23.11.2007

La mort du Maître.

Ayant fait de la danse classique qoutidiennement pendant vingt ans, je ne peux que me sentir triste en apprenant la mort de Maurice Béjart. L'un des plus grands chorégraphes de notre époque. Je me souviens avec émerveillement de La Luna, ce solo qu'il avait créé pour Sylvie Guillem, et de son Boléro, les deux ballets que je préfère du Maître. Je pourrais faire l'éloge de ses nombreuses créations, toutes plus sublimes les unes que les autres, mais les journalistes s'en chargeront ces jours-ci. Je préfère m'attarder sur l'homme professeur. Un homme d'une profonde humanité, ce qui est extrêmement rare dans ce milieux de requins. La danse n'est pas faite pour les perdants et il faut avoir les dents longues pour réussir. Quant aux enseignants, l'une des techniques qu'ils adoptent volontiers est d'humilier les élèves pour pouvoir décourager les plus faibles psychologiquement et alimenter ce qu'ils appellent une saine (?) émulation. On brime dès le plus jeune âge : épingles à linge accrochées sur tout le long de la jambe d'une enfant de six ans car celle ci a le malheur d'avoir une petite échelle à son collant, coups de baguette sur les genoux quand ceux-ci ne sont pas bien placés, phrases assassines et blessantes devant toute la classe,  j'en passe et des meilleures. On appelle cela l'école de la vie. Or, chez Béjart, point de tout cela : un pédagogue qui respecte (je ne me résouds pas à parler de lui au passé) le danseur, qui l'aime, qui lui parle correctement, qui lui transmet tout ce qu'il possède avec amour, qui n'a qu'une envie le mettre en valeur et non lui faire payer le fait que lui-même soit trop vieux pour danser. Un homme unique dans le microcosme de la danse. Hélas, Maurice Béjart a exécuté son dernier salut et le rideau de velour rouge vient de se refermer . Le public doit se lever et pleurer car c'est une grande perte pour l'humanité.