« 2008-02 | Page d'accueil | 2008-04 »

30.03.2008

Cluedo V.

Cinquième partie : Petit meurtre entre amis.

 

Le Commandant Lefront fit entrer les suspects dans son bureau, situé au quatrième étage du 36, quai des Orfèvres. La plupart d'entre eux fut surpris de découvrir des bureaux minuscules aux murs gris et aux fenêtres grillagées donnant sur une cour servant de parking aux véhicules banalisés. Ils pensaient sans doute qu'ils allaient être reçus dans une vaste bibliothèque en bois d'acajou, être assis dans de confortables sofas recouverts de tissus Laura Ashley, tout en sirotant un Glenmorangie vingt ans d'âge ou un thé Darjeeling accompagnés de scones sortant tout droit des fours de chez Fortnum and Mason. Mais le Commandant Lefront clarifia immédiatement les choses : "Vous n'êtes pas les personnages d'un roman d'Agatha Christie ! Vous êtes ici parce que vous êtes tous, je dis bien tous, suspectés d'avoir assassiné, de sang froid, Louise S., une mère de famille. Vous aviez tous une bonne raison de la tuer. "

- Commençons par vous, Barbie !

 

Barbie, vêtue d'un nouveau manteau, se tortilla sur son siège. Elle portait autour du cou un boa de plumes roses qu'elle tripota nerveusement.

- Vous avez déclaré, sur votre blog, qu'on vous avait volé votre manteau alors que vous étiez passablement émêchée dans un bar louche du centre de Rouen. Vous en vouliez à la terre entière d'être ainsi dépossédée d'un bien qui vous était cher. Vous avez pensé que cette Louise avait le même. Alors, vous avez demandé à votre voisin Thibault, militaire, de tuer cette femme et de vous ramener son manteau. Thibault a accepté pour vos beaux yeux !

Barbie se leva d'un bond pour arracher les yeux au Commandant, mais le lieutenant Stan para à toute tentative de Barbie, qui, une fois dans les bras du charmant flic se calma aussitôt et s'empressa de lui faire les yeux doux.

 

Le Commandant Le Front passa au suspect suivant.

 

- A vous Jeanne, la Madame SPA de la Mayenne. Vous n'avez pas digéré le fait que Louise ait voulu faire un civet de votre lapin géant puis récupère la peau de la pauvre bête pour s'en faire une étole. Alors que votre mari vous croyait tranquillement occupée à créer des bijoux dans votre véranda, vous aviez largement le temps de vous rendre à Paris en TGV afin d'assassiner Louise.

Jeanne respira profondément. Cependant, elle ne put s'empêcher de pleurer en pensant à la pauvre bête qui avait fini en cocotte.

 

Alors que Gwen se demandait comment elle ferait dorénavant pour transporter ses crottins de Chavignol à la fête paroissiale de Chevaize une fois la vente de son 4X4 conclue, le Commandant Lefront se tourna vers elle, ce qui eut le don de l'agacer. Elle repoussa nerveusement l'une de ses mêches rousses et fixa ce flic qui commençait à lui donner des boutons.

- Gwen ! Je sais que vous n'avez pas bougé de chez vous au moment de la mort de Louise, mais vous auriez très bien pu demander à la Birette,  de le faire pour vous. je précise, pour les autres suspects, que la Birette est une sorcière démoniaque qui sévit dans le Berry.

- Et pour quelle raison aurais-je eu envie de tuer Louise, Commandant Lefront ?

-  Il se murmure que votre fille Lilith aurait entretenu une liaison avec son fils Henri. Est-ce-que je me trompe ? Et puis, vous avouerez qu'appeler sa fille Lilith quand on vit au pays de la Birette, c'est suspect.  

Gwen marmonna.

 

Mlféeclochette, que cette histoire de sorcellerie intéressait au plus haut point, sembla se refermer comme une huitre bretonne quand le Commandant Lefront parla de son cas.

- Mlféeclochette, en perquisitionnant à votre domicile, nous avons retrouvé une petite poupée en lin brodée au point de croix, portant le nom de Louise et piquée d'une multitude d'aiguilles. Le lieutenant Stan a enquêté et, avec l'aide du rebouteux de Plouginec dans les Monts d'Arrée, a découvert que vous vous adonnez à un rite vaudou implanté en Pays Bigouden par les premiers druides. Vous avez piqué cette poupée à l'effigie de la victime car vous n'avez pas supporté qu'elle préfère vivre à Paris plutôt qu'en terre celte. Et ne me dites pas que vous n'aviez pas le temps de l'assassiner puisque vous êtes passée à Paris lors d'un déplacement vers l'est de la France. 

 

- Vous aussi Cécile, vous étiez à Paris au moment du meurtre : vous étiez chez votre belle-mère. On a ainsi appris que vous aviez rencontré la victime le jour de sa mort afin de fomenter une rébellion contre vos belles-mères respectives. Que s'est-il passé pour que votre complicité vole en éclat ? Un différent quant à la manière d'assassiner vos belles-mères ? Louise voulait faire souffrir la sienne atrocement et vous la tuer rapidement et proprement ?

- Je vous en prie Commandant, s'écria Cécile, n'en parlez, ni à mon mari, ni à ma belle-mère !

- Madame, je vous laisse le plaisir d'annoncer à Belle-maman, lors du prochain repas de famille, que vous voulez lui faire la peau ... Entre le fromage et le dessert, je suis sûre qu'elle appréciera.

 

Tandis que les conseils avisés du Commandant Lefront à Cécile amusaient encore Le Chat, le vieux flic attaqua. 

 

- Le Chat, qui êtes-vous ? Avec vous, nous sommes un peu perdus et, j'avoue, vous nous avez donné du fil à retordre. Vous habitez dans le Vème arrondissement, comme la victime ; vous avez le même âge que la victime ; vous tenez un blog, comme la victime. Pourquoi, quand on a tant de points communs, en vouloir à Louise ? Nous avons une ébauche de réponse : parce que Louise aime bien faire la cuisine. Or, vous, la cuisine, ça vous met dans tous vos états. N'avez-vous pas dernièrement assassiné un homme à coups de rouleaux à pâtisserie juste parce qu'il vous avait demandé de vous mettre au fourneau ? Votre casier judiciaire ne vous rend pas service et vous met parmi les suspects les plus probables. Quand vous purgerez votre peine pour le crime au rouleau à pâtisserie, demandez à suivre une psychothérapie afin de réussir à déterminer votre appartenance sexuelle : ça m'a l'air un peu compliqué de ce côté-là.

 

- Oh, MissBrownie, ne vous réjouissez pas trop vite ! Vous n'êtes pas totalement innocente, même si vous, au contraire, adorez cuisiner. Ce n'est pas parce qu'on sait faire des petits gâteaux au chocolat qu'on est incapable de tuer. Au contraire ! Parfois, il est utile de savoir manier le couteau de cuisine quand on veut tuer quelqu'un puis le désosser, ne trouvez-vous pas ? Et le gaz, MissBrownie ? Que pensez-vous du gaz ? Vous vous entraînez à assassiner au gaz en ce moment, n'est-ce-pas ? Et Louise aurait été parfaite comme cobaye ! Avouez que vous y avez pensé.  

 

Alors que Missbrownie baissait les yeux, penaude. Le Commandant Lefront prit Cigale à partie.

 

- Et vous Cigale ? Rien à vous reprocher ? Pas même une petite envie de tuer Louise qui vous démangeait ces temps-ci ? Juste une petite, le jour ou elle a commenté une photo sur votre blog. Vous vous souvenez de cette photo de vos amis écossais en kilt. Reconnaissant les fesses d'un des hommes photographiés - n'avait-elle pas écrit " Mais je les connais ces fesses-là, moi !" ? Cette déclaration de Louise vous a mise hors de vous. Car cet homme, qui avait été votre amant, avait donc couché auparavant avec la victime. La jalousie fait alors faire bien des choses répréhensibles, comme tuer sa rivale par exemple ...

 

L'indignation se lut sur le visage de Cigale mais laissa de marbre le Commandant Lefront ; il en avait vu d'autres. 

 

- El Ultimo, vous êtes bien silencieux ! On a découvert que la victime et vous aviez organisé un petit trafic fort lucratif de poudre blanche et de feuilles d'érable entre le Canada et la France.

El Ultimo, abattu, baissa la tête, exhibant à la vue de tous son crâne luisant. Le Commandant Lefront, compatissant, se dit qu'il fallait être un peu fou pour choisir de vivre au Canada quand on n'a pas un cheveux sur le cailloux. Le policier, par réflexe, se caressa la tête en frissonnant.

- D'autre part, vous avez évoqué sur votre blog des recherches effectuées par des psychologues afin d'étudier la partie du cerveau appelée amygdale. Après vérifications, ce sont bien ces recherches qui ont laissés des traces dans le cerveau de la victime. C'est vous qui avez mis Louise en relation avec ces chercheurs. Entre nous, elle ne devait vraiment pas être finaude cette Louise pour gober ces conneries de chercheurs. Tout le monde sait que les amygdales sont au fond de la gorge ! Mais, pourquoi la tuer, au risque de cesser votre trafic peu recommandable ? Parce qu'elle en savait plus qu'elle n'aurait du ? (elle avait démasqué les véritables intentions des chercheurs : lui piquer ses idées en piochant directement dans son cerveau.) Parce qu'elle faisait plus de bénéfices que vous avec la vente des feuilles d'érable ? Faites gaffe, mon vieux, vous êtes dans le collimateur des Stup's !

 

Il y avait un silence de mort dans le bureau surchauffé du commandant Lefront. Celui-ci essuya son front à l'aide d'un mouchoir écossais puis se tourna vers Ju' qui agitait devant son visage une feuille en papier afin de se rafraîchir.

 

- Mademoiselle Ju', à votre tour de passer à la casserole, si vous me permettez cette petite familiarité ! Vous aviez rendez-vous avec la victime, mais vous avez déclaré : "j'ai eu un empêchement de dernière minute. Notre rendez-vous a été annulé."  En êtes-vous bien sûre ?

Ju' jeta un regard noir au policier, mais ne répondit pas. Celui-ci continua son monologue.

- En fait, vous vous êtes débrouillée pour connaître son adresse via son mail. Vous vouliez savoir à quoi elle ressemblait. N'aviez-vous pas insisté pour qu'elle montre son visage sur son blog, à l'époque ou elle s'était fait faire une frange ? Mais, lorsque vous l'avez vue, en vrai, vous n'avez pas supporté cette femme à l'air pas toujours très sympathique. Franchement, elle avait une sale gueule ! Ne serait-ce pas vous l'assassin Mademoiselle ?

 

Les autres suspects s'arrêtèrent de respirer. La tension était palpable. Le Commandant Lefront, maitrisant parfaitement l'exercice, laissa quelques instants avant de s'attaquer au suspect suivant. Il se délectait toujours de ce genre de situation, se plaisant à étudier les réactions des uns et des autres. Imperturbable, il se concentra alors sur Fanette.

  

Fanette faisait partie du clan des parisiennes. Pas les vraies, nées à Paris, mais les provinciales devenues parisiennes, comme la victime. On sentait qu'avec le temps elle avait pris de l'assurance, jusqu'à maitriser parfaitement les codes et usages de sa ville d'adoption : démarche nerveuse adaptée aux entrailles du métro parisien et garde-robe de la parfaite citadine. De l'eau était passée sous le Pont-Neuf depuis que Fanette avait débarqué à la fac ; elle en avait fait du chemin depuis qu'elle avait troqué ses mocassins bleu marine contre des bottes à la dernière mode.

- Mademoiselle Fanette, lors de l'une de vos promenades nocturnes dans Paris, n'auriez-vous pas rencontré Louise ? Oh, vous ne saviez pas que c'était elle, elle ne vous a pas dit son prénom. Mais vous vous êtes parlé une nuit que vous rentriez chez vous après avoir passé une agréable soirée dans un café avec votre bande d'amis. Elle vous a entretenu d'un évènement auquel elle avait été témoin. Souvenez-vous du jour ou vous avez voulu acheter des chaussures avec votre petit ami. L'échange verbal qui avait eu lieu entre la vendeuse, la patronne, votre ami et vous, avait été suivi par Louise. Cette dernière, vous reconnaissant dans le métro, vous a alors abordée puis a voulu vous faire chanter. Comment se débarasse-t-on d'un maitre chanteur Mademoiselle Fanette ?

Fanette leva les yeux au ciel d'un air blasé.

 

La voisine de Fanette, Milla, que ses Dim'Up semblaient gêner - une fois de plus elle avait oublié qu'il ne faut jamais mettre de crême hydratante sur ses jambes avant d'enfiler des bas - se redressa brusquement. Elle fronça les sourcils : ce n'était pas cet arrogant Commnandant Lefront qui allait l'enquiquiner. Elle aurait bien appâter le Lieutenant Stan, mais celui-ci semblait toujours aussi captivé par Barbie. Qu'importe, elle avait ce qu'il faut à la maison.    

- Milla, vous aussi avez rencontré Louise dans le métro. C'était un matin, alors que vous vous rendiez au bureau. La rame était bondée et un enfant hurlait. Vous lui avez donné un chewing-gum à la menthe. Mais le gôut du bonbon était si fort que le petit graçon a pleuré, vous attirant ainsi les reproches de sa mère. Cette mère, c'était Louise. Vous avez alors voulu arracher les yeux à cette femme qui vous rendait responsable de la crise de larmes de son rejeton. A quel point est-ce agaçant un gamin qui braille dans le métro, Milla ? Au point de tuer sa mère ?

Milla remonta son Dim'Up, parti en accordéon sur sa cheville gauche suite à l'attaque du Commandant Lefront. Le flic, après avoir apprécié en connaisseur le galbe du mollet de la jeune femme, reporta son attention sur la non moins jolie Oopsgal.

 

Oopsgal, toujours tirée à quatre épingle, était accrochée à l'anse de son sac Gérard Darel, cadeau de Noël de son ami. L'inquiétude semblait ne pas avoir prise sur elle ; sans doute se considérait-elle à l'abri des représailles de la Police française du fait de sa liaison avec un jeune avocat plein d'avenir. 

- Oopsgal, quelle a été votre réaction quand votre ami a appris l'existence de votre blog suite à un message de Louise ? Votre ami n'a-t-il pas hurlé à la duperie ?

Oopsgal chercha une aide du regard, mais elle était bien seule à cet instant. Pas même un pompier pour voler à son secours.

- N'est-il pas vrai que vous avez songé à vous débarrasser de Louise puisqu'elle était le seul témoin gênant dans cette affaire ?

Oopsgal ne répondit pas, préférant se concentrer sur sa liste de courses : c'était le jour de sa visite hebdomadaire au Monoprix du Boulevard Saint-Michel.

 

Sarmentanne sut que c'était son tour de subir les foudres du policier de la Crim'.

 

- Sarmentanne, chacun sait ici que vous détestez les magasins de bricolage. C'est pourtant dans l'un d'eux que vous avez rencontré Louise un dimanche matin. Vous faisiez la queue juste derrière la victime afin d'acheter un nouveau marteau. En réclamant un échange, elle vous a obligée à rester quinze minutes de plus que prévu. Vous n'avez pas supporté et avez pensé à tuer cette cliente pénible en utilisant votre marteau flambant neuf. Est-ce exact Sarmentanne ?

- Ce qui est exact Commandant, c'est que si je tenais ce marteau en main, je vous en assénerais volontiers un coup sur la tête.

 

Le Commandant, que ce genre de menace ne semblait absolument pas impressionner, se contenta d'esquisser un sourire et de s'adresser au dernier suspect, Jean-Pierre.

 

- Jean-Pierre, il ne reste plus que vous. On sait que vous vous êtes rendu au Havre, ville de naissance de la victime. Vous êtes allé visiter le musée André Malraux afin, non pas d'y admirer quelques toiles des plus fameux peintres cauchois, mais pour essayer de faire connaissances avec quelques célibataires du coin. Cependant, vous semblez avoir été déçu : il n'y avait que des boudins. Vous ne saviez donc pas que le musée détenait l'un des plus importants fonds de toiles d'Eugène Boudin ? Lorsque vous avez dit à Louise que sa ville natale était le pays des boudins, cette dernière, complètement inculte, l'a pris pour elle et s'est promis de se venger. Crayant son courroux, vous auriez pu préférer attaquer en premier. L'idée vous a d'ailleurs traversé l'esprit. 

Jean-Pierre ne put s'empêcher de faire un petit jeu de mots : "cette histoire est vraiment en train de virer en eau de boudin !" qui eut le mérite de détendre l'atmosphère.

 

Soudain, le téléphone retentit dans le bureau du Commandant Lefront. Le Lieutenant Stan répondit : "Brigade Criminelle de Paris, bureau du Commandant Lefront !"

 

"Bonjour Lieutenant, c'est le médecin légiste. Je vous appelle pour vous donner les résultats définitifs de l'autopsie de Louise S.".  

26.03.2008

Cluedo IV.

Quatrième partie : pas nette cette Louise.

 

Le groupe de recherche de la Crim' s'est intéressé à la vie de cette femme, "bien sous tout rapport". Ils ont étudié son emploi du temps, son environnement, ont interrogé ses voisins. Bref, toutes choses susceptibles d'en apprendre un peu plus sur la défunte. Il s'est avéré que cette Louise S. connaissait énormément de monde dans son quartier. Questionner tous les voisins, amis, relations et connaissances de la victime a pris un temps fou aux hommes du Commandant Lefront. Il leur a fallu recueillir les témoignages de TOUS les commerçants de la rue Mouffetard, les parents de l'école ou étaient scolarisés le fils aîné de la victime, le personnel de la halte garderie ou se rendait le fils cadet, les voisins

Si les voisins ont été pour la plupart choqués d'apprendre la mort de cette mère de famille, le lieutenant Stan a tout de même noté une haine profonde du couple de chiliens du premier étage de l'immeuble ou résidait Louise : une altercation concernant l'ouverture des fenêtres de la cage d'escalier serait à l'origine de la brouille. D'autre part, les locataires du troisième étage n'ont même pas pris la peine de cacher leur joie à l'annonce de la nouvelle : " Ah, la bonne femme du 4 qui râle quand on joue de la batterie à trois heures du matin ? Génial ! " se sont-ils écriés. Heureusement, les flics ont quand même appris que la jeune femme adorait recevoir de ses voisins du cinquième, du saucisson quand ceux-ci revenaient de leur maison de vacances en Ardèche. On ne ramène pas du saucisson à sa voisine si on ne l'estime pas un tant soit peu.

Le Lieutenant Stan a également interrogé les habitants de l'immeuble d'en face. Un couple de retraités n'a rien remarqué d'anormal : "on la voyait jouer avec ses deux enfants ; cela nous rappelait nos petits-enfants qui vivent en province ". Un jeune couple a révélé que la victime les avait à plusieurs reprises surpris nus derrière leur fenêtre et qu'à chaque fois elle avait beaucoup ri. Stan se demande si il n'y aurait pas là motif à tuer ? Enfin, la gardienne de l'immeuble a affirmé que la victime avait, il y a quelques années de cela, empêché la locataire du sixième de sauter dans le vide. La jeune femme voulait en finir avec la vie suite à une énième querelle avec son fiancé, un type pas très intéressant d'après la concierge. Cet homme pourrait-il avoir voulu se venger de cette Louise qui s'était mêlée de ses affaires ?

En interrogeant les amis de la victime, tous profondément émus, les policiers ont découvert que ceux-ci n'avaient absolument aucune idée de la double vie "bloguesque " que menait Louise S. Ils ont tous été surpris d'apprendre que la défunte écrivait un blog depuis maintenant plus de six mois. " Et moi qui lui aurais donné le Bon Dieu sans confession !" a-t-on pu entendre. "Elle cachait bien son jeu Louise !" "Cela fait des mois et des mois qu'elle nous ment."

A la sortie de l'école, les commentaires vont bon train : "Du jour ou elle a coupé sa frange , elle n'était plus la même." "Qui faut-il croire ? La blogeuse ou la mère de famille ?"  Même la directrice de l'école y est allée de son petit laïus : "une femme qui n'arrive pas à l'heure à une réunion parents-instituteurs a des choses à cacher !" "Il paraîtrait même qu'elle tiendrait un blog ..." "Et puis, ses chaussures à talon : m'étonnerait pas qu'elle fasse le tapin ! Peut-être même qu'elle utilisait son blog pour offrir ses services ? Allez savoir avec ce genre de femme ..."

Après avoir vérifié toutes ces déclarations, les hommes de la Crim' ont dû se résoudre à fermer ces portes. Une nouvelle fois, la piste du blog semble la plus sérieuse.

 

24.03.2008

Cluedo III.

Troisième partie : Trois questions. 

 

La tâche de l'enquêteur dans une affaire criminelle consiste à ouvrir des tas de portes afin de multiplier les pistes, puis à les refermer après les avoir méticuleusement vérifiées pour parvenir finalement à répondre aux trois questions essentielles : Comment ? Pourquoi ?  Qui ?

Comment ? L'autopsie a en partie répondu à la question : Louise est morte par suffocation. On peut supposer qu'elle a été assassinée étant donné le texte écrit sur son ordinateur. "Tu m'as tuée ". Mais une question se pose obligatoirement : la victime a-t-elle écrit ce texte elle-même ou bien est-ce l'oeuvre de son assassin ?

Pourquoi ? Cette femme vivait en apparence de manière tout à fait paisible. Mais en creusant un peu, le lieutenant Stan va sans doute découvrir des ennemis à cette mère de famille (qui n'en n'a  pas ?). Notez déjà les commentaires laissés par ses lecteurs sitôt l'annonce de sa mort faite : personne ne semble la regretter (les ingrats !). Sa vie était-elle aussi lisse ? Qu'a-t-elle donc fait pour qu'un homme ou une femme puisse vouloir sa mort ?

Qui ? Les hommes du Commandant Lefront se sont lancés à la recherche de suspects. Ils sont nombreux. La première personne suspectée est bien sûr l'époux de la victime. Alex, 49 ans, homme des nuits parisiennes, a été entendu dans les locaux de la Crim, au quatrième étage du 36 quai des Orfèvres. Le capitaine Brocan, un vieux de la vieille de la PJ *, LE procédurier, qui manie aussi bien la plume que le verre de whisky, a recueilli la déposition du mari. Celui-ci a un alibi en béton : à l'heure ou sa femme était assassinée, il était en compagnie de stripteaseuses dans un club parisien. Les danseuses, surnommées Lola La Tigresse et Angélique Seins d'acier, ainsi que le tenancier de l'établissement, un certain Jojo Le Borgne bien connu des services de police pour association de malfaiteurs, ont confirmé la version de l'époux. Alex a été relâché dans la matinée.

Ensuite, les hommes de la Brigade Criminelle ont interrogé l'entourage proche de la victime : toute la famille est sous le choc de cette tragique disparition et a été mise hors de cause dans ce crime odieux.

Les recherches se sont alors orientées vers le blog de la défunte. Peut-être est-ce là la clef du mystère ? L'ordinateur portable de la victime a été emporté dans les bureaux du Commandant Lefront. Celui-ci, aidé d'un spécialiste en informatique de l'IJ*, a décortiqué le contenu du disque dur. Les enquêteurs pensent trouver des pistes. D'après un indic, il se pourrait même que quelques suspects aient été d'ores et déjà identifiés. Il s'agirait de bloggeurs avec lesquels la victime aurait échangé des commentaires. L'enquête avance à grands pas !

  

 

 

*PJ : Police Judiciaire.

*IJ : Identité Judiciaire.

21.03.2008

Cluedo II.

Deuxième partie : les causes du décès.

 

IML*, quai de la Rapée, 10h.

Le commandant Lefront envoya l'un de ses hommes, le jeune et sympathique lieutenant Stan, tout nouvelle recrue de la Crim, assister à l'autopsie du corps de la victime.

Stan avait pris l'habitude de ne plus se sustenter avant ce qu'il appellait "la grande séance de couture", suite à une autopsie particulièrement éprouvante à laquelle il avait assisté et qui l'avait envoyé en catastrophe aux toilettes de l'IML situées à l'autre bout du couloir. C'est donc le ventre vide qu'il entra dans la salle carrelée de blanc.

Sur la table, le corps de Louise reposait recouvert d'un drap immaculé. Hormis sa blancheur cadavérique, elle semblait juste endormie. Lorsque le lieutenant Stan s'approcha, il eut la curieuse sensation qu'un léger sourire se dessinait sur les lèvres de la défunte. Une sorte de sourire coquin qui semblait dire : " Pas mal le jeune lieutenant qu'on m'envoie. Plus sexy que le commandant Lefront. Je lui sauterais bien dessus si je pouvais." Stan se troubla légèrement.

Le médecin légiste, une femme, entra, salua le policier d'un signe de la tête puis découvrit le corps. Stan se troubla davantage en pensant : " Dommage qu'elle soit morte cette Louise. Plutôt bien roulée pour une mère de deux enfants. "  (Bah quoi, j'ai le droit de m'envoyer des fleurs, je suis morte !).

L'autopsie commença. Le médecin vérifia qu'il n'y avait pas d'hématomes en incisant de coups brefs tous les membres de la victime, fit quelques prélèvements, puis coupa la peau au niveau du thorax, sectionna une à une les côtes et examina les différents organes. Rien d'anormal. Après, le toubib ôta proprement le cuir chevelu et scia le crâne. " Ouh la la, elle a la tête dure celle-ci ", s'exclama le médecin, s'y reprenant à trois fois avant de réussir à ouvrir la boîte crânienne. Quand enfin le cerveau apparut à l'air libre, quelle ne fut pas leur surprise de constater un cerveau particulièrement brillant. Ca brillait de mille feux, faisant passer la salle d'autopsie pour le Macumba Night un samedi soir. (On vous ferait gober n'importe quoi, hein ? Comme si mon cerveau pouvait ressembler à une boule à facettes !) Une chose attira leur attention : le cerveau de Louise parassait avoir subi diverses expériences. Le médecin fit allusion à des recherches que font parfois des psychiatres ou des psychologues afin de mieux connaître le cerveau humain. Stan nota ces remarques dans le calepin qui ne le quittait jamais puis reporta son attention sur l'examen de la trachée artère de la victime. Le médecin légiste semblait hésitant. Elle dit : " Si l'on en croit l'autopsie, cette jeune femme est morte par suffocation. Le problème est que je ne retrouve rien dans sa trachée, par même un morceau de pain, qui pourrait expliquer cette mort. On pourrait penser que l'assasin a enfoncé un gros morceau de coton dans la gorge de la femme, a attendu qu'elle suffoque puis a ôté le bouchon de coton. Mais dans ce cas, il y aurait des traces de lutte ou des fibres de coton coincées encore dans la gorge. Or, rien de tout ça. Et regardez le visage de cette jeune femme, elle semble ne pas avoir souffert dans ses derniers instants. C'est la première fois que je vois un cas pareil. Vous allez avoir du pain sur la planche lieutenant Stan. Bon courage ! Je vous remettrai mes conclusions définitives d'ici trois jours. En attendant, je vais refaire une beauté à cette jeune femme. "

Stan enfouit son calepin dans la poche de son blouson en cuir et jeta un dernier coup d'oeil au corps étendu. Il en aurait mis sa main à couper : cette Louise lui avait fait un clin d'oeil !

 

P.S : Etant donné que je suis morte, je suis dans l'incapacité totale de répondre à vos commentaires. Quant à mon âme, elle s'est envolée en direction du Havre jusqu'à lundi afin d'aller chercher des oeufs de Pâques dans le jardin de mes parents. Bah, faut bien que je la nourrisse !

 

* IML : Institut Médico légal.

20.03.2008

Cluedo I.

Première partie : la découverte. 

 

Le cadavre d'une jeune femme âgée d'une trentaine d'années a été découvert à son domicile, la tête reposant sur le clavier de son ordinateur. Sur l'écran, le blog d'une dénommée Louise et cette énigmatique phrase : " Tu m'as tuée !"  La police, aussitôt dépêchée sur place, a conclu à un homicide, même si aucune trace de violence n'a été constatée. Après les premières constatations effectuées par le commandant Lefront de la prestigieuse Brigade Criminelle de Paris, il s'agirait de Louise S., âgée de 35 ans, mariée à Alex S. qui a formellement identifié le corps de la victime, mère de deux jeunes garçons et créatrice du blog "Mes amours mes emmerdes". L'enquête, qui ne fait que commencer, s'annonce longue et difficile. Les résultats de l'autopsie apporteront certainement de nouveaux éléments à l'enquête.

 

 

18.03.2008

E-Bay, c'est nul !

Il s'est avèré que derrière le pseudo masculin se cachait en fait une femme ...

 

 

17.03.2008

J'adore E-Bay !

Aujourd'hui, je n'étais pas très motivée pour venir sur mon blog et les vôtres. J'ai préféré faire un peu de lèche-vitrine sur E-Bay, toujours à la rubrique "sac, se terminant dans l'heure" (je suis pressée quand je vais sur E-Bay, ça m'énerve d'avoir à attendre plusieurs jours pour savoir si oui ou non je vais gagner). Et j'ai remporté un très joli sac baguette Fendi neuf pour la modique somme de 50 €.

Ah, la semaine commence bien.

 

J'allais oublié : je suis en train de voir si une remise en main propre serait possible ...

14.03.2008

Un p'tit tour déprime s'en va.

Il m'arrive de temps à autre d'être lasse de Paris. Je trouve alors l'atmosphère pesante, le manque de courtoisie des parisiens me hérisse, le bruit des voitures m'agresse, l'énergie de cette métropole qui habituellement me pousse m'épuise. Dans un tel cas, une seule solution : mon petit tour réparateur de moral en berne.

 

A 9 heures du matin, je quitte l'appartement avec enfants et poussette, direction le Jardin des Plantes. Je remonte les allées vers le soleil d'Austerlitz qui se lève derrière la grille. Peu de monde, pas de bruit, l'odeur de la terre fraîchement retournée par les jardiniers qui s'activent. Mes enfants font la course, ramassent des branches et crient à l'attaque en courant derrière un pigeon qui semble en avoir vu bien d'autres. Arrivés au niveau de l'entrée de la Galerie de Paléontologie, nous ne manquons pas de dire un petit bonjour à la statue du stégosaure et de jeter un oeil inquiet au mammouth qui accueille les visiteurs.

Je remets Franz dans sa poussette et Henri vient tout naturellement s'aggripper à la poignée afin de traverser la route qui nous sépare des quais de Seine. Une fois de l'autre côté des voies, il faut absolument aller sur le pont d'Austerlitz pour regarder les péniches passer. A 9h30, nombreuses sont les barges chargées de sable ou de gravier qui descendent la Seine. Nous pourrions rester ici des heures mais je commence à m'impatienter et seule la promesse d'aller aux jeux proches de l'Institut du Monde Arabe réussit à arracher mes fils à la contemplation du trafic fluvial. Nous déambulons dans les allées du square Tino Rossi qui s'étend de la place Valhubert jusqu'au pont de Sully et est parsemé de scupltures contemporaines qui amusent beaucoup les garçons, notamment deux espèces de grandes baignoires retournées qui font un bruit pas possible quand on leur tape dessus. Les premièrs bateaux mouches font demi tour au large du jardin, incitant les enfants à faire des coucous bruyants aux  touristes qui leur répondent. Puis, nous effectuons une première pause à l'aire de jeux du pont de Sully déserte à cette heure de la journée : courses, sauts, glissades , cris et chutes sont au programme. Il y a parfois des pleurs mais ils sont vite stoppés par un bisou et un petit oeuf en chocolat ou une barquette à la fraise.  A nouveau le problème se pose : comment réussir à les entraîner vers d'autres lieux alors qu'on s'amuse tant à shooter dans un ballon ? La promesse d'un arrêt à la boutique d'Alain Carion de l'Ile Saint-Louis fait son petit effet : en trois minutes nous quittons les jeux.

La distance qui nous sépare du pont de la Tournelle ou trône fièrement la statue colossale de Sainte-Geneviève est vite parcourue : Henri a l'habitude des longues marches dans Paris et en remonterait certainement à plus d'un adulte. Quant à Franz, il babille gaiement dans sa poussette et salue des deux mains tous les piétons que nous croisons.  Nous apercevons au loin l'arrière de Notre-Dame : sans hésiter, la plus belle vue de Paris, surtout le matin quand le soleil qui se lève éclaire subtilement les aiguilles de dentelle de l'église. La traversée du pont prend plus de temps que nécessaire : Sainte-Geneviève fascine Franz qui se sent tout intimidé, Henri me demande ce que peut bien faire une mouette à cet endroit et j'admire les façades des hôtels particuliers de l'Ile Saint-Louis.

Soudain, la luminosité baisse. Nous sommes rue Saint-Louis en l'Ile. Les rayons du soleil ne parviennent pas jusqu'à la chaussée. Les façades se font moins aristocratiques et les somptueuses portes cochères ont cédé la place à de minuscules échoppes. Boutiques de souvenirs alternent avec des galeries d'art, des salons de thé et glaciers pour américains, quelques magasins d'alimentation aux proportions de maisons de poupées et des troquets typiquement parisiens. Les touristes n'ont pas encore envahi la rue. Seuls les habitués et quelques ouvriers prennent leur petit noir aux zincs rutilants tout en discutant avec le garçon de café qui porte sur son épaule un chiffon déjà plus très blanc. Des commerçants sur le pas de leur porte nous saluent chaleureusement. Nous entrons dans la première galerie d'art. Les galeristes, surpris de voir des enfants si jeunes s'intéresser aux sculptures exposées, nous font généralement faire le tour du propriétaire tout en commentant les oeuvres, à la grande joie des enfants et de leur Maman. " Tatue Maman, tatue ! A belle tatue ! " s'exclame Franz tandis qu'Henri, le plus sérieusement du monde, explique quelle sculpture est sa préférée et laquelle l'est moins. Nous remercions le galeriste et le saluons puis passons à la galerie suivante. Nous les faisons toutes les unes après les autres. Jusqu'à arriver au summum de notre visite, le numéro 92 de la rue Saint-Louis en l'Ile : la boutique d'Alain Carion . Cette boutique minuscule regorge de mille et un trésors : des pierres et des fossiles ! " Attention Henri, interdiction de toucher. "  L'intérieur du magasin est sombre. Des vitrines s'alignent le long des murs et présentent les pierres les plus fameuses. Les tiroirs des commodes cachent des merveilles. Au centre, un vaste meuble étiquetté de noms en latin laisse présager d'autres richesses. Et, sur le dessus, des petites cases qui contiennent quelques exemplaires abordables. Après un long tour d'horizon ponctué de nombreuses explicatons par le charmant vendeur, il est temps pour Henri de choisir une pierre pour sa collection. Quand le marchand apprend que mon fils collectionne des morceaux de roche et des ammonites, tous deux se mettent à discuter et plus rien ne peut les arrêter, pas même un riche client qui vient spécialement pour acquérir l'une des plus belles et plus onéreuses pièces du magasin. Finalement, le client se joint à la discussion et je n'ai plus qu'à me faire une raison. Les deux adultes aident mon fils à choisir un petit cristal jaune bouton d'or à 3€. Le jeune homme écrit religieusement le nom latin de la pierre, sa provenance et son âge sur une jolie étiquette cartonnée et glisse le tout dans un sachet individuel. Ensuite, il se saisit d'une petite ammonite à 5 € et réitère le rituel de l'étiquetage avant d'offrir le sachet à un Henri rouge de joie. Quand le vendeur annonce gravement à mon fils qu'il est son plus jeune client, il est fier comme un pape. Nous pouvons enfin partir et poursuivre notre promenade.

Nous passons devant les glaces Berthillon à une heure ou il n'y a pas encore foule. Même le pont Saint-Louis est déserté par les rollers et les musiciens. Direction le square Jean XXXIII qui cerne l'arrière de Notre-Dame et ou trône une ravissante fontaine dans laqelle viennent se baigner les oiseaux. Mes deux garçons se tiennent par la main et vont s'accouder à la minuscule clôture qui protège la fontaine. Alors, les touristes japonais me demandent s'ils peuvent photographier ces deux petits blondinets si " kawaï ". Henri et Franz se prêtent de bon coeur à ces scéances improvisées sous le regard fier de leur Maman. Las de poser, nous nous dirigeons vers les jeux, le long de Notre-Dame : quelques pâtés dans le bac à sable puis nous nous rendons au point zéro, au milieu des touristes qui, le nez en l'air regardent la façade de l'église tout en écoutant religieusement leur guide tenant un parapluie rose bien quil fasse un temps magnifique. Une jeune provinciale vient me demander son chemin. C'est toujours un bonheur pour moi que de ne plus être prise pour une touriste à Paris. " Ca y est Louise, tu es une véritable parisienne !" Je la renseigne et elle me gratifie d'un sourire.

Il est temps pour nous de rentrer à la maison. La route est encore longue pour de petits enfants. Nous rejoignons le Vème arrondissement en empruntant le pont au Double, puis, regagnons la place Maubert Mutualité ou se tient le marché. Nous achetons quelques chouquettes chez Kayser afin de reprendre des forces et affronter la montée jusqu'à la place Monge. Bien sûr, nous faisons une petite pause dans le très joli jardin de Polytechnique. Parfois, Henri y retrouve l'un de ses camarades tandis que je fais tourner le petit manège rouge pour Franz. Nous remplissons la poussette de quelques feuilles et marchons, lentement, jusqu'à la maison. Henri raconte qu'il va classer ses pierres et qu'il va devoir demander à son Papy Cailloux une casse d'imprimerie pour y ranger son trésor minéralogique, Franz commence à somnoler, je souris. Nous pouvons rentrer, toute mélancolie est définitivement envolée.   

12.03.2008

A table !

Les français, ainsi que l'affirme Stephen Clark dans son excellent et drôlissime bouquin "God save La France", mettent au même niveau la bouffe et le sexe. Je ne parle pas ici des français qui se goinfrent de pizzas ou de hamburgers, qui confondent cuisiner et mettre un plat sous vide au micro-ondes. Je parle des français qui aiment manger des plats du terroir cuisinés avec amour, qui aiment ou rêvent de gouter les chefs-d'oeuvre des derniers étoilés du Guide Michelin, qui aiment s'installer autour d'une grande table  avec des amis, qui aiment cuisiner et essayer de nouvelles recettes toutes plus apétissantes les unes que les autres ; bref, des bons-vivants amateurs de bonne chère.

Sexe et bouffe seraient donc à égalité pour nous, Franchouillards aux palais délicats et raffinés ?

Premièrement, vous noterez l'homophonie entre chair et chère. Celle-ci est effectivement très révélatrice. De plus, ainsi que je l'ai noté dans mon introduction, l'on dit " cuisiner avec amour". Pétrir s'applique aussi bien à de la pâte qu'aux seins d'une femme ou aux fesses d'un homme. Ne dit-on pas passer à la casserole ? La grivoiserie gauloise ne s'y est pas trompée qui empreinte également au lexique culinaire : on bouffe, on suce, on lèche, des prunes, des oeufs, des bonbons et autres nourritures corporelles. Donc, d'un point de vue lexical, un point partout, la balle au centre.

Deuxièmement, la bonne nourriture est, pour nous, indissociable du plaisir physique : point d'étreinte charnelle sans bon dîner auparavant. Le mâle le sait bien qui, pour attirer la femelle dans son lit, devra au minimum se fendre d'un repas au restaurant. Il saura évidemment, qu'il convient de ne manger ni escargots, ni tournedos à l'échalotte, ni Munster mais de choisir des mets aux goûts et odeurs moins prononcés s'il veut, ne serait-ce qu'embrasser sa promise. Cette dernière, pour arriver à ses fins, se devra de faire hommage au repas (on suppose qu'une femme s'astreignant à un régime ne saurait apprécier davantage les plaisirs physiques ) et d'éviter les plats parsemés de persil afin de ne pas coincer l'herbe aromatique entre ses dents : son sex-appeal en prendrait un sacré coup.

Troisièmement, l'étude du contenu des assiettes en dit long sur son futur partenaire. Si l'on choisit un plateau de fruits de mer, c'est qu'on n'est visiblement pas pressé : éplucher un tourteau dignement demande du temps et de la maîtrise (ça promet pour la suite ...). Choisir un poulet au gingembre reflète un caractère légèrement superstitieux et inquiet : Monsieur a besoin d'un aphrodisiaque pour vous mettre dans son lit.  Un steack frites ? Soit Monsieur n'est pas très curieux dans le domaine culinaire et la suite risque de manquer de saveur, soit il se moque complètement de ce qu'il a dans son assiette se contentant de savourer votre beauté. Attention, danger si il demande le quatre-quart, le même que celui que lui fait sa Maman, mais en moins bon, forcément : Monsieur, ou devrais-je dire Grand Couillon, est incapable de couper le cordon ombilical et, dès demain, après votre partie de jambes en l'air, vous enmènera chez sa mère qui décidera si oui ou non (et ce sera non, croyez-moi) vous avez les qualités requises pour faire le bonheur de son fiston.

Quatrièmement, une digestion digne de ce nom s'accompagne toujours d'un digestif d'une sieste coquine : les français aiment faire ripaille mais si en plus cela peut déboucher sur une partie de jambes en l'air, alors le plaisir est total.

 

Juste une question : que choisissez-vous quand vous êtes invité au restaurant ?

11.03.2008

SNCF, c'est possible.

Lorsque nous partons en vacances en Bretagne, nous aimons prendre le train. Ainsi, nous évitons les bouchons depuis la porte d'Italie jusqu'au péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines, nous sommes confortablement assis dans le TGV pendant quatre heures trente au lieu de rouler sept heures durant, nous nous épargnons les arrêts en catastrophe aux aires d'autoroute bondées : "Papa, j'ai envie de faire pipi !", les enfants à gérer depuis le siège avant : " Arrétez de vous chamailler les garçons !" " Louise, fais quelque chose voyons. Je conduis, je ne peux pas tout régler une fois de plus." Non, non, non, tout cela n'est pas pour moi. Hélas, nous ne sommes que des humains et, par conséquent, ceci n'est finalement que la vie rêvée des hommes. La réalité est généralement beaucoup plus cruelle.

 

Premier samedi des vacances. Gare Montparnasse. 7h45.

Enfants, bagages et poussette sont en tas, juste en dessous du panneau "Trains au départ". Nous attendons l'affichage du numéro du quai pour le TGV Paris-Quimper via Rennes. Les garçons, pas encore tout à fait réveillés, bousculés par les voyageurs pressés et craignant d'être happés par la foule, ne s'aventurent guère au-delà du rempart formé par nos valises. 

Finalement, le panneau indique "Quai n°5" pour notre train. La foule se rue vers les composteurs mais les usagers sont rapidement bloqués par ceux qui ne trouvent pas leur billet et restent plantés l'air paniqué, cherchant, parfois en vain, le fameux sésame dans leur sac bourré à craquer, ceux qui ne mettent pas le ticket dans le bon sens et ne lisent pas les instructions " tournez votre ticket", ceux qui ne comprennent pas que la machine est hors d'usage. Rusés, nous avions composté nos billets auparavant. 

Nous nous dirigeons donc vers notre wagon, le n°16. Nous remontons tout le quai mais aucune voiture ne porte de numéro supérieur à 9. Tous les voyageurs arpentent le quai sans réussir à trouver leur wagon. L'heure du départ approchant, les regards sont de plus en plus inquiets. Certains sont au bord de la crise de nerfs. Aucun contrôleur n'est présent pour nous dire de quoi il retourne. Finalement, au bout d'un quart d'heure de pagaille générale, une voix au micro annonce une erreur d'affichage : ils ont omis de noter les dizaines. C'est balot ! Nous ne monterons donc pas en voiture 16 mais 6. Comme souvent dans ces cas là, les gens entendent mais n'écoutent pas. Dans les wagons, des passagers s'installent aux mauvaises places : "c'est ma place." "Nan, c'est la mienne." "Mais puisque je vous dis que vous vous êtes trompé." "Mais non, vous c'est la voiture quinze." " oui, mais la voiture quinze, c'est la cinq, donc c'est MA place." "Mais moi, j'étais dès le départ en voiture 5, donc c'est MA place à moi." Certains sont sur le point d'en venir aux mains ; il est préférable, si l'on tient un tant soit peu à la vie, de ne pas intervenir. Laissons-les s'entretuer, ça fera du monde en moins dans le compartiment ! Afin d'installer tous les voyageurs, la SNCF retarde le départ de vingt minutes : en 20 minutes, on peut estimer qu'il y aura 8% de pertes parmi les passagers, soit 2,5 sièges qui vont se libérer dans chaque wagon ; juste ce qu'il faut pour déposer tous les sacs de ma petite famille. Enfin une bonne nouvelle !

Vingt minutes plus tard, tous les passagers sont fin prêts à partir (bien évidemment, je ne compte plus ici les morts, ces derniers ayant été évacués afin de ne pas indisposer ceux qui restent), sauf que le train, lui, ne l'est plus.  "Mesdames, Messieurs, en raison d'un problème technique sur les voies, le TGV va être dévié sur des voies normales. Prévoyez une heure vingt minutes de retard .... minimum !!! " Bref calcul : 4h50 + 1h20 = 6h10.

Trente minutes plus tard, le TGV n'a pas bougé. Alex et moi occupons les enfants. Bien qu'ils soient très sages, une jeune raveuse d'une vingtaine d'années, se lève et nous demande, suffisamment fort pour que tout le wagon se retourne vers nous : "Jusqu'ou allez-vous avec vos enfants ?"  Qu'est-ce-que cela aurait été si ils avaient été affreux ? Avec mon plus beau sourire, je réponds à cette coquette sale qui n'a visiblement aucune idée de ce qu'on peut faire avec un savon : "Jusqu'au terminus !"

A 9h, au lieu de 8h05, le train se met enfin en marche. On entend un léger soupir de soulagement dans le wagon.

9h30 : "Mesdames, Messieurs, nous sommes arrêtés en pleine voie, nous vous prions, pour votre sécurité, de ne pas tenter d'ouvrir les portes. " La SNCF craint un suicide collectif ! Et après les pertes évoquées précédemment, ça ferait beaucoup pour un simple voyage Paris-Quimper.

9h45 : le train est toujours bloqué. "Mesdames, Messieurs, suite à des chutes de branches sur les voies, notre train est bloqué pour une durée indéterminée. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour le retard engendré. Prévoyez quand même un retards de 2h50 à Rennes.

C'est ça le charme des vacances : on n'est jamais pressés par le temps. La SNCF l'a bien compris et de ce côté là elle fait vraiment du zèle.

Mais ce pourrait être pire. On aurait pu rester bloqués six heures dans un train corail bondé, sans chauffage, sans lumière, sans eau, voire même sans toilettes. Les voyageurs pourraient tomber comme des mouches pour cause de faim, de soif ou de phobies diverses et variées.

Or, dans notre cas, nous n'avons que deux petites heures cinquante de retard. Les toilettes ne sont pas encore bouchées. Certes, il faut faire la queue une heure au bar mais on réussit quand même à acheter, au prix de l'or, les deux dernières tranches de cake qu'on mangera à quatre . Et puis surtout, coup de chance, les enfants, bien que trouvant le trajet long et pénible, sont particulièrement sages (sans doute les effets secondaires de la faim qui les tenaille). Cette fois-ci, nous ne sommes même pas priés de descendre à Auray et de finir notre voyage en bus. Ca s'améliore !

A 16h20, nous arrivons en gare de Quimper, épuisés. Des formulaires de remboursements sont distribués aux utilisateurs mécontents des retards répétés. N'en déplaise à Monsieur Lipietz, depuis qu'elle n'est plus sous administration allemande, la SNCF a beaucoup perdu en régularité !  

Toutes les notes