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24.01.2008
Tic tac.
Tic tac. Comment en suis-je arrivée là ? Tic tac.
Avant, j'étais tranquille. Tic tac.
Avant, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tic tac.
Et puis, j'ai rencontré Alex, en 1991, j'avais dix huit ans. Tic tac.
Ma vie a changé. Tic tac. Doucement. Tic tac. Sournoisement. Tic tac.
Pendant la semaine, je vivais ma vie d'étudiante célibataire en province, tic tac, et je rejoignais Alex à Paris le week end. Tic tac. Tout allait bien. Nous faisions des projets d'avenir, tout doucement, à notre rythme : tic tac. Cela a duré cinq ans. Tic tac.
Et puis nous nous sommes mariés et nous nous sommes installés à Paris, tous les deux. Tic tac. Nos études terminées, le rythme ne changea guère : tic tac. Nous prenions toujours notre temps : le temps de vivre, tic tac, de profiter de nous, tic tac, le temsp de nous installer confortablement dans un nid douillet vraiment à nous : tic tac, une petite signature chez le notaire. Tic tac.
Ce rythme nous convenait parfaitement mais semblait déplaire fortement à notre famille. Tic tac tic tac. "Quand allez-vous faire un bébé ? " Tic tac tic tac. "Nous avons envie d'être grands-parents !" Tic tac tic tac. "Louise est stérile, n'est-ce pas ?" (Ce sont toujours les femmes qui sont stériles ! ) Tic tac tic tac. Ce rythme me donnait le tournis à chaque fois, alors je freinais des deux pieds pour retrouver un tempo plus adapté à mon caractère et à mes envies. Tic tac. Ouf, ça va mieux. Tic tac. Ecoutez cette douce musique : tic tac.
Et puis un jour, j'avais vingt neuf ans, sans comprendre tout d'abord ce qui se passait, le rythme s'est accéléré brutalement sans que ce soit la faute de mon entourage. Tic tac tic tac tic tac. Ca allait de plus en plus vite, de plus en plus fort. Tic tac tic tac tic tac. Je ne controlais plus rien. Tic tac tic tac tic tac. Et puis j'ai compris : mon horloge biologique faisait un tic tac infernal ! Tic tac tic tac tic tac. Je n'ai rien vu venir. Tic tac tic tac tic tac. Je me suis mise à avoir envie d'un bébé. Tic tac tic tac tic tac. Moi, Louise, incapable de prendre un enfant dans mes bras sans qu'il se mette à hurler à la mort, je voulais un bébé !!! Tic tac tic tac tic tac. Je n'ai plus pensé qu'à ça. Tic tac tic tac tic tac. Il me fallait enfanter au plus tard à trente ans. Tic tac tic tac tic tac. Alex, qui avait jusqu'alors montré autant d'empressement à devenir père que moi avant la mise en pilotage automatique de mon horloge biologique, a dû se résoudre à me faire un bébé. Tic tac tic tac tic tac. Quelques jours après avoir arrêté la pillule, j'étais enceinte. Et oui, je suis de ces femmes qui n'ont pas le temps de dire "ouf" que déjà elles sont enceintes.
Nous voulions un enfant du printemps ou de l'été ; ce fut parfait : Henri est né le 15 juillet 2003 et en plus j'avais trente ans. Nous voici donc avec un bambin.
Mais le chiffre un ne nous convenait pas. Nous voulions au moins deux enfants et non un enfant unique. Nous avons laissé un peu de temps, que le rythme se stabilise : tic tac.
Puis, en octobre 2004, la machine s'est à nouveau emballée. Tic tac tic tac tic tac. La surprise fut moindre, je commençais à maitriser les aléas de la machine infernale. Tic tac tic tac tic tac. Quelques jours après l'arrêt de la pillule, hop, à nouveau enceinte : l'enfant à venir naîtrait en juillet, nous étions ravis.
Mais c'était sans compter Dame Nature qui décida de faire un peu de tri dans tout ça. Dame Nature ignora le fait que nous avions annoncé ma grossesse à tout le monde et me fit faire une fausse couche le 24 décembre 2004. Un pur moment de bonheur quand l'interne de l'hopital vous assène froidement que vous êtes en train de faire une fausse couche spontanée : "Vous n'êtes pas la première, vous ne serez pas la dernière." Ajoutez à cela une belle-mère qui vous fait la tête parce que votre fausse couche vous oblige à annuler votre voyage : à cause de vous, elle ne va pas pouvoir voir son fils chéri ! Sans oublier le 25 décembre passé à vomir de douleur parce que l'interne n'a pas pensé à vous donner un cachet anti douleur, et à vous vider de votre sang : ce jour-là, le divin enfant est tombé dans les toilettes et c'est moi qui ai tiré la chasse d'eau. Suivant les préceptes de notre bonne vieille église, j'ai enfanté dans la douleur un 25 décembre, et ça, je peux vous dire qu'on n'est pas nombreuses à l'avoir fait !
Mon horloge biologique a été obligée de faire une pause. Plus de tic tac pendant quelques semaines.
Rien. Le silence.
Le silence, c'est épuisant et déprimant.
Mais mon heureuse nature a repris le dessus et, comme le printemps arrivait, Alex et moi avons communié avec elle. Tic tac tic tac tic tac. Il n'en fallait pas plus pour faire redémarrer le mécanisme. Tic tac tic tac tic tac. Et hop, à nouveau enceinte. Quand je vous dis que je suis fertile.
Cette fois-ci, bébé a tenu le coup même si cela a été difficile pour sa maman, couchée de juillet à décembre. Le 29 décembre 2005, nous voici nantis d'un deuxième enfant.
Tic tac. Si mon horloge biologique s'est calmée, tic tac, le rythme à la maison lui s'est accéléré. Tic tac. Depuis, nous sommes crevés. Les rouages de mon horloge se sont un peu grippés et ne comptez pas sur moi pour la faire redémarrer : j'ai atteint mon quota de bambins. Tic tac. Parfois, surtout le dimanche matin, il nous arrive de regretter notre vie d'avant. Hélas, une chose est sûre, une horloge biologique ne peut jamais remonter le temps. Tic tac.
08:00 Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : blabla de filles, journal intime, famille, couple, maternité
Commentaires
(soupir) Sûrement l'une des choses les plus difficiles qui puissent arriver à des parents, une fausse couche. Grand merci (à qui ?), nous n'avons pas eu à affronter ça. Mais je comprends ce besoin d'en parler (pas comme ma belle-mère qui se vante toujours d'avoir eu trois enfants dont une fausse couche, ça jette un froid ! Dommage pour elle, c'était une fille et elle le reproche assez à mon mari, son deuxième fils. Un jour ça va se payer chez le psy).
Allez, va, tu reprendras bien un Tic Tac ?
Ecrit par : Gwen | 24.01.2008
deux c'est la limite à ne pas dépasser, je suis d'accord!
Ecrit par : sarmentanne | 24.01.2008
Très bien écrit!
Tu devrais le faire paraître sur LadiesRoom.
Hmm, j'espère avoir un bon bout de temps devant moi avant que la mienne d'horloge ne décide de devenir folle..
Je suis désolée pour ta fausse couche, ça a dû être un coup dur pour vous, quelle étrange coïncidence que cela se soit passé un 25 décembre quand même. Quand on te dit que tu es extraordinaire.. ;)
Bonne journée, Louise!
Ecrit par : Oopsgal | 24.01.2008
Mon horloge biologique s'est emballée très tôt puisque je voulais mon 1er enfant avant 25 ans! Et à 25 ans j'en avait 2, comme ma môman ;-)
Mais 2 ans après, mon horloge recommence à faire fortment tic tac tic tac... enfin je crois qu'elle ne s'est jamais arrêté depuis 4 ans...
Même si mon rythme s'est fortement accéléré aussi, je suis presque prête à l'accélerer encore un peu plus. Après ce sera sur demande de mon Homme que je recommencerai, parce que 3, ça me suffit ;-)
En tout cas, pas glop, le passage de la fausse couche... Ce doit être une dure épreuve.
Ecrit par : MissBrownie | 24.01.2008
J'aime beaucoup ton récit. J'ai une horloge biologique qui retarde... Elle a attendu 34 ans pour faire tictactictac... Le principal c'est de l'écouter elle, et pas la famille !
Ecrit par : CECILE | 24.01.2008
Joli billet !
La fausse couche du 25 décembre n'a vraiment pas du être facile dans l'esprit ambiant :-(
Et pour répondre à Gwen - et sans vouloir minimiser la douleur affective de la fausse couche - , je crois que si, il y a encore plus horrible : la mort d'un enfant en bas âge (je pense à un jeune couple ami qui a perdu leur petite fille de deux ans, je crois qu'ils ne s'en remettront jamais...)
Ecrit par : Cigale | 24.01.2008
Je dois bien avouer que si avec monsieur on c'est (enfin) décidé à se marier c'est que mon tic tac c'est mis à faire boum boum tellement il veut se faire entendre ! Et comme Louise le premier sera surement là l'année de mes 29 ans (puisque le mariage se fera sur l'année des 28 et que je veux le premier avant 30)
Ecrit par : Lili | 24.01.2008
Magnifique note! Vraiment!
Une tranche de vie de femme!
J'ai bientôt 27 ans, et je crois que d'ici quelques années, ça va commencer à sérieusement faire tic-tac tic-tac frénétiquement. Et ça me fait bien peur tout ça.
Ecrit par : milla | 24.01.2008
30 ans, c'est pile poil dans la moyenne nationale!
je sais pas pourquoi l'entourage veut absolument te faire pondre dans les 3 mois de casage.
c'est un truc de malade. Dès qu'on s'écarte de la norme, attention...
Je pense que chaque âge a son mode de vie. Avant 30 ans, on fait ses expériences à 2, avant 20 ans on fait son adolescence etc. Inutile de vouloir presser le pas, de toute façon on le paiera plus tard...
Ecrit par : les400clics | 24.01.2008
Très bien raconté Louise. Bon, je voulais absolument mon premier enfant à 25 ans. Le jour de 25 ans (le 01/01 dernier), j'ai décidé de repousser à 27. Maintenant on verra. Je ne suis pas encore prête.
Bon, impossible de laisser des com sur mon dernier article, j'ai tout essayé, je comprend pas. Dommage, j'aimerai bien avoir l'avis des autres sur ce coup-là !!!
Ecrit par : Ju' | 24.01.2008
Très beau texte, très bien écrit. On participe à ce que tu racontes... j'aime beaucoup, oui, tu pourrais le mettre sur Ladiesroom.
Ecrit par : fanette | 24.01.2008
> Gwen ET Cigale : Cigale a raison, le pire est de perdre un enfant. Pour moi, ce ne fut que la sélection naturelle. Certes, c'est fort désagréable et traumatisant, mais avec le recul, il vaut mieux ça, dans ces conditions (qui dit fausse couche spontanée, dit : pas de curetage !) plutôt qu'un enfant avec des tas de problèmes à la naissance. Maintenant, l'interne manquait singulièrement de psychologie et je ne souhaite une fausse couche à personne, pas même à mon pire ennemi.
> Sarmentanne : c'est drôle mais le jour ou l'on accouche du deuxième, on n'est pas encore sorti de la maternité qu'on nous demande : "Le troisième, c'est pour quand ?"
JAMAIS !!!
> Oopsgal ET fanette : ça y est, c'est parti à Ladies Room, j'attends le résultat !
> oopsgal : heu, je ne crois pas trop à l'immaculée conception tu sais !
> CECILE : et parfois, elles oublient carrément de sonner. Est-ce moins bien pour autant ? C'est juste une autre conception (c'est le cas de le dire) de la vie, à partir du moment ou c'est choisi ...
> Lili : attention, c'est bientôt le printemps !!! Youpi !
> Milla : pourquoi avoir peur ? c'est la chose la plus naturelle au monde : c'est l'instinct !
> Miss400 : tout à fait d'accord ! Ne jamais sauter les étapes !
> Ju' : prend ton temps, ça viendra tout seul. Et ce moment sera le bon.
Ecrit par : Louise | 24.01.2008
La vie, c'est ça, un mélange de bonheur et de malheur. On espère tous que, sur la balance, ce soit le plateau « bonheur » qui soit le plus chargé. Qu'il déborde, même !
Mais sur quel plateau placer le ce satané dimanche matin ? :-)
Ecrit par : Jean-Pierre | 24.01.2008
très joli billet Louise, avec un poil de mélancolie bien tournée, c'est parfait
à défaut de connaître personnellement ta situation de 2004, j'en ai vécue une similaire par procuration à l'âge de 12 ans car ma mère a vécu la même chose.
pas facile pour une gamine de dire adieu à cette petite soeur tant attendue, malgré la présence de la grande (soeur) qui était déjà un peu son coach
bref, les épreuves d'hier nous font devenir ce que nous sommes aujourd'hui, dit on...
le principal, c'est que tu sois maintenant épanouie (oui, ça a l air d'être le cas !)
quand à l'horloge, c'est bizarre mais la mienne est pour l'instant... inexistante ! (à 26 ans quand même !)
Ecrit par : Barbie | 24.01.2008
Oui, bien sûr que le pire c'est de perdre un enfant, qu'on a vu naître, bouger, vivre. Je viens d'apprendre (ou de réapprendre, je ne sais plus) que mon père avait eu une petite soeur qui est morte en bas âge, et qu'il y a une petite tombe dans un cimetière, quelque part pas loin du Mont Saint Michel. Ce genre de chose mérite une piqûre de rappel régulièrement dans l'histoire familiale, ça aide à comprendre des trucs.
Ecrit par : Gwen | 24.01.2008
Une jolie note , tendre qui parle à chacune d'entre nous , ces chemins de femme, ces petits tracas ,ces peines qu'on ose un jour écrire ...pour nous et pour eux..
La perte ,la violence , la douleur ...et voilà ..si j'osais te parler de quelque chose que j'ai pu constater à force de cotoyer des jeunes mamans durant des années ...
tu disais un jour que ton fils cadet était malade , otites ...et toi allongée durant 5 mois ..y'a pas de hasard Louise ? Il a son histoire ton petit dernier ..
Ecrit par : Jeanne | 24.01.2008
> Jean-Pierre : entre les deux, mon coeur balance !
> Barbie : ne sois pas trop pressée, profite ... pour n'avoir aucun regret par la suite ! Mais, je ne sais pas pourquoi, je ne me fais pas trop de soucis pour toi !
> Gwen : de vagues souvenirs ressurgissent parfois : des conversations qu'on a entendues enfant sans, apparemment, y avoir prêté beaucoup d'attention, alors qu'en fait, sans en avoir l'air, elles nous ont marquées au plus haut point. Et un jour, hop, tout cela ressurgit : oh, bien sûr il y a un petit peu de brouillard autour de tout ça mais le souvenir est ancré, bien ancré.
> Jeanne : Merci.
> A TOUS : je dois reconnaître que vos commentaires m'ont beaucoup touchée. Merci.
Ecrit par : Louise | 25.01.2008
j'ai adoré l'écriture de ece past.
En ce qui me concerne, j'ai longtemps vécu sans montre (ma vie tenant dans un sac à dos de 65 litres, une horloge aurait pris trop de place), a 30 ans, j'ai fait une rencontre et c'est lui qui m'a mise à l'heure. 3 marmots plus tard...la vie est belle
Ecrit par : Koko | 30.01.2008
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