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19.11.2007
Louise Michel ? Non, Louise tout court.
Au risque de décevoir certains d'entre vous (je pense en particuliers à Les400clics, bloggeuse spécialisée dans l'environnement) je n'ai pas l'âme militante. Tandis que les défilés de protestations se multiplient en France et passent sous mes fenêtres, je reste tranquillement et passivement lovée dans mon canapé.
D'aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais manifesté, au grand dam de mon père qui une fois à la retraite s'est mis à participer à toutes les manifestations en compagnie de maman. Ma mère, encore prof, brandissait les pancartes : le lendemain, l'on pouvait voir une photo de mes parents à la une de la feuille de chou gauchiste locale. Ils détonnaient un peu, Papa dans son loden, Maman dans sa redingote bleu marine, à côté des barbus-chevelus de la CGT, mais cela eut le mérite de me faire rire. Papa aime à se présenter comme un révolutionnaire (en blazer Hugo Boss ?) mais il est surtout gauche caviar, même s'il s'en défend.
Pour moi, rien de tout cela car :
1) je n'aime pas les mouvements de foule, je suis un peu agoraphobe.
2) je m'embourgeoise en vieillissant, comme dirait mon père. Il est vraiment gonflé parfois !
Au lycée, les jours de grêve étaient pour moi un moyen de ne pas aller en cours. Les revendications de mes petits camarades m'ont toujours laissée de marbre. Ou j'étais scolarisée, on pouvait presque compter sur les doigts d'une main les contestataires. Mais il faut dire que nous n'étions pas concernés par les mesures qui visaient à déterriorer nos conditions de travail : en dépit des nouvelles directives des ministres successifs de l'Education Nationale, l'établissement effectuait invariablement une sélection rigoureuse des éléves et tendait à niveler par le haut ; on visait les classes préparatoires plutôt que les voies de garage. Les seules craintes de ces jeunes gens issus pour la plupart de milieux archi favorisés étaient de ne pouvoir intégrer la meilleur prépa de la région. Les discours des révolutionnaires des autres établissements de la ville tombaient complètement à plat chez nous.
Plus tard, à la Faculté de Rouen puis à celle de Rennes II, je m'amusais des panneaux d'affichage dans les halls d'accueil. Rouen et Villejean sont connues pour faire partie des universités les plus politisées de France, à l'image de Nanterre. A Rouen, il fallait vite décamper quand les étudiants FN de la fac de droit venaient casser du gauchiste à la faculté d'histoire : gaz lacrimo et matraques allaient bon train, mieux valait ne pas traîner ses guêtres du côté de l'UFR d'histoire. A Villejean, le hall était tapissé d' affiches de propagande du "Bolchevik révolutionnaire" : sans doute précisait-on Révolutionnaire pour les crétins de première année ! Tous les murs étaient ainsi recouverts de feuilles de journaux rouge sang. Chaque jour, des chevelus avec des boucs tressés et des kickers nous demandaient de signer des pétitions : "Sauvons les indiens du Chiapas !" "Réhabilitons le Che !" "Aidons le front de libération des castors opprimés !" (Je tiens à préciser que je n'ai jamais vu un seul de ces étudians en cours). Puis, chaque année en février, Villejean revêtait sa tenue d'hiver pour faire face aux grands froids : pneus, chaises, bancs d'amphi et tables de TD venaient finir leurs jours dans un grand feu de joie devant les portes de la fac afin d'empêcher les non révolutionnaires de suivre les cours. Le temps s'écoulait paisiblement d'AG en AG ou je n'ai jamais mis les pieds, bien trop occupée à boire une tasse de thé dans mon nid douillet.
J'ai toujours été fascinée par ceux capables de se mobiliser ainsi. Sans doute suis-je trop faignante pour cela. Oh, je comprends qu'on manifeste parce qu'on veut supprimer des avantages acquis. Je ne m'offusque pas que la RATP mette la pagaille pour conserver ses avantages sociaux. Mais une fois de plus, c'est facile pour moi : les grêves ne m'ont jamais gênée car mon travail a toujours été proche de mon domicile, je n'ai jamais eu le moindre souci pour me rendre au boulot, j'apprécie même les jours de grêve car Paris change de visage.
On peut évidemment me reprocher ma passivité. Je ne brandis pas de pancarte, je ne conteste rien. Je me contente de prendre tout ce que la vie m'offre de bien et d'ailleurs, elle m'a toujours gâtée la vie, peut-être trop en fait. Je suis écolo à ma manière : je trie mes déchets, ne jette jamais un papier par terre et oblige mon fils de quatre ans à faire de même, je n'ai pas de voiture et je prends les transports en commun. Ouf, je ne suis peut-être pas complètement perdue pour la cause ?
08:00 Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, journal intime, ecologie, grêve
Commentaires
je te rejoins aussi sur un certain point ,je n'ai jamais fait grève , dans ma vie j'ai du participer au plus à trois manifs , étudiante rien du tout.Par contre je me suis engagée en politique localement essentiellement , c'est à taille humaine , surtout dans une petite ville , j'y ai fait plein de rencontres sympathiques et aussi des caricatures de militants acerbes et très enfermès dans leurs problématiques.
Bravo por le titre de la note !
Ecrit par : Jeanne | 19.11.2007
pas l'ame militante non plus..
a propos de fac...
je suis allé à la fac plublique de lille I (math) pendant 2 ans, après la catho (fac privée catholique), la différence est assez hallucinante. c'est vrai que c'est une ruche pour les jeunes militants d'extrème gauche. il n'empèche, ayant été las bas en 1994 puis en 2003, je peux affirmer que j'ai bien vu la population d'étudiant virer vers la gauche anarchique et le niveau général se dégrader..
Ecrit par : Frederic | 19.11.2007
quel succès, citée ainsi en introduction d'un post sur un blog de notoriété internationale (enfin tout au moins sur la rive gauche). Mais que dois-je penser de cet amalgame avec les contestataires les moins modérés que tu cites et les écolos? bah ;-)
tu sais ma mobilisation se résume à une adhésion à Greenpeace, quelques deniers pour soutenir leur combat, et un blog pour sensibiliser mes lecteurs réguliers et tout ceux qui passent chez moi par hasard à une prise de conscience écologique, des virées aux centres de recyclages et des commandes de poubelles de recyclage pour les immeubles dans lesquels je passe, manger au maximum bio pour ne pas contribuer à polluer les sols, être végétarienne sauf exceptions... tout ça ce n'est peut être pas rien en effet, mais c'est extrêmement moderé...
J'aimerais bien aller arracher des pieds d'OGM mais pour faire partie de la confédération paysanne, il faut être paysan (une évidence comme ça), donc la ptite parigo elle peut rester chez elle...Je n'ai jamais manifesté avec les Verts, car il y a plein de choses qui m'agacent chez eux dans ce parti (et notamment leur inefficacité et leur désorganisation). Et scoop : je prends une douche tous les jours, je m'épile et je ne m'habille pas en tunique indienne :-)
Ecrit par : Les400clics | 19.11.2007
> Jeanne : bravo pour ton engagement !
> Frederic : passer de la catho à Lille I a du être une sacré expérience ! Je tiens à préciser que les étudiants qu'on voyait à chaque TD, ceux qui bossaient vraiment, ne faisaient pas souvent partie des grêvistes. Les autres, on ne les voyait jamais en cours et beaucoup parmi eux avaient plus de trente ans et je peux vous assurer que ce n'étaient pas des thésards !!! cependant, ils avaient leur carte d'inscription en première année. Ah, tout est possible !
> Les400clics : oh désolée que tu ais compris cela, je n'ai jamais voulu faire d'amalgame, je voulais juste souligner ton engagement ! Et jamais je n'ai pensé que tu pouvais avoir un bouc !!!
Ecrit par : Louise | 19.11.2007
Voilà qui est d'une franchise et d'une honnêteté intellectuelle remarquables. C'est un peu du Brassens, finalement ("mourir pour des idées, d'accord, mais de mort lente"). Mais dans ce blog tu démontres à ta façon que tout ne glisse pas sur toi, que la marche du monde ne t'est pas indifférente, seulement on n'est pas obligés de sortir dans la rue et de brailler pour le dire. Le côté agoraphobe, je comprends très bien ! Naguère, en déplorant mon propre manque d'implication dans le cours de la société (car le manque de temps n'est qu'une excuse, finalement), je me suis dit un peu la même chose : j'essaie d'éduquer deux et même trois petites citoyennes, c'est déjà ça...
Au fait, il y a un gros malentendu entre nous, Louis : je ne fais pas de céramique !!!
Ecrit par : Gwen | 19.11.2007
Moi c'est un peu la même, je n'ai jamais manifesté, j'ai mes idées (un peu radicales parfois, certes ; parfois individualistes aussi c'est fort possible, mais bon ^^) et j'estime que je n'ai pas besoin de les revendiquer, je les ai, c'est suffisant.
(bon pis faut avouer que je n'ai pas l'esprit à gauche, donc les manifs venant souvent de ce côté-là, il est 'logique' que je ne m'en mêle pas...)
Pour ce qui est du mouvement étudiant, je suis en plein dedans puisque je suis en troisième année... J'ai donc connu les grèves pour le CPE (j'étais contre le blocage, et pour le CPE, imagines la sympathie que j'ai pu m'attirer lol) : je suis allée à presque toutes les AG (soit entre 2 à 4 fois par semaines, et ça durait facile 4h à chaque fois) pendant 6 semaines. J'ai entendu les mêmes conneries ; j'ai eu les mêmes discussions stériles et inutiles pendant ces mêmes 6 semaines. J'ai rencontré un bon nombre d'étudiants anti-blocage, on s'est mobilisés : venir aux AG, essayer de discuter, on a réunis des collectifs anti-blocage, sitting devant l'hôtel de ville, on a même été jusqu'au tribunal pour se renseigner des démarches à faire pour déposer plainte... Tout ça pour rien, puisque les bloqueurs n'en avaient strictement rien à faire, surtout aux AG où notre 'droit à la parole' était totalement zappé !!
Donc cette année, vu que les grèves recommencent (ma fac est bloquée depuis ce matin), j'ai décidé de faire comme si "ça n'existait pas" et faire mon indifférente : je n'irai pas aux AG, je ne prendrai pas les tracts qu'ils distribueront, je ne participerai pas aux ""débats"" sur le forum de ma fac, bref je ne m'en mêlerai pas et ils bloqueront le temps qu'ils bloqueront, si ça ne dure pas tant mieux, et si ça dure je ferais ma vie de mon côté. En gros je vais me la jouer "petite conne de droite qui s'en fiche des problèmes des étudiants car elle ne se sent pas concernée". Après tout, c'est comme ça que l'on juge les étudiants qui veulent aller en cours, alors je vais faire honneur (ceci est biensûr teinté d'ironie, même si finalement, ça n'est pas si loin de la vérité...)
Oulààà, désolée pour la longueur du commentaire !!
Ecrit par : Mélanie | 19.11.2007
Et bien je me retrouve dans une partie de tes écrits...
J'ai toujours regardé avec curiosité les agités barbus, chevelus et braillards, manifestants professionnels. D'autant plus qu'en fac de droit (pas orientée FN par contre, non mais ohh!), on ne faisait pas partie des plus militants.
Par contre, les grèves, y en a marre, ça peut plus durer, ras le bol d'être pris en otage, y a plus de saisons ma bonne dame... tout ça, tout ça....
Ecrit par : milla | 20.11.2007
> Gwen : dans ton commentaire sur ma note BOBOLAND, tu parlais de céramique à La Borne !!! aurais-tu inventé ?
> Mélanie : en cette période de troubles sociaux, il faut laisser les intéressés s'exprimer même si ça dure longtemps.
> Milla : je crois quand même qu'il y a un peu plus de types de droite en droit qu'en histoire, non ?
Ecrit par : Louise | 20.11.2007
J'ai marché dans la rue et crié contre les réformes de l'enseignement, les suppressions des postes etc pensant être là pour le bien de mes enfants et d'une profession. Je garde de cette période un goût extrêmement acide. J'ai vu des personnes attachées à conserver leurs avantages et privilèges et indifférents au problème que rencontre les travailleurs du privé. Les différences, les inégalités sont énormes et j'apprécie ton honnêteté. Je suis syndiqué mais l'image que me renvoie le délégué syndical de mon entreprise est catastrophique ainsi que les discours que j'entends à la télé. J'ai la sensation que le combat est de plus en plus individuel.
Ecrit par : Marc | 20.11.2007
(aparté à Louise sur fond de débat social : ben quoi, moi aussi j'observe mes contemporains !)
Ecrit par : Gwen | 20.11.2007
> marc : les délégués syndicaux des entreprises sont des planqués incapables de bosser correctement, et tout est bon pour leur gueule et non pour les collègues syndiqués qu'ils sont censés défendre ! désolée d'être si grossière, mais il fallait que je le dise.
Ecrit par : Louise | 20.11.2007
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