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29.04.2008
Petit manuel des vacances chic à la mode de Bretagne ... ou d'ailleurs.
Il y a ... années, Françoise Jeanne Raymonde Dequerlac épousa Bernard Georges René Colin. Ils auraient naturellement dû faire faire des cartes de visite au nom de Françoise et Bernard Colin, mais Madame préféra faire imprimer : Jeanne-Françoise et Georges Colin de Querlac, un tantinet plus chic. Avec un nom pareil, Madame décréta qu'il était temps d'acheter une maison de vacances sur la côte.
Elle aurait bien jeté son dévolu sur la tellement chic Ile de Ré, mais la flambée des prix de l'immobilier tua dans l'oeuf ses velléités immobilières sur Ré la blanche. Il fallut se résoudre à investir dans une bicoque du Finistère. Son choix s'arréta sur le petit port de Plougannec, le portefeuille de Monsieur n'étant hélas pas encore suffisamment garni pour s'offrir un pied-à-terre à Bénodet.
Ne resta plus à Madame qu'à transformer le petit penty* en maison de famille. Ce qui fait encore rire les Plouganniens de souche !
Car, ceux que Madame considère comme des ploucs, savent parfaitement que les Colin de Querlac n'ont absolument aucun quartier de noblesse et que le penty n'a jamais appartenu à cette famille depuis des générations. Et, tous les efforts qu'ils feront pour s'intégrer et faire avaler aux locaux qu'ils sont d'ici, resteront vains : ils seront toujours des étrangers ! C'est la dure loi qui règne ici : si vous n'êtes pas du coin, vous aurez beau vous y installer définitivement, vous resterez toujours un "intru". Au contraire, un descendant de Plougannien qui ne vient qu'une fois tous les dix ans restera toujours un "gars" ou une "fille" du pays ; à son passage, les gens diront : "Mais si, c'est le fils d'Yves, le neveu d'Yvonne et le cousin de Gwendal." On lui tâtera la joue : "Comme tu as grandi, Mignon* ! Et tes enfants, ils sont mout* !"
Personne en ville ne tripote la joue de Jeanne-Françoise Colin de Querlac.
Madame est très occupée à transformer son penty en demeure bourgeoise accueillant des générations de Colin de Querlac pour les vacances. Elle meuble sa résidence secondaire : elle achète de rutilantes reproductions de billots et de présentoirs à pain chez Comptoir de Famille, remporte aux enchères un ou deux meubles bretons et chine de vieux bols ébréchés qu'elle certifie avoir appartenu à l'arrière-arrière-Bon-Papa Colin de Querlac, fondateur de la dynatie, et qui donnent un air si authentique. Elle va même jusqu'à dénicher en brocante d'anciennes photos de bourgeois bretons qui formeront une galerie d'ancêtres dans la minuscule entrée du penty. Quelques rideaux en toile de Jouy, des abats-jour en coton écossais et le tour est joué. Ainsi nait une maison de famille plus vraie que nature, propre comme un sou neuf, reproduction parfaite de celles aperçues dans les pages de "Maison de Campagne" ou "Côté Ouest".
La maison ainsi parée est prête à accueillir famille et amis. Enfants et petits-enfants débarquent pour les grandes vacances.
On prend le temps. Le temps de faire les courses tout d'abord. Le marché hebdomadaire, c'est LA sortie de la semaine, l'endroit ou l'on se montre, l'endroit ou il faut être vu, l'endroit ou il faut être reconnu. On se rend toujours chez les mêmes fournisseurs, le fin du fin étant que le commerçant vous appelle par votre nom et vous fasse passer devant tout le monde. Madame se damnerait pour qu'on la serve ainsi, mais pour l'heure, elle doit céder la place à la femme du médecin qui la double sans même un regard. Un jour, Madame tenta bien de ne pas se faire doubler de la sorte, mais la femme du toubib lui asséna "vous n'êtes pas d'ici vous, ça se voit", tout en la toisant avec mépris. Les Messieurs se gardent bien d'intervenir en pareil cas.
Les courses une fois faites, on se retrouve à la terrasse de chez Bournard, le Sénéquier local, et pas ailleurs, pour un apéritif entre amis. Toute la famille est vêtue comme si elle allait participer à la Solitaire du Figaro, mais les Dockside flambant neuves ne quitteront jamais le quai.
Puis, sur le coup de treize heures, on rentre au penty préparer le déjeuner. Langoustines, huitres, araignées (bar de ligne et homard quand Monsieur a gagné en bourse), pain noir et beurre salé à l'extrait de fleur de sel de Guérande. Madame ne jure que par lui. Ne vous méprenez pas, ce n'est pas un concentré de parfum comme l'extrait de parfum Chanel N°5, c'est juste une façon de vous vendre, au prix de l'or, du vulgaire gros sel. On déjeune à l'ombre d'une tonnelle tout en buvant du cidre bio bien frais.
On bouquine et l'on brode au point de croix tandis que les plus petits font la sieste. Et, sur le coup de seize heures trente, on se rend tous ensemble à la plage ou l'on retrouve quelques connaissances. Les enfants ont parfois une leçon d'optimiste au club nautique ou bien apprennent à nager avec Bon-Papa. Les mères se plaisent à imaginer leurs enfants Anne-Charlotte et Maxence unis par les liens du mariage une fois adultes, les pères se portent volontaires pour construire un château de sable à quelques mètres de deux naïades aux seins nus. On profite jusqu'à vingt heures des rayons du soleil ... et de la vue plongeante pour ces Messieurs. Puis, tout le monde rentre à la maison.
Les plus jeunes sont douchés en premier et mis en pyjama par les hommes alors que les femmes préparent le dîner. Pendant que les enfants soupent, les adultes prennent un pot. On organise le programme du lendemain ou l'on fait le bilan de l'année passée ou bien encore, on évoque l'année à venir.
Au loin, on entend la musique d'un Fest Noz*, mais la famille Colin de Querlac ne participe jamais à ces animations pour touristes et militants gauchistes du FLB*. Madame n'a aucune envie de s'assoir sur des bancs crasseux pour manger avec les doigts des sardines grillées, à une grande table jonchée des restes des moules marinières, langoustines, frites et lard grillé des occupants précédents. Pour acheter une crêpe aux enfants, il faut faire une demi-heure de queue et, quand vient son tour, la crêpière explique que, pour avoir une crêpe, il faut un jeton. Bien évidemment, on n'a pas de jeton, bien évidemment il faut aller faire la queue pour abtenir ce foutu jeton et, bien évidemment, il faut refaire la queue trente minute durant pour obtenir enfin une malheureuse crêpe ... sans sucre - pour le sucre, il faut un autre jeton ! Pas envie d'aller à la buvette qui sert de repère aux soulards du coin. Pas plus envie de supporter des musiques et chansons pseudo-bretonnes entonnées par des chevelus tout droit sortis d'une école Diwan*. A force de multiplier ces Fest Noz, la qualité se perd et l'ennui guette : "Trop de Fest Noz tue le Fest Noz !"
Alors NON, les Fest Noz ne sont plus pour la famille Colin. On ne peut guère les en blamer !
La soirée s'achève paisiblement dans le penty. Jeanne-Françoise Colin de Querlac s'assure que toute sa petite famille est confortablement installée puis va lire quelques pages d'un magasine de point de croix dans sa chambre avant d'éteindre la lumière. Juste avant de s'endormir, elle prévoit de se rendre demain matin au marché de Bénodet : il faut absolument qu'elle achète un très chic sac en toile de Jouy rouge sur le stand "Papa pique et Maman coud" ; le journal "Maison de Campagne" en a tellement parlé, il faut obligatoirement qu'elle en ait un à suspendre à la patère de l'entrée, juste en dessous du portrait de Mamie Soizic Colin, ancienne Penn Sardin* dans les conserveries de Douarnenez. Oups, pardon ! Je reprends : juste en dessous du portrait de Bonne-Maman Soizic Colin de Querlac, héritière d'une des familles les plus influentes de Douarnenez. Ouf, c'est mieux comme ça !
Penty : petite maison bretonne en pierre.
Mignon : signifie "mon garçon" / "ma fille" se dit Mignonne.
Mout : signifie mignon. On entend parfois aussi : "mout mout" qui veut dire très mignon. "C'ui ci est mout mout !"
Fest Noz : fête bretonne ayant lieu la nuit, par opposition à Fest Deiz.
FLB : Front de Libération de la Bretagne, mouvement indépendantiste breton.
Ecole Diwan : école privée qui prodigue un enseignement tout en breton.
Penn Sardin : ouvrière dans les conserveries de sardines de Douarnenez. On les reconnaissait à leur petit coiffe blanche toute simple.
19:16 Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : vacances, bretagne, marché, fest noz
18.04.2008
Je vous quitte !
... quelques jours : je pars en vacances.
A bientôt.
14:18 Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : blog, journal intime, vacances
16.04.2008
J'ai la pêche !
En ce moment, j'ai une forme olympique. Je me lève de bonne humeur et c'est parti.
J'arrive à TOUT faire : courses, linge, ménage, paperasse et même le repassage, c'est dire ! A 9h30, tout est fait et après, je file me ballader dans Paris, je vois des amis, je trotte dans tous les sens à toute vitesse et je reviens, un peu essoufflée quand même, récupérer mon fils à la halte garderie trois fois par semaine. L'après midi, pendant la sieste du petit je blogue (écriture, réponses, commentaires) ; parfois, je vais déjeuner avec des amies ou je suis invitée. Ensuite, je vais chercher le grand à l'école puis nous filons au parc jusqu'à 18h30 : jeux, kangourous, biches, manège. Nous rentrons : bains, préparation du dîner (et en plus j'ai envie de cuisiner en ce moment : j'ai fait un roulé de saumon aux épinard et un vacherin au caramel, un koueglof, des rillettes de poisson ... ), dents, lecture, calins, couchage des enfants. Dîner en amoureux, film ou série, et ...... parce qu'après tout ça, je suis encore en super forme. (ce doit être ma cure de tardiféron qui me fait cet effet là ! Ou peut-être le soleil qui pointe le bout de son nez ?)
Les mercredi, on trotte à nouveau dans tous les sens : jeux du Luxembourg, promenade en poney au Luxembourg, canards toujours au Luxembourg. Un petit tour en bus. Un musée, l'exposition sur les abysses à la Galerie de minéralogie (trop complexe pour des petits !), une visite au Louvre avec un déjeuner à la cafétéria du Carroussel (dur avec un tout petit).
Samedi matin, ce sera carnaval à l'école, avec défilé rue Mouffetard et spectacle. Sans oublier les fêtes d'anniversaires chez les copains à droite à gauche l'après midi, pendant que le cadet court au parc.
Dimanche matin : les trois petits cochons au théâtre de marionnettes du Luxembourg, une fois de plus. Dimanche après midi : goûter avec des cousins et leurs enfants. (parce qu'en plus j'ai décidé de combler mon retard en ce qui concerne les invitations à dîner.)
C'est bien gentil, mais quand est-ce-que je me repose, moi ?
BIENTOT !
07:00 Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, printemps, forme, enfants
14.04.2008
Alors comme ça, vous ne faites rien !
A la fameuse question "et vous, qu'est-ce-que vous faites ?", je donne ma fameuse réponse : "je ne travaille pas, je m'occupe de mes enfants." De cette petite phrase d'apparence anodine, vont découler deux types de réactions violemment opposées, de la part des femmes (parce que les hommes, eux, s'en foutent royalement, et c'est très bien).
Le première, qui rend mon interlocutrice éminement sympathique, est une sorte de cri du coeur :
" Ah, vous avez beaucoup de chance de pouvoir le faire, j'en rêve "
Ces femmes ont l'honnêteté de reconnaître que jongler entre les enfants et le boulot, non, ce n'est pas facile. Et que, oui, pour les enfants, c'est difficile d'être levés aux aurores pour aller à la crêche jusque tard le soir et d'être récupérés par une baby-sitter qui va donner le bain, le dîner, faire le calin et les coucher parce que Maman et Papa ont une réunion ou sont en déplacement à l'étranger et que les grands-parents vivent en Province. Et, oui, parfois elles en ont marre que leur patron leur demande de faire des heures tard le soir, les envoie chaque semaine en Pologne, en Irlande ou aux USA, qu'on leur propose une super promotion qu'elles ne pourront pas refuser sous peine d'être virées :
" Vous êtes nommée responsable. Pour cela, vous allez devoir passer dix jours par mois en Amérique du Sud."
- Mais j'ai deux enfants en bas-âge !"
- Oui, moi aussi, et alors ? Ma femme s'en occupe. Pas vous ?
Elles en ont assez qu'on leur pourrisse la vie depuis qu'elles ont annoncé leur troisième grossesse. En dix ans de boulot dans la boite et deux enfants, elles n'ont jamais failli mais :
" Trois enfants, ce n'est pas compatible avec notre entreprise. Vous rendez-vous compte de l'image que vous donnez à nos clients ? Si vous vous voulez conserver votre poste, il va falloir rester plus tard au bureau (ah, ce n'est pas ce qu'elles font déjà ?) et puis il va bien falloir que vous coupiez le cordon avec vos deux bébés un jour. Mais quelle femme aujourd'hui peut décider d'avoir trois enfants ? (ces paroles ont été prononcées par ... une femme !!!)
Alors, oui, bien qu'elles adorent leur job, parfois, elles aimeraient faire une pause dans ces emplois de temps de dingue et prendre le temps de s'occuper de leurs petits avant que ceux-ci ne grandissent. J'en profite pour poser une question : existe-t-il en France des boîtes qui autorisent les femmes à travailler ET à élever leurs enfants ? Parce qu'à Paris, c'est une denrée de plus en plus rare. " Si vous êtes à Paris, c'est pour faire carrière. Si vous voulez des enfants, allez en Province ! " Pourquoi est-ce si difficile en France de concilier les deux ?
La seconde réaction a le mérite de révéler au grand jour ses ennemis, j'ai nommé (vous la connaissez déjà tous et vous l'adorez !) : Bonnemine a une sale gueule ( avouez qu'elle vous avait manqué !). Bonnemine a une sale gueule vous assènera, si comme moi vous êtes une femme au foyer, un : " vous vous occupez de vos enfants parce que ce n'est pas rentable pour vous de faire garder vos enfants (sous-entendu : votre paye est tellement minable, que ça ne vaut pas le coup de bosser.) " frontal. Il existe une variante tout aussi diplomate et courtoise : " Vous vous occupez de vos enfants parce que vous êtes sous qualifiée ."
Le monologue se poursuit ( n'essayez même pas de répondre, vous parleriez dans le vide) généralement par ce genre de petites phrases :
"- Comme vous devez vous ennuyer chez vous."
- Ce doit être difficile de ne pas s'enrichir intellectuellement.
- Alors comme ça, vous ne faites rien ?
- Ca vous plait d'être la bonniche ?
- Moi, au bout de deux heures, vos gosses, je n'en pourrais plus.
- Et moi qui croyais que vous aviez fait des études ?
- Mais quel plaisir pouvez-vous trouver à discuter avec des gamins de deux ans toute la journée ?
- Le soir, vous arrivez à parler normalement avec votre mari ?
- Vous n'en avez pas marre de sentir le caca tout le temps ?
- Vous devez drôlement vous sentir diminuée intellectuellement.
Exceptionnellement, je vais répondre :
"- Bonnemine, t'as vraiment une sale gueule !!! "
11.04.2008
Starsky et Louise.
La crise de la quarantaine. Quelle femme, saine d'esprit, ne la redouterait pas ? Aucune. Elle frappe les hommes mais ses effets dévastateurs, c'est bien la femme, enfin la femme légitime, qui les subit.
Généralement, le Démon de Midi s'empare de l'esprit la libido de Monsieur vers l'âge de 37 - 38 ans. Monsieur résiste .... ou pas, pendant deux petites années, mais, à quarante ans, PAF !!!, ça lui tombe dessus comme la vérole sur le Bas Clergé breton et vous n'avez plus qu'à pleurer toutes les larmes de votre corps ( si vous êtes une femme soumise) ou bien à vous dégotter rapidement un amant histoire de vous venger (ça fait du bien par ou ça passe) et de faire revenir Monsieur la queue basse entre les jambes, ce qu'il ne manquera pas de faire, sa jeune blondasse l'ayant pompé jusqu'à la moelle. (Vous me pardonnerez ces tournures de phrases pour le moins scabreuses, mais la situation l'impose : la crise de la quarantaine n'est hélas qu'une histoire de fesses).
Alex ayant trente neuf ans, la révolte gronde. Il n'a pu s'empêcher de faire comme les copains !
Elle est plus jeune que moi de 5 ans. Elle est massive. Elle a un arrière train des plus prononcés. Je ne saurais déterminer la couleur exacte de sa "chevelure". Elle a une forte contenance. Elle ronronne quand on la titille. Elle a du mal à s'arréter quand elle est lancée. Elle commence sérieusement m'agacer. Et cela va faire un an qu'il entretient sa satanée maîtresse ; pas une semaine ne se passe sans que Monsieur ne lui fasse un petit cadeau : alors que je rêve d'une épilation définitive des jambes, en vain, Alex concède à sa maîtresse de nouveaux pneumatiques. C'est pourtant à la femme qui a allaité ses deux enfants qu'il aurait dû offrir des implants mammaires ... L'ingrat !
Tout ça pour une vieille bagnole !
Car, le fait qu'Alex travaille dans le milieu de la nuit, sa crise de la quarantaine a pris une forme pour le moins inattendue. Point de jeune pimbêche (lassé des stripteaseuses ) ni de secrétaire sévèrement poumonnée, mais une voiture. Oui, vous avez bien lu : une voiture !
Alex n'a jamais été de ces hommes qui ont besoin d'une voiture pour affirmer leur virilité (Enfin, ça, c'est ce que je croyais jusqu'à maintenant. Il m'aura fallu dix sept ans pour me rendre compte que finalement, j'ai épousé un bourrin comme les autres !) Oh, il me disait bien parfois au passage d'un break pour surfeur fauché, qu'il aimait ce genre de grosse vieille voiture américaine des années 70, mais je ne m'étais pas inquiétée outre mesure.
J'aurais dû.
Un soir de l'été dernier, mon mari est revenu avec un grand sourire aux lèvres : " Louise, j'ai acheté une voiture. Elle est géniale, tu vas l'adorer. Et puis elle est suffisamment grande pour transporter toute la famille et plein de valises. "
- Super. Je peux la voir ?
- Et bien, il y a un petit détail : elle est immobilisée dans un hangar en Eure et Loir.
- Heu, c'est un tracteur ?
- Presque ... C'est une Ford Taunus qui a trente ans. Je vais la retaper.
- Une Ford quoi ?
- Une Ford Taunus. C'est un peu la voiture de Starsky et Hutch (celle de Starsky et Hutch, c'est une Ford Torino , mais c'est dans le même genre. On retrouve ce type de voiture dans Hawaï Police d'Etat et plus récemment dans Life on Mars.) Mais la nôtre est un break. Je suis sûre qu'elle va te plaire.
- Crois-tu qu'on pourra se fumer des pet en regardant les vagues et qu'on pourra dormir dedans avec un bon duvet ? Je suis sûre que ton fils de deux ans va adorer. Les enfants, Papa va se laisser pousser les cheveux et va les décolorer avec de l'eau oxygénée et nous allons tous prendre des cours de surf. Cool, man !
Ce furent mes dernières paroles. Je ne lui ai plus reparlé pendant trois jours.
Refusant de priver mes enfants de leur père, j'ai choisi de rester et de faire avec cette pétasse au cul bas. Il a continué son aventure avec elle, allant même jusqu'à parcourir 200 bornes dans un camion afin de la ramener sur un plateau. Elle a eu droit à un relooking, un grand nettoyage, une révision et elle a passé le contrôle technique haut la main. La garce ! Enfin, le 16 mars, Alex et elle ont fêté ses trente ans en tête à tête, dans le garage la garçonnière qu'il s'est empressé de lui louer (place 503, 2ème sous-sol).
Mais, depuis quelques temps, le remord commence à ronger Alex. Hier, il m'a proposé un week end champêtre, en amoureux, au Puy-en-Velay les 5 et 6 juillet. J'ai pensé tout de suite à un petit voyage dans un élégant Coupé Mercedes, un Relais et Château, un dîner aux chandelles. J'ai dit oui, bien évidemment.
Je n'aurais pas dû.
Car, en guise de week end champêtre en amoureux, je vais avoir droit aux Taunus Days : un rassemblement d'amateurs de Taunus, avec barbecue, nuit dans un gîte et soirée bowling ... à moins que je ne crêve les pneus de la taunus d'Alex et que je ne lui défonce l'arrière train.
Mais que peut-il bien se passer dans la tête des hommes de quarante ans ?
07:00 Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, crise de la quarantaine, couple, ford taunus, week end
09.04.2008
Je fais des essais !
Mon blog fait des essayages pour le printemps. Ne vous étonnez donc pas si il change sans cesse ces jours-ci.
Ca amuse beaucoup Louise !
Pourquoi, comment.
Depuis que je suis en âge de tenir un stylo, j'écris. Oui, j'ai toujours écrit.
J'ai d'abord écrit à tout un tas de correspondantes, en Europe et en Amérique, à mes amies des quatre coins de la France. Avec ma plus ancienne amie, alors que nous n'avions que huit ans, nous avons entamé une correspondance journalière qui a duré à peu près trois ans. J'ai d'ailleurs religieusement conservé toutes ces lettres et les suivantes. A chaque anniversaire, chaque fête, chaque voyage, mes parents m'offraient des coffrets de papier à lettres. Ajoutez à cela des cartes de visite et des cartes de correspondance de toutes les couleurs que mon père, imprimeur, se chargait de me fournir. Je crois bien que j'ai ruiné mes parents en timbres et en blocs-notes.
Plus tard, à l'adolescence, j'achetais de grands cahiers Clairefontaine - je refusais d'écrire sur autre chose que ces belles feuilles format A4 avec des grands carreaux - à la couverture cartonnée rouge, demandais en cadeaux de magnifiques stylos à plume qui venaient s'ajouter à ma collection, et m'inventais des vies. Ma mère avait d'ailleurs eu l'extrême délicatesse (je crois ne lui avoir toujours pas pardonné !) d'ouvrir l'un de ces livres afin de le lire. Ensuite, elle m'avait demandé des explications au lieu de respecter mon jardin secret et de louer mon imagination déjà fertile. Sa réaction m'a d'ailleurs toujours surprise, elle qui aime tant lire.
Il n'y a qu'une seule fois ou elle eut un mot gentil à propos de ma propension à écrire tout le temps. En cours de français, nous devions décrire notre chambre. J'avais obtenu la meilleure note mais, alors que le professeur avait lu les rédactions de la plupart de mes petits camarades, elle avait fait une exception avec la mienne, la jugeant sans doute trop personnelle. En rentrant à la maison, Maman, ayant trouvé le brouillon dans la poubelle (elle devait encore vérifier que je ne vivais pas dans une autre vie), m'avait félicitée, me disant que j'avais un certain talent. Je crois bien qu'elle a conservé ce texte pendant quelques temps et l'a faite lire à nombre de ses amies.
Par la suite, j'ai tenté d'écrire mais je déchirai tous les papiers sur lesquels ma plume s'était attardée : je n'ai jamais été contente de ce que j'écrivais. Puis, le temps m'a manqué et j'ai cessé d'écrire. Et même si j'en avais eu la possibilité, je n'aurais pas su quoi écrire.
Finalement, il y a tout juste un an, j'ai découvert, par hasard, ce qu'était un blog. En septembre, je me suis lancée. Sans doute est-ce le fait d'être lue, j'ai soudainement eu des tas d'idées pour des notes. Savoir qu'on lit vos textes vous oblige à un minimum de travail, notamment celui d'inventer régulièrement, ce qui est certainement la chose la plus difficile. J'ai commencé par une note par jour afin de fidéliser un public de plus en plus nombreux, puis j'ai pris mon rythme de croisière : environ trois notes par semaines.
Ecrire est redevenu une nécessité. Cela me fait un bien fou même si l'écriture est pour moi un travail difficile et laborieux, même si je ne suis jamais satisfaite de mes textes. J'ai toujours besoin d'améliorer mes notes : tel mot ne convient pas, celui-ci n'est pas à sa place, ah une répétition, décidément cette phrase n'a pas lieu d'être ! Quand parfois il arrive qu'une de mes notes me satisfasse un tant soit peu, lorsque je la relis, je me dis : "Est-ce vraiment toi qui a écrit ce texte ? Oh non, c'est impossible. Comment as-tu fait ? Tu serais bien incapable de recommencer, n'est-ce pas ? " Puis, tout de suite après : "Quelle idée vas-tu bien pouvoir dégotter pour ton prochain texte ? Là, Louise, tu es vraiment dans la panade. "
Alors, je cherche, cherche et cherche encore. Quand aucune idée ne me vient à l'esprit, je suis furieuse et inquiète : "Aurais-je déjà épuisé toute mon imagination ? Aurais-je écrit la dernière note de ce blog ?" Parfois, cela m'empêche de dormir une bonne partie de la nuit. Je tourne et me retourne, je cogite et, vers trois heures du matin, une petite idée de rien du tout germe. A cinq heures, tout le texte est écrit dans ma tête. Je me rendors. A sept heures, le réveil sonne, j'ai hélas tout oublié.
Vers dix heures, des bribes se rappellent à mon bon souvenir. Je m'empresse de les noter dans l'éternel cahier à la couverture cartonnée afin de ne pas les oublier à nouveau. Enfin, après le déjeuner, je m'attaque à la rédaction. Je rédige généralement sur mon ordinateur, mais, quand la note exige un travail plus important, j'écris mon texte à la main. Hélas, mon écriture n'a jamais été un modèle de pleins et de déliés. J'écris tellement mal que bien souvent je suis incapable de me relire. Mes feuilles sont criblées de ratures, flêches, croix, traits, petits ronds qui m'aident à organiser mon texte. Les mots sont déplacés, barrés, changés. Je reviendrai plusieurs jours de suite sur le texte afin de l'améliorer encore et encore.
Finalement, le texte que vous lirez n'aura plus grand chose à voir avec celui imaginé à cinq heures du matin.
Et vous, comment en êtes-vous arrivés là ?
07:00 Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, écriture, blog
07.04.2008
Préférez-vous sur l'oreille ou par derrière ?
Il arrive parfois qu'on se sente décalé par rapport aux autres. Une situation nous dépasse, une conversation nous déstabilise et l'on s'isole de ceux qui nous entourent à ce moment précis. C'est l'expérience que j'ai vécue pas plus tard que mardi dernier. Non pas que tout ce que j'ai entendu m'ait choquée, mais je dois reconnaître que raconter au premier venu toute sa vie me met légèrement mal à l'aise. Non, je n'ai pas envie de tout savoir sur les gens que je croise à l'école tous les jours !!!
La Maman d'un ami de mon fils, avec laquelle j'ai sympathisé, m'invite à déjeuner avec deux de ses amies. J'arrive chez elle un peu plus tôt afin de faire déjeuner les plus petits qui ne sont pas encore scolarisés. Nous discutons tout en buvant un verre d'un très bon vin. La discussion est tout à fait banale mais agréable. Nous couchons les enfants pour qu'ils puissent faire leur sieste, puis les deux autres jeunes femmes, l'une enceinte l'autre célibataire, arrivent.
Le déjeuner peut commencer. Le vin aidant, du moins pour trois d'entre nous, la discussion prend doucement un tour plus intime. J'écoute plus que je ne parle. Bien sûr, je lance une petite boutade de temps à autre afin de ne pas passer pour la bêcheuse de service, mais je souhaite de moins en moins prendre part à la discusssion qui devient de plus en plus scabreuse au fur et à mesure que le repas avance. Si encore tout ce que je vais entendre par la suite était dit avec du second degré ... mais non, c'est dit avec le plus grand sérieux.
La célibataire raconte comment elle a conseillé à l'une de ses amies qui avait un rendez-vous amoureux. Celle-ci s'inquiétant du fait qu'elle avait ses règles le soir du rendez-vous, la célibataire lui dit : "Si il ne peut pas entrer par devant, tu le laisses entrer par derrière !"
Ce à quoi, la jeune femme enceinte rétorque : "Avec mon premier amour, on a tellement pratiqué la sodomie que maintenant j'en ai un petit peu marre."
Au risque de passer pour la coincée du quartier, je dois reconnaître que j'ai alors eu du mal à finir mon déjeuner. Heureusement, personne ne s'est tourné vers moi pour me demander mon avis ni mes habitudes sexuelles. J'ai baissé la tête vers mon assiette et ai décortiqué ma viande avec une minutie que je ne me connaissais pas. Et moi, qui ai toujours froid d'habitude, j'ai soudainement eu très chaud.
La discussion au moment du fromage ne s'est pas élevée davantage. Les clubs échangistes furent à l'honneur. "Untel fricote avec machine aux Chandelles, machin a sauté bidule et l'animatrice de telle émission s'est faite prendre sauvagement pas quatre types en même temps, dont un des copains de mon mari qui dit que c'est une grosse chaudasse. "(je ne sais plus si c'est le mari qui dit que c'est une grosse chaudasse ou si c'est le copain. Après avoir picolé, mes idées se sont légèrement embrumées !)
La jeune femme enceinte, toujours aussi en forme bien qu'elle n'ait pas bu comme moi quatre verres de vin rouge pour se donner une contenance, dit : "Oh, moi, l'échangisme ne me déplairait pas. Il suffit de se débrancher le cerveau et ce ne doit pas être désagréable. " (rappelez-moi de ne jamais lui présenter mon mari !) Regardez mon père : il a couché avec des tas de femmes, dont l'actrice machin chose qui est une grosse salope, et il n'en est pas mort. Bon, ma mère dit qu'on aurait du lui couper les couilles, mais ça c'est un autre problème ... Oh, mais tu ne connais pas mon père, Louise. Il faudra que je te le présente, ainsi que ma mère."
Je crois que je vais reprendre un verre de vin. Je ne sais même plus combien j'en ai bu déjà mais je sais que ce n'est pas encore assez !
Le dessert arrive. On savoure : le gateau pour les autres, le silence pour moi. Hélas, on débarrasse la table.
La célibataire sort alors de son sac un jeu de tarot. Si, si. (j'aurais eu le droit à tout lors de ce déjeuner) Etant l'invité d'honneur, c'est par moi qu'on commence. Impossible de botter en touche.
- Louise, pose moi des questions !
- Heu. Bah, je ne sais pas ce qu'on demande dans un cas pareil... Un autre verre de vin peut-être ?
J'ai de plus en plus chaud, moi. C'est une étuve ici ! Madame Soleil a chaud également ; elle fait donc une petite pause, se met en soutien-gorge et prenant ses seins à pleines mains : "mon ex adorait ce soutien-gorge. Qu'est-ce-que vous en pensez ?" On s'extasie, on soupèse mentalement chaque sein et on en revient à nos moutons le plus naturellement du monde :
- Veux-tu savoir comment va évoluer ton couple ?
- Allons-y pour mon couple ! (et pour un autre verre de vin aussi, ça me désaltèrera)
Bon, je fais vite : mon couple va bien, je vais bientôt partir en vacances (dans deux semaines, ce sont les vacances de Pâques ! ) et j'ai une belle-mère qui m'enquiquine. Vous êtes tous scotchés par ces révélations fracassantes, n'est-ce-pas ? Enfin, je respire, elle ne m'a pas prédit que le femme enceinte et moi-même échangerions nos maris ! Tout va bien.
Vient le tour de notre hôtesse qui veut elle aussi savoir comment va évoluer son couple.
La célibataire lui tire les cartes et commence son petit spitch. Je ne comprends rien de ce qu'elle raconte. (Non, ce n'est pas à cause du vin ! ) Alors, les trois jeunes femmes se tournent vers moi :
- Tu ne peux pas comprendre Louise, car tu ne sais pas tout. Son mari, que tu connais (un homme discret et charmant qui ne serait sans doute pas heureux de savoir que tous les parents de l'école sont au courant de sa vie sexuelle), ne la touche plus depuis quatre ans ! (oups, j'ai failli avaler mon vin de travers )
- Depuis quatre ans, il s'arrête aux préliminaires et après, pouf, il est tout mou. Moi j'en ai marre, car j'ai vraiment besoin de sexe, mais lui, il s'en fout.
Moi : " Ah...."
J'ai bu deux verres de vin cul sec et je suis vite partie récupérer mon fils aîné à l'école ... ivre-morte.
Le soir, j'ai bien sûr raconté tout cela à Alex et dire que nous n'avons pas rigolé serait mentir. On s'en est même donné à coeur joie. Mais j'ai un peu de mal avec ce grand déballage de sa vie intime aux copines. Il y a des choses qui ne regardent que mon couple et, au risque de passer pour une prude, jamais je ne raconterais ce que je fais avec mon mari. Une chose est certaine, il est hors de question que je présente la femme enceinte à Alex!!!
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04.04.2008
Cachez ce sein que je ne saurais voir.
Tandis que je surveillais mes enfants qui s'amusaient dans l'aire de jeux du Jardin des Plantes ou nous nous rendons pratiquement quotidiennement, la Maman d'un ami de mon fils Henri vint me saluer. Ayant accouché il y a deux mois, une de mes amies et moi-même nous extasiâmes, comme il est de bon ton de le faire en pareilles circonstances, sur la petite fille qui reposait dans les linges faisant office de porte-bébé. Alors que je m'inquiétais de savoir ou se trouvaient les bras et les jambes de l'enfant, la mère m'expliqua que le porte-bébé type Baby Bjorn (que j'ai utilisé ) n'était pas bon car il ne respectait pas la posture naturelle de l'enfant ( ah ? je ne connaissais pas le porte-bébé bio ! - la différence entre le baby Bjorn et le Bio, c'est que dans le Baby Bjorn, l'enfant a le coup soutenu, tandis que dans le bio, l'enfant a les cervicales en vrac : ça c'est bio Madame !!! ) Louise 0 - Autre Maman 1.
Le sujet du porte-bébé ayant été " débattu" (pas par moi, je préfère toujours me taire dans un cas pareil. Une mère qui montre les dents est une tueuse ! et moi, je tiens à la vie.), je demandai à la Maman si le grand frère, âgé de quatre ans et demi, acceptait bien la venue de sa petite soeur. Elle me répondit : " Oui, cela se passe bien car mon fils s'est sevré tout juste un mois avant la naissance de ma fille "
Moi : .........................
Je tiquai, pensant avoir mal compris et ne réussis finalement qu'à annoner un banal "Pardon", mais la Maman confirma sa première version.
"J'ai allaité mon fils jusqu'à ses quatre ans et demi. Mon fils s'est sevré tout seul !" clama-t-elle fièrement. (encore une chance, à son âge, pensai-je).
Mon Dieu, bien qu'ayant allaité mes deux fils six mois chacun, je ne peux pas m'imaginer allaiter, non pas un bébé, mais un enfant qui va à l'école.
Moi : "Peut-on allaiter un enfant quand on est enceinte ?"
"Non, me dit la mère, je n'avais plus de lait mais mon fils avait seulement besoin de sucer mon sein. Peu importait pour lui qu'il n'y ait plus de lait."
Juste ciel ! Qu'on allaite un enfant tard dans un pays ou les carences sont encore hélas monnaie courante me semble une évidence mais que, dans un pays développé, une mère laisse son fils de quatre ans et demi aggrippé à son sein vide de lait tandis qu'elle est enceinte de son second enfant me parait ahurissant. Mais que fait le père ? Ou est-il ?
La Maman a dû apercevoir mon regard horrifié car elle est devenu un peu froide à mon égard. Louise 0, Autre Maman 1 ? Mais, ne voulant pas râter la suite de la conversation, j'ai choisi de rester. A mon amie, elle a alors expliqué :
" Nous n'avons qu'une chambre à la maison, donc nous avons mis le lit de notre fils au bout du nôtre (moi, j'aurais laissé la chambre aux enfants et aurais dormis dans le canapé-lit du salon. Mais il ne s'agit pas de moi. Louise, boucle-la.). Mais mon fils escalade son lit et vient dormir entre nous. "
Mon amie : "Et ça ne vous empêche pas de dormir ?" (moi dans mon fort intérieur : En tout cas, ça ne les a pas empêchés de baisouiller puisque le deuxième est né !)
" Oh non, cela fait quatre ans que nous dormons tous les trois dans le même lit. Mon fils se met entre son père et moi."
(je me demande bien comment ils ont réussi à concevoir leur fille. Mais chut Louise, écoute !)
Mon amie : " Comment allez-vous faire quand votre fille va grandir ?"
" Et bien nous dormirons à quatre dans le grand lit ! " s'est exclamé la Maman en riant.
Suis-je la seule a trouvé cela bizarre et pas très sain ? Ce doit être bio ... Louise : 0 0 0 !
07:00 Lien permanent | Commentaires (52) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, bébé, allaitement
02.04.2008
Cluedo VI.
Sixième partie : Tout ça pour ça.
Le Commandant Lefront, que cette histoire de meurtre commençait à agacer compte tenu du nombre important de suspects, gara la vieille Clio au blanc douteux sur le parking de l'Institut Médico Légal, au 2 quai de la Rapée. Il était venu tant de fois ici tout au long de sa carrière qu'il ne prêtait même plus attention aux familles éplorées attendant le corps autopsié d'un proche. Il contourna la voiture et avança de quelques pas le long de la Seine : à chaque fois qu'il contemplait le fleuve depuis l'IML, il pensait aux nombres de corps que la Seine rejetait et qui finissaient irrémédiablement sur les tables d'autopsie juste derrière lui, derrière ce mur de briques rouges qu'il longea avant de pousser une lourde porte grise, le Lieutenant Stan sur ses talons.
L'intérieur de l'Institut était vieillot, rien à voir avec les laboratoires ultra sophistiqués des séries télévisées américaines. Les couloirs ressemblaient davantage à ceux aux peintures décrépies et jaunies du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Point d'ordinateur ultra puissant, ni d'espace ouvert accueillant des hordes de chercheurs et professeurs tous plus sexys les uns que les autres. Seulement de minuscules bureaux individuels et des salles d'autopsie aseptisées dans lesquels travaillaient, dans un silence religieux, des médecins qu'on souhaiterait ne jamais rencontrer.
Les deux flics frappèrent à la porte du toubib. Une voix enjouée les pria d'entrer. Le médecin était d'humeur joyeuse ce matin. Sans doute les deux autopsies qu'elle avaient déjà pratiquées ce matin (un dealer tué à l'arme blanche et un alcoolique ayant fait un malaise sur la voie publique) l'avaient mise en joie ; elle préférait toujours autopsier des hommes même fauchés dans la force de l'âge plutôt que des enfants morts des suites des coups assénés par leurs parents.
- Messieurs, bonjour. Asseyez-vous, je vous en prie. Nous allons faire vite, j'ai beaucoup de travail qui m'attend. Si je vous ai fait venir, c'est pour vous faire part de mes dernières découvertes quant à l'autopsie de la victime. Je vous rappelle que la victime semblait avoir été étouffée, mais sans souffrir et je n'avais trouvé aucune trace d'un quelconque morceau de tissus ou d'une lutte avec un éventuel agresseur. Ces constatations m'ont beaucoup troublée alors j'ai décidé de procéder à un deuxième examen de la trachée de la victime, tandis que, dans le même temps, le laboratoire étudiait le contenu de son estomac. Ce n'est qu'au bout de la quatrième inspection de la trachée de cette femme que j'ai découvert, caché dans un recoin, une jambe de N. J'ai poursuivi mes recherches et ai découvert un A. J'ai retiré les deux lettres délicatement avec une pince à épiler et les ai observées au microscope : elles étaient recouvertes de substances gastriques. Une idée m'est alors venue à l'esprit mais j'ai dû rongé mon frein en attendant les résultats concernant l'estomac de cette Louise. Vous savez comme nos labos sont débordés. Finalement, mon collègue m'a apporté ses conclusions que nous avons recoupées avec les miennes et nous sommes tombés d'accord. Voici ce qu'il en est exactement :
La victime a subi, par le biais de chercheurs en psychologie aux méthodes plus que douteuses, des pertes irrémédiables : ils ont pénétré dans le cerveau de la malheureuse afin de lui piquer ses idées, ce qui explique l'état de friche dans lequel était l'intérieur de son crâne. Suite à ces ponctions répétées, cette jeune femme a perdu doucement son inspiration. Elle a alors été confrontée à l'angoisse de la page blanche. Elle avait beau se mettre plusieurs heures devant son ordinateur, tout espoir de pondre une note digne de ce nom pour son blog s'était envolé. Chaque jour elle peinait et ce dur labeur commença même à avoir des répercussions sur sa santé mentale. Elle prit des médicaments afin de stimuler son imagination mais sans succès. Elle décida alors de cracher des mots, mais seules quelques lettres franchirent sa bouche. Elle choisit donc de vomir du texte mais c'est hélas cela qui causa sa perte : les mots ne réussirent guère à aller jusqu'à sa bouche. Seules quelques lettres (les jambes du N et le A) remontèrent dans sa gorge, les autres lettres restant bloquées dans son estomac (c'est ce que les laborantins ont retrouvé en étudiant le contenu de l'estomac : il était plein de lettres). Les lettres qui ont réussi à remonter ont finalement étouffé Louise S.
Messieurs, votre cliente est décédée suite à un manque total d'inspiration. Même si les psy sont responsables de la pénurie d'idée de la victime, vous ne pourrez jamais le prouver. On peut donc dire que c'est son blog qui l'a tuée. Louise l'avait très bien compris qui avait écrit sur l'écran de son ordinateur : "Tu m'as tuée." Je crois que vous pouvez clore l'affaire.
Les deux flics saluèrent le médecin légiste et quittèrent l'IML en silence. Il ne leur restait plus qu'à exposer aux proches de la victimes les causes exactes de la mort et à relâcher les suspects. Dans quelques jours, ils assisteraient à la messe donnée pour Louise en l'Eglise Saint-Médard, celle ou elle aimait tant aller faire un tour avec ses deux enfants pour y déposer un cierge. Sans doute que ses fils diraient : "Dis Papa, on allume une bougie pour Maman ?"
PS : Si l'envie vous prenez de venir à mon enterrement, mettez des cierges pour moi : il va m'en falloir plus d'un si je veux aller au Paradis ; pour l'instant, ce n'est pas gagné ! Et amenez des pivoines, c'est la saison en ce moment. Et avec un peu de chance, si le cercueil n'est pas encore fermé, vous verrez peut-être ma tête. Il se pourrait que je vous fasse un clin d'oeil ...
07:00 Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, crime, blog, paris vème arrondissement