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02.04.2008
Cluedo VI.
Sixième partie : Tout ça pour ça.
Le Commandant Lefront, que cette histoire de meurtre commençait à agacer compte tenu du nombre important de suspects, gara la vieille Clio au blanc douteux sur le parking de l'Institut Médico Légal, au 2 quai de la Rapée. Il était venu tant de fois ici tout au long de sa carrière qu'il ne prêtait même plus attention aux familles éplorées attendant le corps autopsié d'un proche. Il contourna la voiture et avança de quelques pas le long de la Seine : à chaque fois qu'il contemplait le fleuve depuis l'IML, il pensait aux nombres de corps que la Seine rejetait et qui finissaient irrémédiablement sur les tables d'autopsie juste derrière lui, derrière ce mur de briques rouges qu'il longea avant de pousser une lourde porte grise, le Lieutenant Stan sur ses talons.
L'intérieur de l'Institut était vieillot, rien à voir avec les laboratoires ultra sophistiqués des séries télévisées américaines. Les couloirs ressemblaient davantage à ceux aux peintures décrépies et jaunies du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Point d'ordinateur ultra puissant, ni d'espace ouvert accueillant des hordes de chercheurs et professeurs tous plus sexys les uns que les autres. Seulement de minuscules bureaux individuels et des salles d'autopsie aseptisées dans lesquels travaillaient, dans un silence religieux, des médecins qu'on souhaiterait ne jamais rencontrer.
Les deux flics frappèrent à la porte du toubib. Une voix enjouée les pria d'entrer. Le médecin était d'humeur joyeuse ce matin. Sans doute les deux autopsies qu'elle avaient déjà pratiquées ce matin (un dealer tué à l'arme blanche et un alcoolique ayant fait un malaise sur la voie publique) l'avaient mise en joie ; elle préférait toujours autopsier des hommes même fauchés dans la force de l'âge plutôt que des enfants morts des suites des coups assénés par leurs parents.
- Messieurs, bonjour. Asseyez-vous, je vous en prie. Nous allons faire vite, j'ai beaucoup de travail qui m'attend. Si je vous ai fait venir, c'est pour vous faire part de mes dernières découvertes quant à l'autopsie de la victime. Je vous rappelle que la victime semblait avoir été étouffée, mais sans souffrir et je n'avais trouvé aucune trace d'un quelconque morceau de tissus ou d'une lutte avec un éventuel agresseur. Ces constatations m'ont beaucoup troublée alors j'ai décidé de procéder à un deuxième examen de la trachée de la victime, tandis que, dans le même temps, le laboratoire étudiait le contenu de son estomac. Ce n'est qu'au bout de la quatrième inspection de la trachée de cette femme que j'ai découvert, caché dans un recoin, une jambe de N. J'ai poursuivi mes recherches et ai découvert un A. J'ai retiré les deux lettres délicatement avec une pince à épiler et les ai observées au microscope : elles étaient recouvertes de substances gastriques. Une idée m'est alors venue à l'esprit mais j'ai dû rongé mon frein en attendant les résultats concernant l'estomac de cette Louise. Vous savez comme nos labos sont débordés. Finalement, mon collègue m'a apporté ses conclusions que nous avons recoupées avec les miennes et nous sommes tombés d'accord. Voici ce qu'il en est exactement :
La victime a subi, par le biais de chercheurs en psychologie aux méthodes plus que douteuses, des pertes irrémédiables : ils ont pénétré dans le cerveau de la malheureuse afin de lui piquer ses idées, ce qui explique l'état de friche dans lequel était l'intérieur de son crâne. Suite à ces ponctions répétées, cette jeune femme a perdu doucement son inspiration. Elle a alors été confrontée à l'angoisse de la page blanche. Elle avait beau se mettre plusieurs heures devant son ordinateur, tout espoir de pondre une note digne de ce nom pour son blog s'était envolé. Chaque jour elle peinait et ce dur labeur commença même à avoir des répercussions sur sa santé mentale. Elle prit des médicaments afin de stimuler son imagination mais sans succès. Elle décida alors de cracher des mots, mais seules quelques lettres franchirent sa bouche. Elle choisit donc de vomir du texte mais c'est hélas cela qui causa sa perte : les mots ne réussirent guère à aller jusqu'à sa bouche. Seules quelques lettres (les jambes du N et le A) remontèrent dans sa gorge, les autres lettres restant bloquées dans son estomac (c'est ce que les laborantins ont retrouvé en étudiant le contenu de l'estomac : il était plein de lettres). Les lettres qui ont réussi à remonter ont finalement étouffé Louise S.
Messieurs, votre cliente est décédée suite à un manque total d'inspiration. Même si les psy sont responsables de la pénurie d'idée de la victime, vous ne pourrez jamais le prouver. On peut donc dire que c'est son blog qui l'a tuée. Louise l'avait très bien compris qui avait écrit sur l'écran de son ordinateur : "Tu m'as tuée." Je crois que vous pouvez clore l'affaire.
Les deux flics saluèrent le médecin légiste et quittèrent l'IML en silence. Il ne leur restait plus qu'à exposer aux proches de la victimes les causes exactes de la mort et à relâcher les suspects. Dans quelques jours, ils assisteraient à la messe donnée pour Louise en l'Eglise Saint-Médard, celle ou elle aimait tant aller faire un tour avec ses deux enfants pour y déposer un cierge. Sans doute que ses fils diraient : "Dis Papa, on allume une bougie pour Maman ?"
PS : Si l'envie vous prenez de venir à mon enterrement, mettez des cierges pour moi : il va m'en falloir plus d'un si je veux aller au Paradis ; pour l'instant, ce n'est pas gagné ! Et amenez des pivoines, c'est la saison en ce moment. Et avec un peu de chance, si le cercueil n'est pas encore fermé, vous verrez peut-être ma tête. Il se pourrait que je vous fasse un clin d'oeil ...
07:00 Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, crime, blog, paris vème arrondissement
Commentaires
Ah, j'ai compris, tu voulais dire "tu m'as tuée, NA !" avec ce ton enjoué qui te caractérise.
Je crois que je vais venir à tes obsèques, ne serait-ce que pour rencontrer cette pléiade de commentateurs éplorés. Tu sais toujours organiser de si belles rencontres !
Ecrit par : Gwen | 02.04.2008
Manque d'inspiration... Je doute que ce soit la véritable raison ! Bon, elle va pas ressusciter ?
Ecrit par : CECILE | 02.04.2008
+ 1 avec Cécile, je suis très sceptique sur le manque d'inspiration !! :-))
Ecrit par : Cigale | 02.04.2008
> Gwen : l'esprit toujours aussi vif ! Je dois avouer que le choix du N et du A est un pur hasard. Mais c'est plutôt bien tombé. Effectivement, j'aurais très bien pu dire NA : c'est bien mon genre ça !!! : boudeuse, peste et insupportable, mais avec le sourire... Et bien sûr : toujours le dernier mot ! (tu n'imagines pas comme mon père a souffert pendant mon adolescence)
> CECILE : Youpi, je revis !
> Cigale : mais je souffre comme tout le monde !
Ecrit par : Louise | 02.04.2008
Pourtant je n'avais pas l'impression qu'elle manquait d'inspiration notre Louise! Surtout pas pour ce Cluedo ;-)
Ecrit par : MissBrownie | 02.04.2008
Bon Louise ,j'avais effectivement parlé des pivoines ,je suis partante pour me retrouver avec ces blogueurs un peu dijonctés qui rodent sur ce blog .
Par contre , hors de question d'acheter des pivoines ,c'est pourtant la saison , tu auras celle de mon jardin ,mais elles ne sont pas encore en boutons , alors tu devras attendre !
Je me suis demandée au début de cette enquête remarquable , si tu avais trouvé ce moyen ,pour nous dire que tu fermerais ton blog .Alors ???tu vas continuer ,n'est ce pas ?
Puisque tu reviens à la vie ,l'inspiration va revenir à grand pas ,j'en suis sure .
C'est peut être surtout le temps que cela prend de rediger une note ,de lui donner un cohérence et de répondre aux commentaires ,en ce sens , je suis d'accord , un blog , ça tue !
Les deux inspecteurs et le médecin légiste s'accorderont à dire , qu'en depit de tout ça , Louise a vraiment un imaginaire fertile ...
Ecrit par : Jeanne | 02.04.2008
> MissBrownie : merci. Dis, tu ramèneras des petits gâteaux pour le pot qui suivra mon enterrement ?
> jeanne : Ah non, je ne ferme pas mon blog ! C'était juste une petite histoire que je me suis beaucoup amusée à rédiger.
Ecrit par : Louise | 02.04.2008
mon dieu ! moi qui me pose en ce moment bcp de questions sur mon manque d inspi... ca m 'inquiete un peu tout de même !
ceci dit, je ne voudrais avoir l esprit de contradiction mais tu n as pas l air d en manquer réellement !!
en tous cas, bravo louise ! tu m as bluffée et j avais hate de rentrer ce soir pour connaître la chute de cette histoire !!
je suis rassurée tout de même de savoir que tu ne ferme pas ton blog (j'avoue avoir douter...)
enfin, question plus personnelle : que devient Barbie et son agent ?!!! ça m interesse ! et si tu as une photo de lui aussi... (ouh la, je m embarque entre la fiction et la réalité j'ai l impression !!)
Ecrit par : Barbie | 02.04.2008
> Barbie : 35 ans, grand, mince, cheveux poivre et sel, célibataire il va sans dire, fidèle (bon ça ce n'est pas sûr à 100% ...) mais très très pris par son boulot et hors de question qu'il quitte son poste au 36 pour venir vivre à Rouen, même pour le groupe Crim' situé à Saint-Sever . Mais Rouen n'étant qu'à une heure de train, tout espoir n'est peut-être pas perdu !
Alors, fiction ou réalité ?
Ecrit par : Louise | 02.04.2008
Doux Jésus! Le syndrome de la page blanche.
Ne me dis pas qu'il s'agit d'une infection mortelle? Si? Une toute petite mort alors.
Bref, je me suis bien amusée à lire cette aventure, du fond de ma caverne!
Ecrit par : milla | 03.04.2008
> Milla : sois rassurée, ce n'est pas contagieux. Aucune pandémie prévue sur la blogosphère !
Ecrit par : Louise | 03.04.2008
Paradoxe extraordinaire ! Expirer parce qu'on n'est pas inspiré, voilà qui n'est pas banal. Bref. Il va falloir trouver les psys responsables, maintenant... Une petite enquête ?
N'empêche qu'on a tous été soupçonnés... Nous allons demander réparation sous la forme d'un poème épique en alexandrins. Sujet libre. Vous avez déjà Alex, ça devrais vous aider... :-)
Ecrit par : Jean-Pierre | 03.04.2008
J'arrive peut-être après la bataille mais je tiens à ajouter mon grain de sel.. Moi, qui adore les crimes, mystères (Ma série préférée quand j'avais 5 ans : A plume et à sang, adapté des romans d'Ellery Queen..), j'ai été bien servie mais point de pompier pour venir à mon secours!
Très bien écrit avec cette petite touche d'excentricité qui électrise tout le récit.. Bravo!
A quand une petite fête pour célébrer ton retour à la vie? ;)
Ecrit par : Oopsgal | 03.04.2008
> Jean-Pierre : Pour la poésie Jean-Pierre, il faudra repasser, ce n'est vraiment pas mon fort ! Je vous offre un pot après mon enterrement pour me faire pardonner.
> Oopsgal : Tu cherches le pompier ? Mais je te l'ai piqué : en ce moment même il est en train de me faire du bouche à bouche afin de me réanimer. La rigidité cadavérique fait que ma main est bloquée sur son postérieur. Il y a des jours ou l'on voudrait mourrir plus souvent ...
Pour la fête, c'est au Saint-Médard, juste après la messe ! Je risque de finir ivre-morte !
Ecrit par : Louise | 03.04.2008
Louise... un pot ? un pot de fleurs ?
Si l'on pleure au Saint-Médard, on pleurera quarante jours lus tard... (Dicton havrais)
Ecrit par : Jean-Pierre | 03.04.2008
> Jean-Pierre : Pour les fleurs, il faut voir ça avec Jeanne ,elle cultive en ce moment même des pivoines pour fleurir ma tombe.
Je suis émue que vous me pleuriez Jean-Pierre. Vous êtes bien le premier !
Ecrit par : Louise | 03.04.2008
Alors tu ne fermes pas ton blog , ouf !je me disais aussi ,trop bavarde et encore tant de choses à dire .
Pour les pivoines ,il faut attendre encore deux semaines je pense ,ça ira quand même ?
Au passage ,Jean Pierre ,je crois que cette année ma glycine va fleurir pour la première fois .
Pleurons , pleurons ; la Louise défunte , rions ,rions , la Louise vivante et bien vivante qui reviens sur nos blogs ,et prépare de nouvelles histoires croustillantes .
Ecrit par : Jeanne | 03.04.2008
> Jeanne : Louise est morte, vive Louise ! (et oui, mes Céline vont encore craquer sous la pression de mes chevilles !)
Ecrit par : Louise | 03.04.2008
je vote pour la réalité !!!
Ecrit par : Barbie | 06.04.2008
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