masochistes, soit vous êtes curieux ! Ou les deux à la fois !
La semaine dernière, j'ai enmené mon aîné à la Grande Galerie de l'Evolution du Muséum d'Histoire Naturelle, pour découvrir la nouvelle exposition sur les Perles. Je dois reconnaître qu'Henri, 4 ans, est encore un peu petit pour cette expo. Mais pour les mamans, c'est un bonheur. La première partie explique la culture et la récolte des perles, parle de la nacre et de ses diverses utilisations (objets mais aussi recherche médicale), montre les outils et decrit les techniques de pêche des perles à travers les âges et dans divers endroits du globe : cette partie est plus accessible aux enfants qui admireront scaphandres et espèces de machettes servant aux plongeurs à décoller les huitres. Des perles de différentes tailles, provenances, couleurs sont présentées. Certaines sont extrèmement rares.
La deuxième partie présente des ouvrages, essentiellement des bijoux, mais on peut également admirer des broderies et des vêtements, faits à base de perles. Ces objets précieux sont classés chronologiquement (Antiquité, Moyen-Age, Renaissance ... Années 30 ...) mais aussi en fonction des religions ou des pays.
Enfin, on peut admirer des créations contemporaines toutes plus belles les unes que les autres. L'occasion de faire son petit marché ! Même si les créations, signées Van Cleef & Arpels ou Chanel Joaillerie sont légèrement au dessus de mes moyens.
La dernière vitrine amusera les enfants puisqu'elle présente des perles montées en bijoux représentant des animaux parfois amusants. Henri a beaucoup aimé un petit hippopotame dont le corps est fait avec une grosse perle d'eau douce grise toute boursoufflée. Si l'animal est affectivement très drôle, son prix l'est beaucoup moins.
Alors, les provinciaux, vous venez ?
18.01.2008
Désolée, ma voisine n'est pas morte.
A l'époque, Alex et moi habitions au cinquième étage d'un immeuble des Gobelins. Au quatrième vivait une grand-mère qui ne sortait jamais de chez elle et n'ouvrait jamais à personne, si ce n'est notre voisin commun du sixième étage qui lui apportait ses courses et son courrier quotidiennement à la même heure. J'avais bien essayé une fois d'aller lui parler mais elle n'avait pas répondu à mes coups de sonnette répétés. Chaque soir vers seize heures elle recevait un appel téléphonique : sans doute sa fille ou sa nièce qui vérifiait que la vieille dame allait bien.
Un soir, j'entendis le téléphone sonner comme d'habitude, mais la vieille dame ne répondit pas. La sonnerie tinta à nouveau, sans plus de succès. Le téléphone sonna plusieurs fois, en vain. Le petit manège dura une heure.
Craignant que la vieille dame ait fait un malaise, je descendis chez elle, sonnai et appelai. Je collai mon oreille à la porte tentant d'entendre un bruit ou un cri, toujours rien, sauf le téléphone qui continuait inlassablement à sonner. Inquiète, je me décidai à appeler son voisin et ami du sixième. Après avoir sonné une dizaine de fois à la porte du vieux monsieur, celui daigna entrebailler sa porte. Je lui expliquai la situation mais cela ne l'inquiéta pas plus que ça (c'est bien d'avoir des amis sur lesquels on peut compter !). Finalement, je retournai à la maison et me décidai à appeler les pompiers.
Cinq minutes plus tard, deux jeunes pompiers firent leur entrée dans la maison, suivis D'Alex qui se demandait bien ce que ces charmants pompiers en train de s'harnacher comme s'ils allaient escalader le Mont-Blanc faisaient dans sa cuisine un mercredi soir en compagnie de sa femme. Je lui expliquai la situation tout en admirant les fesses sanglées d'un des pompiers tandis qu'il se jetait dans le vide. Le jeune homme cassa un carreaux et s'introduisit dans l'appartement ou il n'y avait absolument aucune trace d'une vieille dame morte ou agonisant dans d'horribles souffrances après avoir été sauvagement torturée par un serial killer.
Alors que les pompiers repartaient, je leur fis toutes mes excuses : "Je suis désolée de vous avoir fait venir pour rien, ma voisine n'est pas morte !"
Le pompier, amusé, me répondit : "C'est peut-être mieux que cette dame soit encore vivante, vous ne pensez pas ?"
Alex leva les yeux au ciel.
Une semaine plus tard, ma voisine sonna à la porte. Je crus d'abord qu'elle venait me réclamer la réparation de sa fenêtre. Mais non. Elle m'offrit une bouteille de muscadet tellement ma démarche lui avait fait plaisir et m'apprit qu'elle était juste partie une semaine en vacances chez sa nièce.
08:00 Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Paris, voisin, pompier, blabla de fille
16.01.2008
Mon coiffeur, je l'aime !
Je déteste aller chez le coiffeur ... sauf chez mon coiffeur. Oui, cela demande quelques clarifications.
Je n'aime pas aller chez les coiffeurs parisiens car ce sont généralement des gens fort désagréables. Ils sont tout de blanc vêtus tels des astronautes de films porno, coiffés comme des iroquois, piercés et tatoués partout et vous réclament 75 € pour un massage dont vous n'avez que faire et une coupe aux antipodes de ce que vous avez demandé. Dès que vous entrez dans le salon, le plus souvent une franchise, on vous regarde des pieds à la tête, puis on tripote vos cheveux, vous assénant : "Il va falloir faire quelque chose de beaucoup plus fashion ! ca ne va pas du tout !" Déjà, ça commence mal. Puis, on vous répète trois fois -à cause de la musique à fond, on n'entend rien dans ces salons- de vous rendre à l'espace shampooing.
Hop, LE fameux petit massage ! "C'est offert par la maison", vous dit la shampooineuse au décolleté à faire rougir de confusion les stripteaseuses d'Alex. A 75 € la coupe, c'est la moindre des choses qu'on vous masse la tête. A ce prix là, ils pourraient également masser mes pieds et mon banquier -il va en avoir besoin le pauvre homme en apercevant mon découvert.
Passons à l'espace coupe : je patiente quelques instants en lisant les potins du Match de juin 2005. Puis une coiffeuse arrive en se dandinant suivant ainsi le rythme de la musique qui va finir par me rendre sourde tellement le son est fort. Sans cesser de danser, elle prend mes cheveux entre ses doigts : "Mais comme ils sont fins vos cheveux ! Je n'en ai jamais vus d'aussi fins. Ca va être difficile de faire quelque chose avec ça ! Et puis la couleur ! Il faut vraiment tout changer. Si vous voulez, je peux vous relooker, ce sera beaucoup mieux. On coupe environ quarante centimètres, on teint certaines mèches, on en décolore d'autres, on effile, on modèle et vous ressortirez avec un look comme le mien !"
Je la regarde effarée et lui suggère de ne couper que les pointes sur un centimètre grand maximum. Surtout pas de couleur, surtout pas de brushing, surtout rien, rien, rien et rien. La coiffeuse ronge son frein, je règle les 75€ et je file, certaine ne ne jamais revenir.
Alors, j'ai attendu les vacances de Noël pour aller chez mes coiffeurs préférés à Audierne. A chaques vacances, nous nous rendons, en famille, dans le salon de la place des halles. Dès que vous entrez, quelques petits chocolats vous sont offerts, Noël oblige - le reste de l'année, ce sont des bonbons. Le patron fait la bise à toute la famille (s'il vient et que je suis en train de me faire coiffer, il dépose un baiser sur mon front), nous discutons pendant un bon quart d'heure. Il est toujours content de nous voir et de papoter car ça le change de ses petites mamies qui ont perpétuellement mal quelque part et veulent toujours la même mise en plis, bleue ou violette, au choix. Une petite soixantaine, les cheveux blancs, faisant très attention à rester jeune, un peu dragueur, un bagout pas possible, toujours le mot pour rire. Même quand on n'a pas besoin d'une coupe, on va tailler le bout de gras avec lui. Si un de ses copains débarque, il fait l'article, comme cela a été le cas avec l'huissier de justice du coin.
- Tu connais Louise ?
- Heu, non.
- Moi, je vous connais, je viens tous les ans à vos ventes mobilières !
- Comment ? Tu as une client ravissante comme ça qui vient à tes ventes et tu ne t'en souviens même pas ?
Puis il tourne mon visage, relève mon menton d'un doigt et dit : "Quand même, elle est un peu plus jolie que la normale, non ?"
L'huissier tangue d'un pied sur l'autre, ne sachant que répondre tandis que je me demande si le coiffeur ne va pas entrouvrir ma bouche afin de vérifier le bon état de mes gencives.
- J'espère que tu ne lui feras pas payer les frais en sus si elle t'achète quelque chose la prochaine fois ! Les petites grands-mères, tu leur fais payer, mais Louise, certainement pas.
- Heu, d'accord, à très bientôt Madame.
- Au revoir, Maître.
Une autre fois, c'est le cuisinier du Goyen, l'hôtel chic du coin, qui a presque été obligé de nous céder un foie gras qu'il venait de préparer.
Cette fois-ci, je n'ais pas été présentée comme la plus belle pouliche du coin à l'un de ses copains et nous sommes repartis sans foie gras. Mais ma coiffeuse attitrée - le patron ne coupe plus, il parle, c'est déjà pas mal ! - , Laeticia, m'a coupé une frange, ce qui ne m'était pas arrivé depuis l'âge de six ans.
Depuis quelques temps, j'avais envie de changement. Comme je ne pouvais décemment pas changé de mari, j'ai préféré changer de coiffure, ça coute moins cher. Laeticia est un ange : elle me dit que j'ai de beaux cheveux pas si fins que ça, qui ne nécessitent aucune coloration. Elle me coiffe exactement comme je le lui demande et coupe juste à la bonne longueur, le tout en un temps record et sans danser autour de moi ! Elle a été ravie de me faire une frange et j'ai été ravie du résultat.
Alors le patron est arrivé : "Magnifique Louise, ça te rajeunit ! regarde Alex comme elle est belle. Ah, si j'avais ton âge ! " Il faut dire qu'avec ma frange bien raide qui arrive juste en dessous des sourcils, je ressemble plus à Lola, danseuse au Crazy Horse, qu'à Tante Yvonne ou Mamie Soizic. Et en plus, je n'ai payé que 30€ ... mais c'est parce qu'il n'y a pas de massage !
08:00 Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : balbla de fille, coiffeur, Audierne, Paris
10.12.2007
Le bibliothécaire.
Chaque jour la même chose pour Georges Mureau. Il a revêtu un vieux pantalon en velours marron, son éternel gilet en jacquard dont le bas des manches commence à s'effilocher et une chemise en pilou au col toujours boutonné. Il n'a jamais porté autre chose que du pilou car c'est doux et ça tient chaud. Il a chaussé ses chaussures à lacets Méphisto ; il en achète chaque année une paire chez Tavernier, le chausseur de la rue Mouffetard. Juste avant de quitter le petit appartement de la rue de la Clef, il enfile l'imperméable qui avait appartenu à son père onze ans plus tôt.
A huit heures cinquante précises, il passe le porche de son immeuble. S'il lui arrive de croiser un voisin, il se contente de lui adresser un simple bonjour en baissant le regard. Sa mère le lui a répété à maintes et maintes reprises depuis sa naissance : "Georges, ne regarde pas les gens dans les yeux. Soutenir le regard est impoli." Et Georges Mureau, qui a cinquante neuf ans maintenant, n'a pas oublié la leçon et ne regarde jamais les gens quand il lui arrive de parler.
Pour se rendre à son travail, Georges marche pendant sept minutes, pas plus, pas moins. A huit heures cinquante sept, il passe la porte de la bibliothèque de la rue Mouffetard. Il salue rapidement ses collègues, ne s'attarde pas et ne boit jamais de café avec eux. Ses collègues, habitués, n'insistent plus depuis bien longtemps. Ils le laissent seul dans son bureau situé au premier étage. Un petit bureau terne qui lui ressemble, un bureau sans fenêtre et sans âme. C'est là qu'il passe toutes ses journées. Il n'en sort jamais, même pas pour aller aux toilettes. Georges ne va pas à la rencontre du public qui fréquente les lieux, il n'aime pas ça. Il préfère rester enfermé dans la salle grise à répertorier les livres. Il préfère la solitude. Jamais aucun collègue ne vient le déranger pour lui demander un renseignement ou discuter, ils ont fini par ne plus le voir et même l'oublier. Pour son départ à la retraite l'année prochaine, il n'y aura sans doute pas de petite fête comme on en fait habituellement. Qui se soucie de Georges Mureau ? Un nom insignifiant, un homme insignifiant.
Le soir, Georges range méticuleusement stylos, livres et étiquettes, ferme la porte du bureau et quitte la bibliothèque quelques minutes avant ses collègues afin de ne pas avoir à leur parler. Il redescend la rue Mouffetard en direction du primeur ou il achète deux tomates, un kilo de pommes de terre et quatre poires. Il se rend ensuite chez le boucher qui lui vend deux steacks comme tous les mardis. Le mercredi, il achète deux escalopes de veau, le jeudi des saucisses et le vendredi, jour du poisson, toujours du cabillaud. Les commerçants lui demandent parfois des nouvelles de sa mère qu'ils n'ont jamais revue depuis l'accident qui l'a rendue invalide, et Georges répond :
- Elle souffre toujours autant du dos, pauvre Maman. Et le temps est long maintenant qu'elle est alitée.
- Passez lui le bonjour Monsieur Mureau.
- Je n'y manquerai pas, ça lui fera plaisir.
Voici les seules paroles que Georges prononce, les yeux baissés. Juste avant de rentrer chez lui, il fait un saut au Franprix ou il achète des gros sacs de croquettes pour chat. Il quitte la rue Mouffetard et empreinte la petite rue de l'Epée de Bois. Les enfants qui sortent de l'école du même nom chahutent devant lui inconscients de sa présence. Il ne dit rien et poursuit sa route sans esquisser un sourire ou un geste d'impatience à leur égard. Il se contente de passer dans la rue comme dans la vie des gens. Il n'intéresse personne, il est invisible, il n'existe pas.
A seize heures quarante cinq, il entre chez lui. L'appartement est triste est sombre. Point de canapé douillet mais un vieux fauteuil défoncé et tâché dans un coin. A l'autre bout de la pièce, un poste de télévision tellement vieux qu'on s'attendrait à voir Léon Zitrone jeune apparaître sur l'écran. Entre les deux, une table massive en chêne et ses quatre chaises fatiguées prennent toute la place et empêchent de circuler facilement. Une nappe en toile ciré défraichie protège le plateau. Dessus, un vase contenant des fleurs en soie jaunie et des écuelles remplies de nourriture pour chat. Seize chats vivent dans l'appartement. L'odeur d'urine et d'excrément qui règne dans la maison incommoderait n'importe quel visiteur mais Georges ne la sent plus. Il dépose ses courses dans la cuisine aux murs graisseux et ou s'amoncellent les calendriers de la poste, donne à manger aux félins puis va chercher sa mère restée toute la journée dans sa chambre. Ensemble, ils regardent Question pour un champion. Il gagne souvent. Sa mère, qui suit l'émission à son côté, lui répète : "tu devrais t'inscrire, je suis sûre que tu serais sacré champion." Mais Georges préfère jouer depuis la maison. Après les jeux, il regarde le journal régional sur France 3 suivi de l'édition nationale, avant d'aller préparer le dîner pour lui et sa mère. Depuis la cuisine, il lui raconte sa journée de travail, les nouveaux livres qu'il a enregistrés, ceux qu'il va lire, ceux qui l'ennuient. Il débarasse les gamelles des chats et dresse le couvert : le sien en bout de table, celui de sa mère à sa droite, face à la télé.
A la mort de son père, dix ans auparavant, Georges s'est occupé de sa Maman grabataire. Le fils n'avait jamais quitté ses parents, pourquoi cela aurait-il changé au décès de son Papa ? Sa mère a toujours refusé qu'une infirmière s'occupe d'elle et aucune femme censée n'aurait d'ailleurs accepté de le faire, la vieille femme étant beaucoup trop autoritaire et pleine de méchanceté. La mort de son mari n'a rien arrangé. Avant, feu Monsieur Mureau réussissait à tempérer le comportement sadique de son épouse. Mais une fois le mari disparu, la veuve n'eut plus de garde-fou. Georges en fit les frais. Il subit de plus en plus de vexations et se renferma davantage, étouffant doucement mais surement. Le harcèlement dont il était l'objet devint quotidien. Rien de ce qu'il faisait ou disait ne trouvait grâce à ses yeux.
Le soir de ses cinquante quatre ans, Georges s'arréta chez le pâtissier rue Monge, face à la place du marché, pour acheter deux gâteaux. Il choisit deux éclairs au chocolat, les préférés de sa Maman. A son retour à la maison, la vieille femme, d'une humeur exécrable une fois de plus, prit les gâteaux et les écrasa dans l'une des gamelles des chats tout en riant méchamment. Georges n'en put plus. Alors, il alla à la cuisine, se saisit du hachoir à viande et asséna à sa mère dix huit coups sur tout le corps. Il décida ensuite de se débarasser des chairs en les découpant en petits morceaux qu'il donna à manger aux chats. Il décapa les os à l'eau de javel puis les entreposa dans une caisse au fond de l'armoire à linge. Quant à la tête, il choisit de la conserver dans un bocal hermétique rempli d'alcool qu'il acheta dans les différentes pharmacies du quartier. La tête trouva tout naturellement place sur la cheminée de la chambre de la défunte, entre un vieux bouquet de mariée sous cloche et une régule. Jamais il ne voulut s'en débarasser car cette mère pourtant peu aimante avait été la seule personne avec laquelle il pouvait discuter.
Sa vie ne changea en rien. Personne ne s'aperçut de la disparition de Madame Mureau. Jamais l'administration ne se posa la question de savoir si la vieille dame était toujours en vie puisque c'était le fils qui depuis des années s'occupait des formalités administratives, ce qu'il continua à faire après le décès. Le médecin, trop content de n'être plus appelé au chevet de l'horrible patiente, ne chercha pas plus à savoir ce qu'il était réellement advenu d'elle. Le fils venait dorénavant en consultation au cabinet afin de récupérer les ordonnances. C'est ainsi que Georges put conserver la même vie sans être inquiété le moins du monde.
Chaque soir, en revenant de son travail à la bibliothèque, Georges Mureau continue à faire ses courses rue Mouffetard. Il achète toujours deux tranches de viande chez le boucher mais un peu moins de croquettes chez Franprix. Il dépose ses achats dans la cuisine puis va chercher le bocal qu'il dépose doucement sur la chaise, face à la télévision. Il regarde Question pour un champion et la tête lui dit qu'il devrait tenté sa chance un de ces jours, les seules paroles gentilles que sa mère ait jamais dites. Après le journal télévisé, Georges prépare le dîner pour lui et sa Maman, mais cette dernière n'a plus très faim et ce sont souvent les chats qui terminent l'assiette. Vers 21h30, il range la tête sur la cheminée, embrasse le bocal et va se coucher. Il lit un livre qu'il a rapporté de la bibliothèque puis éteint la lumière à 22h30. Demain, il quittera à nouveau l'appartement à 8h50 précises pour être à son travail à 8h57. Si vous traînez dans le coin à cette heure là, vous l'avez sans doute déjà croisé, sans le voir. Si vous voulez faire sa connaissance, demandez donc Georges Mureau à l'accueil de la bibliothèque de la rue Mouffetard ...
07:44 Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : texte bref, nouvelles, Paris, Mouffetard
04.12.2007
Enjoy the show Darling ! 4.
Chapître IV : The show must go on !
La musique commence. Le son augmente, augmente. La lumière s'éteint, il fait nuit noire. Le podium, immensément long, est fait d'une sorte de miroir noir faiblement éclairé. Les modèles commencent à évoluer mais on ne fait que les apercevoir, le regard doit auparavant s'habituer à l'obscurité. Je me demande bien ce que les rédactrices de mode peuvent bien voir à travers les verres fumés de leurs lunettes griffées.
A part une doudoune pailletée noire sublime et une robe fourreau qui m'irait bien, il n'y a rien d'extraordinaire. Je n'ai sans doute pas l'oeil, me direz-vous. Mais j'ai beau essayé de déceler des merveilles de couture, franchement ça ne casse pas trois pattes à un canard. Ou est passé le style Ungaro avec ses drapés majestueux, ses envolées de mousseline, ses couleurs chatoyantes, ses femmes sensuelles et aériennes. Je ne vois que du Montana des années quatre vingt, du déjà vu, du déjà fait, du plus à faire. Une collection ennuyeuse.
Aussi ennuyeuse que les mannequins qui la portent. Des filles immenses et d'une maigreur extrême. Les Coco Rocha et autres Natasha Poly qu'on voit à tous les défilés et dans tous les plus grands magazines, marchent d'un pas saccadé. En prêtant bien attention, on peut apercevoir les vibrations qui se répercutent dans leur dos à chaque pas sur cet interminable podium. Ces visages émaciés au regard vide sont censés représenter une femme belle et épanouie, une femme glamour à souhait. Je n'y vois hélas qu'ennuie et privations alimentaires. Seul un mannequin se détache du lot. Il s'agit de Daria Werbowy, vous savez la jeune fille au regard de chat qui fait la publicité pour le parfum Hypnôse de Lancôme. Elle est un peu plus en chair que ses consoeurs, est vraiment belle, a un air serein et marche ou plutôt vole avec grâce. Le beauté et l'élégance à l'état pur. Un ange passe.
Les filles défilent à un rythme soutenu, le show ne dure pas plus de vingt minutes. Tout ça pour ça : une heure quarante cinq minutes d'attente pour vingt minutes de défilé. Des modèles qui passent sous nos yeux à la vitesse de l'éclair. Même pas une robe de mariée pour faire rêver. Peter Hyde Dundas vient saluer la foule qui l'acclame. "Absolutely fabulous ! Extraordinaire ! Génial !" sont les qualificatifs que j'entends en me dirigeant vers la sortie. Je me dis que nous n'avons pas dû assister au même défilé. Je n'ai rien vu de "marvelous" moi. Je me suis presque ennuyée. J'ai appris depuis que le contrat de Peter Hyde Dundas n'a pas été renouvelé ; à la vue de ce défilé, je comprends pourquoi.
Alors je remets mon manteau, noue mon écharpe pour ne pas attraper froid et quitte la place de Varsovie à pied quand les autres invités se dirigent précipitamment vers leur limousine de luxe afin de ne pas rater leur quatrième ou cinquième défilé de la journée. Je leur laisse, j'ai d'autres choses bien plus enrichissantes et passionnantes à faire.
Je préfère marcher sur le pont d'Iéna en direction de la Tour Eiffel afin de digérer tout ce que j'ai vu aujourd'hui et pour réapprendre à vivre dans le monde normal : un sas de décompression cette petite balade solitaire. Je croise des touristes américains en tennis, des japonais en goguette et des parents ravis de photographier leurs enfants au pied de la Vieille Dame. Jamais je n'ai été plus heureuse de me mélanger à ces touristes. Je leur souris bêtement. Ils me font du bien. Leurs vêtements ne sont pas griffés, ils ne portent pas de lunettes noires, n'ont jamais vu et ne verront jamais un défilé de mode de leur vie mais c'est peut-être aussi bien comme ça.
07:25 Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : blabla de filles, journal intime, mode, Paris, Ungaro, Fashion Week
03.12.2007
Enjoy the show , darling ! 3.
Chapître III : La fashion ménagerie.
A l'hôtesse, je tends mon carton sur lequel est inscrite cette formule mystérieuse pour un non initié : I I 18. A la réception de l'invitation à la maison, j'avais tenté de déchiffrer ce numéro avec Alex. Et nous en avions déduit que c'était le numéro d'une super place, voire la meilleure : groupe I, rang I, place 18. Or, la place que me désigne l'hôtesse ne correspond pas du tout à cela. Elle a du se tromper. Elle ne sait même pas que Peter Hyde Dundas, le styliste de la maison Ungaro, a choisi ma place lui-même et qu'il attend avec impatience mon verdict à propos de sa nouvelle collection. Il boit mes paroles et cette gourdasse ne le devine pas ! Mais comme je ne veux pas la vexer, je la suis docilement jusqu'au siège qu'elle me présente et qui effectivement porte le même numéro que mon carton d'invitation. Gloups, elle ne s'est pas trompée. C'est alors que je comprends. 18, c'est bien le numéro de la place, pas besoin d'avoir fait polytechnique. En revanche, I I ne sont pas des 1 majuscules mais des i majuscules et ça change tout ! Je suis donc placée au bloc I, celui des riens du tout, au rang I, c'est à dire le dernier rang, tout en haut et non le premier tout en bas. Vous vous moquez de moi maintenant mais sachez qu'il y a encore plus humiliant, il y a ceux qui n'ont pas de place assise : ils restent debout juste derrière moi et ceux-là, j'ai le droit de les toiser. Me voilà installée entre une rien du tout asiatique et un rien du tout en costume cravate qui a le toupet de pousser sans arrêt afin de grapiller un peu de place.
En attendant que le show (on ne dit pas défilé quand on en est et comme maintenant j'en suis ...) débute, je continue à observer ce petit monde, ou plutôt ce zoo.
D'un côté, il y a les espèces protégées. Dans cette catégorie, on trouve les riches clientes, les rédactrices de mode les plus influentes et les gros acheteurs. Les sous groupes ne se mélangent pas. Les riches clientes viennent se saluer ; elles se penchent et simulent une embrassade comme les actrices des séries américaines : leurs joues ne se touchent pas de peur d'abîmer leur maquillage. "Comment vas-tu Darling ?" L'une d'elle, apercevant les énormes boucles en diamant provenant d'un grand joaillier de la Place Vendôme aux oreilles de sa copine s'écrie : "C'est nouveau ces petites babioles ma chérie ? Ravissant, vraiment. Enjoy the show Darling !" Les grosses russes, récemment enrichie de manière pas très légale, croulant sous le poids de leur fourrure, papotent bruyamment en attendant d'aller réserver leur future garde-robe sitôt le défilé terminé. Les photographes mitraillent telle reine déchue, telle épouse de président, puis reportent leur attention sur la star des rédactrices de mode, Anna Wintour en personne.
Je tiens à faire une petite parenthèse à ce sujet, au grand dam des fans du "Diable s'habille en Prada". Rassurez-vous, moi aussi j'ai adoré le livre. Si les méthodes de travail telles que décrites dans le best seller sont critiquables, je n'ai en revanche aucune critique à émettre au vu de son comportement lors du défilé.
- elle a le bon goût d'arriver à l'heure. Comme moi !
- elle est très élégante, ce qui est loin d'être le cas de la plupart des personnes présentes sous cette tente.
- elle n'en fait pas des tonnes, ne minaude pas, ne se pavane pas. Une extra terrestre si l' on considère les attitudes délirantes des invités.
- elle n'a pas l'air toxicomane comme ses voisines.
- tout cela fait que j'aurais plutôt envie de la défendre ...tant que je ne travaille pas pour elle !
La seule chose qu'elle fasse hélas comme toutes les femmes présentes à ce show, est de porter des lunettes noires. Vous porteriez des lunettes de soleil dans une salle noire vous ? Enfin ça, c'était avant parce qu'il paraît qu'elle ne vient plus assister aux défilés dorénavant, elle préférerait aller voir les vêtements dans les ateliers avant qu'ils soient présentés. Pas mal, je ferai ça aussi la prochaine fois moi !
Maintenant que cette parenthèse est close, reprenons notre visite de la Grande Fashion Ménagerie .
Passons aux carnivores, c'est à dire les chanteurs de rap. Ils viennent en troupeaux et font très, très peur car ils ont l'air très, très méchant. On les voit de loin avec leurs immondes colliers et casquettes, jeans larges et sweat-shirts à capuche. Mais comme tout est siglé, ils sont persuadés d'incarner la classe à l'état pur. Monsieur Ungaro, qui n'est pourtant pas mort se retourne d'avance dans sa tombe. Ces gros voyoux reconvertis en business men s'assoient au premier rang de la même façon qu'ils vont assister à un match de boxe à Levallois. Remarquez, si il y a un braquage pendant le show, on saura tout de suite d'ou ça vient. C'est crôle comme couture parisienne et argent sale font de plus en plus bon ménage. Enjoy the show darling !
Après les carnivores, on peut isoler un nouveau groupe : celui du bétail, composé des assistantes de mode. Elles vivent en petits groupes disséminés dans toute la salle. A la tête de chaque groupe, une représentante issue des espèces protégées. Prenons l'exemple du magasine Vogue. Vous trouvez ainsi Carine Roitfeld (espèce protégée, caressée dans le sens du poil par la maison de couture) rédactrice en chef du Vogue français qui traîne à sa suite un petit groupe d'assistantes diverses et variées (le bétail). Ce sont les rédactrices de modes et les stylistes subalternes. Ces groupes sont très structurés et hierarchisés. Plus on se rapproche du Bon Dieu chef de meute (la rédactrice en chef) mieux on est placé, plus on s'en éloigne, plus on porte de cafés. Enjoy the show Darling !
La catégorie qui sait le mieux se placer est celle des parasites : présents à tous les défilés de la Fashion Week, ils n'ont pourtant aucun talent si ce n'est celui de manger à tous les rateliers. Ils tournent autour des riches clientes et des starlettes tels des abeilles autour de la reine, font la roue tels des paons, s'abattent tels des vautours sur les cadeaux offerts lors des shows puis vont se régaler au show suivant. Enjoy the show Darling !
Enfin, la dernière catégorie, dont je fais partie, est celle des moustiques : ceux-là, on ne sait pas pourquoi ils sont là, ils n'ont aucun poids sur les ventes des vêtements présentés, ils n'ont aucune influence dans le monde des médias ou de la mode, on se demande comment ils ont fait pour venir (non, on sait : ils ont une invitation par un ami d'un ami qui a un ami ... ou bien ce sont des fournisseurs de la grande maison qu'on a invités pour leur faire plasir). On ne les remarque pas, ils sont habillés normalement. Bref, on s'en fout d'eux. Ils sont donc logiquement placés dans les derniers rangs. Cependant, il semble qu'ils soient les plus heureux d'être là, qu'ils s'amusent. On discerne dans leur regard un peu de fraîcheur, un peu d'émerveillement, ce qui manque tant aux autres espèces de la Grande Fashion Ménagerie. Enjoy the show Darling !
Que se dit-on pendant l'heure d'attente qui précède le défilé ? Enjoy the show Darling ! LA PHRASE de la Fashion Week. Vous voulez faire croire que vous en êtes ? Alors, répétez après moi : Enjoy the show Darling ! Allez, encore.
Suite et fin, demain !
07:35 Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, mode, fashion week, Paris, Ungaro
30.11.2007
Enjoy the show, darling ! 2.
Chapître II : Bain de foule.
J'attends et je ne regrette pas d'attendre, car le spectacle commence avant même l'ouverture des portes. Les invités arrivent en taxis de luxe, en limousines et autres voitures hors de prix. Ils s'agglutinent le long des barrières, tels les pingouins sur la banquise pour se réchauffer, sous les regards curieux des badauds venus admirer la Tour Eiffel.
Comment se démarque-t-on de ces ploucs de touristes ? En mettant bien en évidence le fameux sésame. Fort heureusement cette année, le carton d'invitation est rose shocking, ce qui permet d'être vu de loin. "Admirez-moi avec mon invitation. Et oui, j'en suis. Et non, pas vous ! Oui, vous avez le droit de me prendre en photo car vous n'avez jamais vu une femme plus belle que moooaaa, une femme plus lookée que mooooaaaaa !" semblent dire ces hordes d'invités au reste du monde. Et le commun des mortels de s'emparer de leurs portables pour effectivement mitrailler cette fashion faune. Au retour de leurs vacances parisiennes, les photos circuleront dans la famille, interdite devant tant de délire vestimentaire. Les moqueries iront bon train.
Je vais tenter un petit classement pour vous.
Les plus délirantes en matière de mode sont incontestablement les journalistes et acheteuses japonaises. Elles n'ont peur de rien. Du fluo, de l'ultra court à se demander si elles n'ont pas oublier de mettre une jupe, du grand n'importe quoi. Les looks Manga des adolescents qu'on voit dans les reportages sur le Japon ne sont rien à côté. On se croirait à une fête d'Halloween : costume, maquillage, coiffure, tout y est et tout ciglé : du Dior et du Chanel en veux-tu en voilà. Attention à l'indigestion, ça fait vomir parfois !
Ensuite, viennent les clientes, riches forcément. Mais qui dit riche ne dit pas obligatoirement bon goût, élégance et classe, hélas. Imaginez une femme d'une soixantaine d'année, faisant une taille 46 minimum et moulée à en faire pêter les coutures dans un ensemble en soie vert émeraude entièrement rebrodé de pierreries et de perles. Tout en légèreté ! Imaginez une autre du même âge mais affichant avec fierté une taille 34. Elle porte alors une mini jupe en vinyle rouge, un décolleté refait jusqu'au nombril, une chevelure à la Barbie, des ongles à la Cruella et des cuissardes en cuir vernis noir (mais de chez Jimmy Choo, il va sans dire). Ne vous avisez pas de lui dire qu'elle s'est trompée de quartier, que Pigalle c'est dans le XVIIIème arrondissement et non dans le XVIème car, de sa bouche silliconée, elle demanderait à ses deux gardes du corps de vous jeter dans la Seine toute proche.
Je n'oublierai évidemment pas de parler des rédactrices de mode. Entre deux rails de coke, (mais puisqu'on vous dit que les cernes sont dues au stress de la fashion week !) elles s'habillent en noir, en noir et en noir. Elles ont une sale gueule blasée (je n'aime pas être grossière mais aucune autre expression ne me vient à l'esprit pour décrire leur visage). Certaines, visiblement plus fatiguées que d'autres, préfèrent dissimuler leur regard derrière des lunettes noires. Il faut toujours avoir une paire de lunettes sur soi à Paris au mois de février, c'est la base, c'est essentiel, c'est fashion !
Les starlettes aussi ont leurs lunettes noires. Elles ont emprunté pour l'occasion toute la panoplie à la Maison Ungaro, ainsi tout le monde fait sa petite publicité.
Enfin, quelques électrons libres n'appartenant à aucun des groupes précités, ne manquent pas d'attirer l'attention à leur tour : un ancien mannequin venu soutenir le styliste Peter Hyde Dundas, une grande blonde massive à la Penny Lancaster que les vigiles reluquent depuis une heure, des rappeurs enrichis, des call girls venues faire leur petit marché, un homme à cheveux blancs et queue de cheval et vêtu d'une longue robe noire, quelques hommes ... à moins que ce ne soient des femmes, impossible à déterminer.
Et voilà tout ce petit monde qui se presse et se bouscule pour entrer.
Les VVIP, les very very important people sont dégagés de la foule et ont le droit de rejoindre leur place avant les autres. Cependant, ils n'entrent pas immédiatement, ce serait trop simple. Ils s'arrêtent quelques instants devant l'entrée, face à la foule et à quelques photographes et discutent avec l'attaché de presse tout sourire. Un petit tour à droite, un autre à gauche, un petit sourire surtout pas naturel en direction d'un photographe, à nouveau un petit tour et seulement après, on passe la porte. Au suivant.
Finalement, après avoir attendu quarante cinq minutes dehors (bon sang qu'il fait froid sur cette place de Varsovie, j'ai les pieds gelés), j'entre dans l'antre du Dieu Mode.
La suite, demain !
08:00 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, mode, fashion week, Paris, Ungaro
29.11.2007
Enjoy the show Darling ! 1.
Paris. Fashion week. Février 2007. 14h00. place de Varsovie, Paris XVIème arrondissement. Défilé prêt-à-porter Automne Hiver 2007-2008 Emanuel Ungaro. I I 18.
Et là, toutes les filles sont raides dingues jalouses. Je n'ai plus une seule copine dans la blogosphère. Soit vous voulez me tuer, soit vous vous dites : "elle ment." Et bien, vous avez le droit de me tuer, virtuellement j'entends, car, non, je ne ments pas et oui, j'ai assisté au défilé Ungaro de la Fashion Week de février dernier !
Chapître 1 : Fashion Week, me voilà !
Un ami d'Alex (Alex de la niiiiggghhhttt !) qui travaille dans la mmmooooodddddeeeeee (!), avait réussi à m'obtenir une invitation pour assister à ce défilé. J'ai donc tenté l'expérience, à ma plus grande joie.
La première préoccupation, quand on assiste à un défilé, est de choisir ce qu'on va porter. Vous me direz : "Louise, ce n'est pas toi que les gens viennent voir défiler sur le podium !" D'abord, je tiens à dire que c'est fort désobligeant de votre part. Je ne ressemble certes pas à un top modèle, mais ce n'est pas une raison pour insister sur ce point précis. Et puis moi, j'ai une belle âme d'abord et la beauté intérieure c'est bien aussi. Je ne veux entendre aucun commentaire, merci. Revenons à notre sujet. Ce n'est pas parce qu'on ne défile pas qu'il ne faut pas être en représentation. J'ai donc fait le tour de mon dressing ma penderie, ce qui ne m'a pas pris plus de trois minutes vingt sept secondes. N'ayant pas de vêtements griffés exceptés deux carrés Hermès rescapés de ma période maxi prout prout de la fin des années quatre vingt, les choses se compliquent. Hors de question que je mette ma plus belle robe, je ne vais ni à un mariage, ni à un déjeuner du dimanche chez Tante Yvonne. Finalement, j'opte pour ce que je porte le plus souvent en hiver, c'est à dire un slim en jean brut, des bottes cavalières, un joli col roulé avec une large ceinture qui tombe (l'hiver dernier le ceinturon se portait encore tombant !) et mon caban long noir. Bref, une tenue dans laquelle je me sens bien et adaptée au froid qui s'est abattu sur Paris ce jour-là.
Malgré mon uniforme hivernal, je suis frigorifiée à attendre le bus qui tarde. L'heure tourne et je suis toujours bloquée à Montparnasse. N'en pouvant plus d'attendre en vain dans le froid, je hèle un taxi qui m'enmène sur le lieu du défilé. Je donne l'adresse au chauffeur de taxi qui ne la connait pas ; ça commence bien. Je lui explique que c'est cette place qui se trouve juste en dessous du Trocadéro et lui me répond qu'il ne savait pas qu'elle avait un nom précis puis se met à discuter.
- Vous êtes touriste ? Vous allez voir la Tour Eiffel ?
Et là, je ne sais pourquoi, j'ai eu l'envie irrépressible de faire ma pétasse :
- Pas du tout, je vais assister à un défilé de couture.
- Oh, vous travaillez dans la mode ?
- OOOUUUUUIIIII !
- Vous avez un super boulot ?
- Un job formidable, mais c'est très fatigant d'enchaîner les défilés les uns après les autres pendant la Fashion week.
- Bon courage Mademoiselle, et bonne journée.
Âprès ce tour en taxi fort réjouissant (on s'amuse comme on peut), me voilà enfin place de Varsovie, face à la Tour Eiffel. Habituellement, il y a un très grand bassin rectangulaire à cet endroit mais il a disparu aujourd'hui. Une énorme tente a été dressée par dessus le bassin : impressionnant. Tout autour, des barrières et le service d'ordre. A un quart d'heure du début du défilé, nous ne sommes que trois à faire la queue pour entrer. Je vérifie que je ne me suis pas trompée d'heure. Mais non, c'est bien à 14 heures que ça commence. Ou peuvent bien être les autres invités ? Mais à d'autres défilés bien sûr. Sachez qu'on n'arrive JAMAIS à l'heure à un défilé. Zut, je me suis dépêchée pour rien et cela m'a couté une course !
La suite, demain !
08:00 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, mode, defilé, ungaro, paris, fashion week