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16.11.2007
C'est pas joli joli.
Approchez-vous. Plus près. Ce que je vais vous dire doit rester entre nous. Je vais vous raconter une histoire. Enfin, pas tout à fait une histoire car tout ce dont je vais vous parler relève de la stricte vérité. Il ne faudrait pas que cela se sache. Pourquoi ? Mais parce que cela concerne des milieux biens sous tout rapport, des gens au dessus de tout soupçon, la crême de la société. Un milieu que vous ne pourrez sans doute jamais pénétrer ... mais c'est peut-être mieux pour vous !
(âmes sensibles, abstenez-vous).
Monsieur et Madame habitent dans le XVIème arrondissement de Paris. Le couple pèse 28 millions d'euros. Lui est patron d'une grande entreprise et négocie ses contrats directement avec les chefs d'état. Il est bien sur très pris par son travail et voyage aux quatre coins du monde. Elle ne travaille pas. Quand elle est à Paris, elle passe ses journées chez le coiffeur et l'esthéticienne, fait du shopping rue du Faubourg Saint-Honoré ou avenue Montaigne et se fait photographier par les journalistes mondains du Figaro dans toutes les grandes soirées parisiennes. Monsieur et Madame se croisent à l'occasion de dîners d'affaires qu'elle organise pour son époux, lors de soirées caritatives à l'Hôtel Crillon ou encore à l'Opéra ou ils sont invités à toutes les premières puisque l'entreprise de Monsieur fait partie des plus grands mécènes de la vénérable maison.
Depuis bien longtemps, Monsieur et Madame font lits séparés, depuis la naissance de leur fils unique en fait. Le divorce n'est pas envisageable : Madame est l'héritière de l'entreprise que dirige son mari ! On appelle cela un mariage de raison : elle apporte l'entreprise de Papa en dot, lui son savoir-faire. Et tout le monde est content. L'amour me direz-vous ? Mais l'amour, quand on pèse 28 millions d'euros, n'entre pas en ligne de compte. Pourtant, quelqu'un en a fait les frais.
Le fils, unique héritier, se sent bien seul entre un père trop pris par sa carrière et une mère dont l'instinct maternel s'est limité à payer une fortune une nurse pour l'élever. L'enfant a mangé seul dans la vaste cuisine high-tech, a joué seul dans les trois cent cinquante mètres carré avenue Foch. A l'adolescence, ses parents lui ont offert un mois de vacances aux States, seul encore. Là bas, il a découvert la drogue qu'il a continué à prendre une fois rentré à Paris. Pas très difficile de s'en procurer dans les boîtes à bac du XVIème arrondissement. Dans les établissements de nuit du VIIIème, il hésite l'air blasé entre une bouteille de Cristal Roederer ou un magnum de Dom Pérignon, va au toilettes accompagné de deux ou trois copains et en ressort le nez plein de poudre. Mais Papa et Maman ne remarquent pas la descente aux enfers de leur rejeton, bien trop occupés.
Pendant ce temps, Monsieur continue ses voyages à travers le monde. Parfois, au retour de l'aéroport, il passe boulevard Ney et se tape, dans sa Mercedes classe S, un travesti nord-africain séropositif : après le stress des négociations commerciales, la montée d'adrénaline procurée par des rapports non protégés avec la lie de la société l'excite au plus haut point. Quant à Madame, elle se partage entre ses obligations mondaines parisiennes, son nouveau pied-à-terre new-yorkais et ses escort boys qu'elle embauche de plus en plus souvent pour combler sa solitude.
Fiston grandit. Il échoue lamentablement au baccalauréat mais poursuit sa plongée dans les profondeurs des stupéfiants. Même ses parents se sont rendus compte de sa dépendance. Papa lui offre cure de désintoxication sur cure de désintoxication, mais rien n'y fait. A trente ans, seul une fois de plus, il s'endort tout doucement devant sa télé pour ne jamais se réveiller.
Papa est contraint de décaler un rendez-vous très important pour assister à l'enterrement, Maman achète une robe noire chez Chanel et va chez le coiffeur pour être présentable à l'église. Ils disent : "Depuis le temps qu'on s'y attendait !" sans verser la moindre larme. Pour la première fois de sa courte vie, l'enfant n'est pas seul.
08:00 Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : blabla de fille, Paris, famille, enfant, couple
Commentaires
Histoire vraie ??? Abominable.
J'ai lu un bouquin dans le style. Hell de Lolita Pille.
Bonne journée Louise
Ecrit par : Ju' | 16.11.2007
sans commentaire...
Ecrit par : Frederic | 16.11.2007
c'est pas trop ma conception de la vie tout cela… c tristos
Ecrit par : yoyostereo™ | 16.11.2007
disons que c'est un exemple très caricatural. Mais ce genre de solitude et de désintéressement familial peut prendre des formes beaucoup plus banales et insidieuses. Combien d'hommes et de femmes se marient pour rentrer dans les normes, consciemment ou non? et font des enfants parce que, quand on est marié, on arrête la pilule et c'est comme ça? et derrière, combien d'enfants dont on s'occupe peu, qu'on câline peu, qu'on écoute pas ou peu? des couples qui ne sont plus qu'une entité respectable et qui ne communiquent pas, ne se touchent qu'une fois de temps en temps par hygiène? Des hommes qui vous disent que tout va bien, mais que le sexe, c'est plus ça (pardon Louise pour tes prochaines frappes Google glauques grâce à moi) et qui vont voir ailleurs? Des femmes qui vous racontent alors que le plus important, c'est les enfants, sans pour autant prendre la peine de s'occuper d'eux?
regardez autour des vous et vous verrez qu'il y en a pas mal.
Ecrit par : Les400clics | 16.11.2007
Ahurissant et lamentable !
Comment peut-on passer à côté de sa vie à ce point...
Que de souffrances humaines derrière tout ça !
Ecrit par : cigale | 16.11.2007
la névrose n'épargne personne, quel que soit le lieu de vie, le "poids " économique : et c'est à mon avis très important de comprendre que chacun a une marge de manoeuvre pour prendre sa vie en main, en faire quelque chose, quelque soit sa position sociale.
Ecrit par : Pat | 16.11.2007
veridique?... vraiment ?...!!!
pourquoi faire un gosse alors ? je n'comprends pas bien..........
le pire c'est qu'il est clair qu'il y en a encore quelques uns dans le genre, dans le XVI & co...
C'est triste ...............
Ecrit par : soum | 16.11.2007
Pour que ce soit aussi atroce, ça ne peut qu'être véridique. Le genre d'histoire qui se chuchote entre deux petits fours, en étouffant des cris d'horreur et d'indignation.
Ecrit par : Gwen | 16.11.2007
Comme quoi, l'argent ne fait pas forcement le bonheur... C'est triste d'en venir a ca alors que ce jeune garcon avait tout l'avenir et tous les moyens pour avoir une vie radieuse.
Ca donne a reflechir et surtout, je me dis que ma vie n'est pas si mal que ca..
Ecrit par : Oopsgal | 16.11.2007
C'est bien triste cette histoire. La solitude n'a pas d'âge.
Ecrit par : Anne | 17.11.2007
pouquoi tant d'indiffernce dans une famille?
pourquou des gens ne regardent que leur nombril?
la vie est bien triste...
Ecrit par : lolotte | 17.11.2007
> Ju : ça fait un moment que j'ai prévu de le lire. C'est bien ?
>Frederic : oui, il n'y a pas grand chose à rajouter.
> yoyostereo : ça n'est pas du tout la mienne non plus.
> Les400clics : ce sont toujours les enfants qui trinquent !
> Cigale : mes ces gens vous diront toujours qu'ils sont les plus heureux du monde avec un applomb désarmant. C'est votre vie qui est pourrie, pas la leur.
> Pat : au départ, ils ont tout pour être heureux, à l'arrivée ils sont vides et blasés mais ils ont plein d'argent.
> Soum : dans les boites du VIII éme, pas sure qu'on s'amuse !
> Gwen : encore au buffet à manger des petits fours avec du champagne, pardon du beaujolais, pardon du sancerre !
> Oopsgal : à ce que j'en lis, ta vie m'a l'air plutôt pas mal.
> Anne : trois solitudes réunies sous un même toit avenue Foch ou sur la cinquième avenue
> Lolotte : parce qu'ils sont vides.
Ecrit par : Louise | 17.11.2007
Le livre est sympa, j'ai bien aimé. C'est rapide à lire en plus !!!
Ecrit par : Ju' | 19.11.2007
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